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Politique

Nos voisins réagissent à l'initiative UDC Suisse à 10 millions

Blick über Zürich: Wird es für Ausländer bald schwieriger, in die Schweiz umzusiedeln?
Sera-t-il bientôt plus difficile pour les étrangers de s’installer en Suisse, ici à Zurich?Image: keystone

Le vote des Suisses sur l'initiative UDC inquiète certains voisins

A Rome, Paris, Vienne ou Berlin, l'initiative de l'UDC ne laisse pas totalement indifférent. Mais l'intérêt qu'elle suscite varie fortement d'un pays à l'autre.
10.06.2026, 19:0410.06.2026, 19:04
Hansjörg Friedrich Müller, Stefan Brändle, Maria Steinmayr, Dominik Straub

Dimanche 14 juin, les Suisses voteront sur l'initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Le texte vise à plafonner la population à 10 millions d'habitants d'ici à 2050. Si ce seuil devait être menacé, la Confédération devrait prendre des mesures contre la croissance démographique, avec des conséquences potentielles sur la libre circulation des personnes avec l'UE. De Berlin à Paris en passant par Rome et Vienne, ce vote ne laisse pas totalement indifférent: entre inquiétudes, incompréhension et indifférence, nos voisins suivent eux aussi la campagne suisse.

La France ne dirait pas non à quelques habitants de plus

Cette semaine, le quotidien économique Les Echos consacre un article à cette «étonnante idée suisse» consistant à plafonner la population à 10 millions d'habitants. Le journal parisien soupçonne les initiants de vouloir avant tout freiner l'immigration «sous couvert de nécessité démographique». D'autres médias français s'interrogent également: pourquoi la Suisse voudrait-elle se priver de ce qui constitue l'un des principaux moteurs de la croissance économique, à savoir l'augmentation de la population?

Abstimmungsplakate in Genf: Die Westschweiz zieht viele Menschen aus Frankreich an.
Des affiches électorales à Genève: la Suisse romande attire de nombreux frontaliers français. Image: keystone

Cette incompréhension française s'explique par une situation de départ radicalement différente. Avec 68 millions d'habitants, la France ne compte qu'un peu plus de sept fois la population suisse, alors que son territoire est près de quatorze fois plus vaste. Autrement dit, le pays dispose encore suffisamment d'espace pour accueillir de nouveaux habitants.

L'exode vers les villes et la désertification de certaines régions figurent depuis longtemps parmi les grands défis du plus vaste pays d'Europe occidentale. Dans certaines zones rurales, des villages entiers ont même perdu l'ensemble de leurs habitants.

A cela s'ajoute désormais la baisse de la natalité. Grâce à une politique familiale généreuse et à l'immigration, la France a longtemps affiché l'un des taux de fécondité les plus élevés d'Europe. Mais la tendance s'est inversée. En 2025, pour la première fois depuis les deux guerres mondiales, notre voisin a enregistré davantage de décès que de naissances. Le vieillissement de la population s'accentue donc inexorablement.

Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la population française devrait encore augmenter légèrement pendant un ou deux ans, sans toutefois atteindre le seuil symbolique des 70 millions. Ensuite, la tendance devrait s'inverser. En résumé, la France devrait perdre 3,2 millions d’habitants au cours des prochaines décennies. En 2070, ce chiffre devrait être tombé à 65,9 millions. La France aura bientôt atteint, voire dépassé, le pic de sa population. Ensuite, ce chiffre diminuera de manière continue. Sans aucun référendum.

Allemagne: certains aimeraient aussi pouvoir voter

Quelque 330 000 Allemands vivent aujourd'hui en Suisse, soit 3,6% de la population. C'est probablement à eux que pensait Der Spiegel lorsqu'il a choisi, pour son édition suisse, une couverture provocatrice: on y voit un bulletin de vote portant l'inscription Dehors les Allemands! glissé dans une urne ornée d'une croix suisse.

En Allemagne, l'hebdomadaire est paru avec une autre couverture. Reste que rares sont les votations suisses ayant suscité autant d'attention outre-Rhin que celle sur l'initiative des 10 millions.

Das «Spiegel»-Cover zur Abstimmung über die Schweizer 10-Millionen-Initiative.
La couverture du Spiegel consacrée à l'initative des 10 millions.Image: screenshot spiegel

Sans surprise, la plupart des médias allemands portent un regard critique sur l'initiative. La Süddeutsche Zeitung prédit qu'un «oui» plongerait la Suisse dans la crise, tandis que la Frankfurter Allgemeine Zeitung met en garde contre un «coup dur» pour l'économie helvétique.

On observe toutefois de la compréhension, voire de la sympathie pour l'initiative, mais plutôt parmi les lecteurs que parmi les journalistes. Dans les forums de lecteurs du quotidien Die Welt, certains expriment même une certaine jalousie: eux aussi aimeraient pouvoir voter sur l'immigration. Dans ces discussions, le fait que la Suisse attire principalement des travailleurs qualifiés d'Europe occidentale alors que l'Allemagne accueille de nombreux demandeurs d'asile originaires du Proche et du Moyen-Orient passe parfois au second plan.

Le système de santé allemand profiterait sans doute d'un ralentissement de l'émigration des médecins et du personnel soignant vers la Suisse. Ceci posé, il est peu probable que le silence des responsables politiques allemands sur cette initiative s'explique par l'espoir secret de la voir acceptée.

Il est plus vraisemblable qu’ils craignent qu'une prise de position venue de l'étranger ne provoque un réflexe de rejet chez les électeurs suisses. Pour le projet européen, défendu à Berlin avec plus ou moins d'enthousiasme par la quasi-totalité de la classe politique – à l'exception de l'AfD –, un «oui» à l'initiative des 10 millions serait un signal désastreux, susceptible d'influencer aussi le débat allemand sur l'immigration.

Italie: une surprenante indifférence

S'il y a un problème que l'Italie ne connaît pas, c'est bien celui d'une une croissance démographique galopante et des tensions qui en découlent. Depuis des années, le nombre d'habitants diminue dans le Bel Paese, malgré une immigration légale et clandestine importante en provenance de pays extérieurs à l'Union européenne (plus de 200 000 personnes par an).

Le faible intérêt suscité par la votation suisse sur les 10 millions d'habitants est-il lié à cette réalité démographique? Difficile à dire. Une chose est en revanche certaine: en Italie, presque personne ne prête attention à ce projet controversé.

Jusqu'à présent, aucun responsable politique d'envergure nationale – pas un seul! – ne s'est exprimé sur le scrutin à venir. Quant à la couverture médiatique, elle se limite au strict minimum. Le principal quotidien du pays, le Corriere della Sera, a certes publié une brève présentation du vote, sans grand enthousiasme. Le portail d'information TGCom24, propriété du groupe Mediaset et de la famille Berlusconi, a lui aussi consacré un court article au sujet dans lequel il cite une unique phrase du conseiller fédéral Beat Jans. Tous les autres grands médias italiens, y compris la télévision publique RAI et l'agence de presse Ansa, ont jusqu'ici ignoré la votation suisse.

Cette indifférence a pourtant de quoi surprendre. Si l'initiative était acceptée, l'Italie serait l'un des pays les plus directement concernés. Avec 347 000 personnes fin 2024, les Italiens constituent toujours la plus importante communauté étrangère de Suisse. Entre 2014 et 2024, pas moins de 160 000 ressortissants italiens se sont installés en Suisse. Sur la même période, le solde migratoire – soit la différence entre les arrivées et les retours en Italie – s'élevait à 47 000 personnes.

Autre conséquence possible: si l'Union européenne décidait de dénoncer l'accord sur la libre circulation des personnes en réaction au plafond de 10 millions d'habitants, les quelque 92 000 travailleurs frontaliers italiens non domiciliés en Suisse pourraient eux aussi en faire les frais.

Autriche: des conséquences pour les frontaliers

En Autriche, il faut souvent commencer par expliquer ce qu'est l'initiative des 10 millions. A la question de savoir ce qu'ils en pensent, certains demandent: «10 millions? D'euros ou d'habitants?» Les commentaires publiés sur les forums, notamment celui du quotidien Der Standard, reflètent ce relatif désintérêt. «Je trouve ça bien, il y a déjà assez de Suisses», peut-on y lire. Ces réactions montrent bien que la politique helvétique occupe peu les esprits de l'autre côté de la frontière. La votation suisse est rarement un sujet de conversation. Pourtant, un «oui» pourrait avoir des conséquences bien réelles.

La région la plus directement concernée serait sans doute le Vorarlberg. Pour de nombreux habitants de ce Land situé à l'extrême ouest de l'Autriche, la Suisse représente à la fois un lieu de travail, un marché d'exportation et l'assurance d'un bon salaire. Ce qui est débattu à Berne sous l'angle de la maîtrise de l'immigration pourrait donc avoir des répercussions très concrètes de l'autre côté de la frontière.

L'initiative pourrait conduire à la dénonciation de l'accord sur la libre circulation des personnes et, par ricochet, fragiliser l'ensemble des Accords bilatéraux I. Pour les frontaliers, les autorisations de travail deviendraient plus compliquées à obtenir. Les entreprises devraient quant à elles composer avec davantage de contrôles, de formalités administratives et d'incertitudes. (trad. mrs)

Ils ont filmé un grand requin blanc près de la Sicile
Video: watson
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