Ce Romand prédit les résultats des votations avec 93% de fiabilité
Il a anticipé l'échec de l'initiative «200 francs, ça suffit», et il pronostique à présent un «non» à l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions». Le Fribourgeois Sébastien Perseguers entraîne depuis cinq ans un algorithme qui calcule les résultats des votations fédérales avec une précision étonnante. Sur 46 scrutins depuis 2021, il a vu juste à 43 reprises. Son taux de réussite s'établit donc à 93%.
Le modèle de Sébastien Perseguers prédisait déjà un «non» à l'initiative des 10 millions alors que les sondages laissaient encore entrevoir un «oui». Aujourd'hui, à quelques jours du vote, il table sur 55,7% de non pour une participation de 52%. Les trois seuls cantons qui adopteraient l'initiative seraient Obwald, la Thurgovie et Appenzell Rhodes-Extérieures. Le modèle calcule lui-même la probabilité de ce résultat: elle s'élève à 83%.
Une expertise très éloignée de la politique suisse
Tout cela ne signifie pas grand-chose en soi. Ce ne sont, après tout, que des prévisions. Sauf que l'algorithme de Sébastien Perseguers s'est révélé tellement souvent exact qu'il est difficile d'écarter ses données d'un revers de main.
Ce qui rend le tout d'autant plus surprenant, c'est que les pronostics de votation ne correspondent pas du tout à son domaine de prédilection. Sébastien Perseguers est docteur en physique quantique, chercheur fondamental, et, qui plus est, pas vraiment un homme politique, comme il le dit lui-même.
Mais alors, comment un homme ayant consacré toute sa vie aux plus petites particules et aux plus grands mystères de la matière peut-il devenir soudainement un oracle des votations aussi fiable?
De l'université à la pratique
Sébastien Perseguers est installé dans une salle de réunion de la Bluefactory. Il s'agit d'un ancien site industriel reconverti en quartier d'innovation, situé juste à côté de la gare de Fribourg. On y trouve des bâtiments cubiques modernes dans lesquels se sont installés toutes sortes de créatifs. Le bureau de Sébastien Perseguers se trouve dans un cube situé derrière un étang artificiel, mais à l'aspect naturel.
C'est de là qu'il conçoit de nouvelles théories mathématiques et de nouveaux algorithmes pour l'industrie horlogère, les sciences de l'environnement, l'informatique quantique ou encore la technique militaire. Il a notamment aidé une équipe de développeurs à améliorer la reconnaissance acoustique dans des systèmes de défense. Ou encore, fait en sorte que chaque montre d'un fabricant de luxe qui quitte l'usine passe par son programme qui détermine, à partir de sons, si chaque pièce répond aux normes de qualité établies.
A l'époque, après son doctorat «résoudre des équations folles sur des tableaux noirs», il a quitté l'université pour l'industrie. Pour pouvoir contribuer en tant que théoricien dans un contexte pratique, il a appris à écrire du code, à construire des algorithmes et à modéliser des systèmes. Il a fondé son entreprise individuelle Gradiom et résume:
Des prévisions qui suscitent de l'intérêt
Mécanique quantique, ingénierie, physique théorique; Sébastien Perseguers évolue dans un domaine d'une très haute complexité où une précision maximale est de mise. Une prévision de votation est, en comparaison, d'une imprécision risible. Il en sourit lui-même. Il voulait acquérir de nouvelles compétences, dit-il, et a commencé à s'intéresser aux prévisions. C'est là, selon lui, l'avantage du travail indépendant:
Que pourrait-il donc prédire? Il a cherché des ensembles de données et a finalement trouvé son bonheur dans celles de votation de l'Office fédéral de la statistique (OFS). C'était pour lui pratique, et à plusieurs égards. D'abord, l'OFS traite ses informations avec soin, ce qui les rend particulièrement intéressantes. La recherche et le nettoyage de données permettant d'alimenter un modèle constituent en effet un travail fastidieux et chronophage.
Ensuite, les votations ont lieu tous les quatre mois, un rythme que Sébastien Perseguers dit pouvoir concilier facilement avec son travail principal. Le modèle peut ainsi être régulièrement mis à jour et enrichi de nouvelles données.
Sébastien Perseguers était en outre convaincu que les prévisions de votation susciteraient de l'intérêt et auraient donc une utilité. Il avait vu juste. Il s'est constitué une petite communauté de suiveurs composée de politiciens et de journalistes. Par ailleurs, la Suisse, pays politiquement et socialement stable, constitue un terrain d'entraînement idéal pour son modèle.
Un simple hobby
Un tel modèle s'illustre le mieux par l'image d'une «boîte noire». On y introduit diverses données, on secoue, et il en sort une valeur pour un résultat probable ainsi qu'une valeur pour l'incertitude du modèle. A l'intérieur se trouve un algorithme composé d'outils mathématiques et statistiques qui combine, pondère et évalue les informations fournies. Ce qui s'y passe réellement est toutefois difficile, voire impossible, à suivre.
Outre les données statistiques historiques, Sébastien Perseguers alimente son modèle avec les sondages de l'institut GFS et de Tamedia, ainsi qu'avec le moniteur de votations de l'Université de Zurich.
Au final, le modèle sait les choses suivantes: il s'agit d'une initiative, elle émane de l'UDC, voilà ce que disent les partisans, voilà ce que disent les opposants, voilà les positions du Conseil national, du Conseil des Etats et du Conseil fédéral, voilà comment les sondages évoluent, voilà comment les médias en rendent compte, voilà quels sont les budgets de campagne. Sébastien Perseguers s'amuse:
Même s'il vote régulièrement, il ne se considère pas comme une personne politiquement active avec des intérêts à défendre et un agenda. «Au fond, je veux simplement faire de la bonne science», dit-il avant de conclure:
