«Le téléphone d'urgence a sonné à 5H30»: Parmelin se confie
Quel souvenir gardez-vous de l’annonce de votre démission?
Guy Parmelin: Il y avait énormément de journalistes. Je ne me souviens pas d'en avoir vu autant depuis l'époque du Covid. L'après-midi, il y a eu deux heures et demie d'entretiens avec les médias.
Les réactions des journalistes n'étaient-elles pas presque trop flatteuses?
C'est mieux que le contraire! (rires)
Qu'a dit votre épouse quand vous êtes rentré à la maison?
Elle était satisfaite. Je l'avais informée jeudi soir.
Seulement la veille au soir?
Oui. Elle n'était pas totalement surprise. Nous parlions depuis longtemps du temps pendant lequel je continuerais encore à faire ce travail.
Nous réalisons cet entretien à Bienne, ville bilingue, dans le nouveau studio de la télévision bilingue TB2. Pourquoi cet endroit est-il important pour vous?
Parce qu'il est essentiel de connaître la langue et la culture des autres régions du pays. Je pense aussi au Tessin. De nombreux Tessinois parlent, outre l'italien, le français et l'allemand.
L'anglais est important en tant que langue internationale. Mais son importance croissante influence la volonté de la jeune génération d'apprendre une autre langue nationale.
Cela vous fait-il mal que plusieurs cantons veuillent bannir le français de l'école primaire?
Oui, cela me fait mal. Je peux comprendre qu'une langue supplémentaire représente un défi pour les enfants. Mais il faut penser à long terme. Il est intéressant de constater que, lors de précédents votes, la population s'est souvent prononcée en faveur du français. Bien sûr, il faut en débattre. Mais je vois un certain danger pour notre cohésion. Pas immédiatement, mais à moyen et long terme.
C'est un appel à la classe politique. Mais comment motive-t-on les jeunes qui préfèrent apprendre l'anglais?
Les parents peuvent faire beaucoup. Ma mère nous disait, à nous les enfants: «Vous pouvez suivre votre propre chemin, mais vous passez une année en Suisse alémanique.» Elle l'avait elle-même fait comme jeune fille au pair. C'était une bonne décision. Car il ne s'agit pas seulement de la langue, mais de découvrir une autre mentalité.
Le conseiller d'Etat fribourgeois Jean-François Steiert propose d'accomplir une partie du service militaire dans une autre région linguistique. Une bonne idée?
Cela pourrait aider. Je ne sais pas si c'est faisable sur le plan organisationnel. Mais tout ce qui renforce les liens entre les régions linguistiques et favorise les échanges, il faut le promouvoir.
Vous voyez le multilinguisme comme un symbole de la cohésion. Dans de nombreux pays européens, la polarisation a fortement augmenté, et les responsables politiques sont pris pour cible. En Suisse, les conseillers fédéraux jouissent encore de beaucoup de respect. Pourquoi?
Peut-être est-ce dû à notre démocratie directe. La population vote en général quatre fois par an, y compris sur des thèmes très émotionnels.
Nous l'avons vu pendant le Covid: il y a eu trois référendums, et trois fois la population a tranché dans le même sens que le Conseil fédéral et le Parlement. Celui qui perd est déçu, mais ensuite on s'occupe d'autre chose. Je pense que cela réduit les frustrations.
On reproche souvent à l'UDC de contribuer à la division. Dans les médias étrangers, le parti est parfois assimilé à l'AfD allemand ou au Rassemblement national français. En tant que conseiller fédéral, devez-vous parfois vous justifier à l'étranger pour votre parti?
Cette comparaison avec l'AfD ou d'autres partis ne m'a jamais été opposée. Chez nous, ce n'est pas la même chose. Nous, l'UDC, sommes intégrés depuis des décennies dans un gouvernement de coalition. Selon le principe de collégialité, nous devons nous entendre sur des solutions pragmatiques et trouver des majorités. Lorsqu'une majorité au Conseil fédéral ou au Parlement va trop loin, il y a le référendum. Celui-ci permet de corriger une décision. Ce système nous aide à éviter certaines erreurs commises à l'étranger.
Donc l'UDC ne peut pas devenir une AfD, parce que notre système politique fonctionne ainsi?
La collégialité agit comme un contrepoids face aux tendances extrêmes. Et lorsque cela va trop loin dans une direction, le référendum rétablit l'équilibre. Il y en a eu un exemple à Genève, lorsqu'une nette majorité de droite existait pendant une législature.
Cette majorité a renoncé aux compromis et a échoué.
Le parti en question voulait suivre un programme très strict. Il a dû réduire ses ambitions.
Que ressentez-vous lorsque, dans le débat sur la majorité des cantons pour l'accord avec l'Union européenne, des conseillers aux Etats qui s'opposent à cette exigence sont qualifiés de «traîtres à la patrie» par des membres de votre parti?
C'est la politique…
… mais cela vient de votre parti.
Le Conseil fédéral, donc l'exécutif, a un rôle, les partis en ont un autre.
Mais ce n'est pas votre langage. Vous ne qualifiez pas de traîtres à la patrie les responsables politiques qui ont une autre opinion.
Non. Et vous avez raison de dire que le climat politique s'est durci. Mais vous parlez de l'UDC. Quand je vois certaines attaques venant de l'autre côté, de la gauche ou des Verts, c'est parfois le même langage.
Quelqu'un dit quelque chose, et on en fait tout autre chose. Cela va très loin. Les partis se sont professionnalisés. Mais parfois, ils se tirent aussi une balle dans le pied. Au final, les partis ont besoin de résultats. Ils ne peuvent pas toujours perdre.
Qu'est-ce qui vous est particulièrement resté de cette année en tant que président de la Confédération?
Ce qui a été marquant, c'est assurément le drame de Crans-Montana. J'en ai été informé très tôt le matin du 1er janvier. Nous avons tout de suite compris que cela allait nous occuper longtemps.
Nous ne pouvons pas effacer la catastrophe. Il s'agit d'accompagner les familles et les personnes touchées et de ne pas les oublier. Le 1er janvier prochain, nous le rappellerons. Mais que se passera-t-il dans les années qui suivront?
Vous n'avez pas d'enfants vous-même. Comment avez-vous trouvé les bons mots dans cette situation?
Nous avons des neveux et des nièces. Mais ce n'est pas simple. On se demande toujours: que fait-on, et quand? Pas trop tôt, mais pas trop tard non plus. Parfois, une simple conversation, où l'on écoute les gens, aide. Les premiers jours et, plus tard, la cérémonie à Martigny ont été extrêmement difficiles.
La présidente du Conseil italienne, Giorgia Meloni, vous a aussi appelé, une fois même à minuit. Que voulait-elle?
Elle s'inquiétait de la durée de l'identification des victimes et nous a proposé des spécialistes. Le problème, c'était que nous ne pouvions communiquer qu'une fois sûrs de nos informations et après avoir contacté les familles. C'était très émotionnel, mais nous avons trouvé une solution.
Votre téléphone est-il allumé la nuit pour Trump, Meloni et d'autres chefs d'Etat et de gouvernement?
Non, seulement lorsque je le juge nécessaire. Le 1er janvier, j'avais allumé le téléphone d'urgence.
Un deuxième grand thème de votre année présidentielle a été les droits de douane américains. Vous restez encore trois mois en fonction. Pouvez-vous encore obtenir un résultat sur ce point?
Nous avons déjà atteint une certaine stabilité: un accord avec des droits de douane de 15%.
Mais pas encore de deal.
Pour les Etats-Unis, c'est un deal. C'est vrai: nous n'avons pas encore d'accord juridiquement contraignant. Mais nous respectons le deal, et les Etats-Unis font de même. Nous attendons maintenant les conclusions de l'examen mené par les Etats-Unis au sujet des surcapacités. Il est possible que des droits de douane encore plus élevés soient alors instaurés. Nous aurons alors 30 jours pour réagir.
On spécule déjà sur qui pourrait vous succéder. En Suisse alémanique, on dit de Céline Amaudruz qu'elle n'a pas l'envergure nécessaire. Qu'en dites-vous?
Je me souviens de ma première année en tant que président de la Confédération. Dans la presse alémanique, un titre disait en substance: «Va-t-il y arriver?» Je répondais: «Laissez-moi faire ma présidence et jugez ensuite mon travail». Pour Ignazio Cassis, on a ensuite rejoué la même chose. Là aussi, j'ai dit: «Laissez-le commencer et jugez ensuite ses résultats». Cela vaut pour chaque candidat.
Et ces réserves, Céline Amaudruz les subit-elle aussi?
Céline Amaudruz siège au Parlement depuis bientôt quatre législatures. Elle a travaillé dans les commissions de la sécurité sociale et de la santé ainsi que de l'économie. Elle connaît le fonctionnement des institutions. Je la connais, elle est très travailleuse. Je connais aussi Esther Friedli, qui a accompli un travail exceptionnel en politique et auparavant au sein de la direction de l'instruction publique du canton de Saint-Gall.
Par exemple Natalie Rickli, directrice de la santé du canton de Zurich. Pendant la crise du Covid, j'ai eu beaucoup de contacts avec elle en raison des questions économiques. Elle a fait du bon travail. (Il réfléchit.)
De quels préjugés parlez-vous?
Des questions comme: «Qu'est-ce qui va se passer?» Ou «Qui s'occupera des enfants?» Qu'est-ce qu'on n'a pas entendu! Il faut arrêter cela.
L'EPFL à Lausanne a pour la première fois une présidente, Anna Fontcuberta i Morral. C'est une personnalité exceptionnelle. Il faut simplement laisser les gens commencer. On peut se tromper. Mais dire d'emblée: «Ce n'est pas possible», ce n'est pas bien.
Faut-il y entendre que vous seriez heureux si une femme devenait votre successeure?
Nous sommes presque tous, au Conseil fédéral, de la génération des années 1960.
Les trois femmes que j'ai mentionnées et dont parlent aussi les médias ont entre 45 et 49 ans, donc environ 20 ans de moins que moi. C'est une autre génération. Mais elle aussi a de l'expérience et fait de la politique. Il faut lui donner une chance. La fonction est intense, elle a ses hauts et ses bas, et il faut de bonnes personnes autour de soi, car on ne peut pas tout faire seul.
(trad. ysc)
Avec la collaboration de Lukas Hafner.
