Suisse
Politique

Crans-Montana, Trump, douanes: Guy Parmelin se confie

Guy Parmelin, ici lors d'une interview dans le nouveau studio de la chaîne bilingue TB2.
Guy Parmelin, ici lors d'une interview dans le nouveau studio de la chaîne bilingue TB2.Image: Nik Egger

«Le téléphone d'urgence a sonné à 5H30»: Parmelin se confie

Le conseiller fédéral sortant Guy Parmelin tire son bilan. Il cite trois successeures possibles et dit souhaiter un changement de génération. Entretien.
05.10.2026, 11:4305.10.2026, 11:43
Patrik Müller
Patrik Müller

Quel souvenir gardez-vous de l’annonce de votre démission?
Guy Parmelin: Il y avait énormément de journalistes. Je ne me souviens pas d'en avoir vu autant depuis l'époque du Covid. L'après-midi, il y a eu deux heures et demie d'entretiens avec les médias.

«Le soir, j'étais content de rentrer à la maison»

Les réactions des journalistes n'étaient-elles pas presque trop flatteuses?
C'est mieux que le contraire! (rires)

Qu'a dit votre épouse quand vous êtes rentré à la maison?
Elle était satisfaite. Je l'avais informée jeudi soir.

Seulement la veille au soir?
Oui. Elle n'était pas totalement surprise. Nous parlions depuis longtemps du temps pendant lequel je continuerais encore à faire ce travail.

Nous réalisons cet entretien à Bienne, ville bilingue, dans le nouveau studio de la télévision bilingue TB2. Pourquoi cet endroit est-il important pour vous?
Parce qu'il est essentiel de connaître la langue et la culture des autres régions du pays. Je pense aussi au Tessin. De nombreux Tessinois parlent, outre l'italien, le français et l'allemand.

«Le multilinguisme fait partie de notre cohésion»

L'anglais est important en tant que langue internationale. Mais son importance croissante influence la volonté de la jeune génération d'apprendre une autre langue nationale.

Cela vous fait-il mal que plusieurs cantons veuillent bannir le français de l'école primaire?
Oui, cela me fait mal. Je peux comprendre qu'une langue supplémentaire représente un défi pour les enfants. Mais il faut penser à long terme. Il est intéressant de constater que, lors de précédents votes, la population s'est souvent prononcée en faveur du français. Bien sûr, il faut en débattre. Mais je vois un certain danger pour notre cohésion. Pas immédiatement, mais à moyen et long terme.

C'est un appel à la classe politique. Mais comment motive-t-on les jeunes qui préfèrent apprendre l'anglais?
Les parents peuvent faire beaucoup. Ma mère nous disait, à nous les enfants: «Vous pouvez suivre votre propre chemin, mais vous passez une année en Suisse alémanique.» Elle l'avait elle-même fait comme jeune fille au pair. C'était une bonne décision. Car il ne s'agit pas seulement de la langue, mais de découvrir une autre mentalité.

Sur le même sujet 👇

Le conseiller d'Etat fribourgeois Jean-François Steiert propose d'accomplir une partie du service militaire dans une autre région linguistique. Une bonne idée?
Cela pourrait aider. Je ne sais pas si c'est faisable sur le plan organisationnel. Mais tout ce qui renforce les liens entre les régions linguistiques et favorise les échanges, il faut le promouvoir.

Guy Parmelin lors d'une visite dans une ferme à Wileroltigen (BE), à l'été 2024.
Guy Parmelin lors d'une visite dans une ferme à Wileroltigen (BE), à l'été 2024.Image: Keystone

Vous voyez le multilinguisme comme un symbole de la cohésion. Dans de nombreux pays européens, la polarisation a fortement augmenté, et les responsables politiques sont pris pour cible. En Suisse, les conseillers fédéraux jouissent encore de beaucoup de respect. Pourquoi?
Peut-être est-ce dû à notre démocratie directe. La population vote en général quatre fois par an, y compris sur des thèmes très émotionnels.

«Les débats peuvent être intenses, mais à la fin on vote, puis la vie continue»

Nous l'avons vu pendant le Covid: il y a eu trois référendums, et trois fois la population a tranché dans le même sens que le Conseil fédéral et le Parlement. Celui qui perd est déçu, mais ensuite on s'occupe d'autre chose. Je pense que cela réduit les frustrations.

On reproche souvent à l'UDC de contribuer à la division. Dans les médias étrangers, le parti est parfois assimilé à l'AfD allemand ou au Rassemblement national français. En tant que conseiller fédéral, devez-vous parfois vous justifier à l'étranger pour votre parti?
Cette comparaison avec l'AfD ou d'autres partis ne m'a jamais été opposée. Chez nous, ce n'est pas la même chose. Nous, l'UDC, sommes intégrés depuis des décennies dans un gouvernement de coalition. Selon le principe de collégialité, nous devons nous entendre sur des solutions pragmatiques et trouver des majorités. Lorsqu'une majorité au Conseil fédéral ou au Parlement va trop loin, il y a le référendum. Celui-ci permet de corriger une décision. Ce système nous aide à éviter certaines erreurs commises à l'étranger.

Donc l'UDC ne peut pas devenir une AfD, parce que notre système politique fonctionne ainsi?

«Notre système empêche les extrêmes»

La collégialité agit comme un contrepoids face aux tendances extrêmes. Et lorsque cela va trop loin dans une direction, le référendum rétablit l'équilibre. Il y en a eu un exemple à Genève, lorsqu'une nette majorité de droite existait pendant une législature.

Cette majorité a renoncé aux compromis et a échoué.
Le parti en question voulait suivre un programme très strict. Il a dû réduire ses ambitions.

«Notre système n'est pas spectaculaire, mais il fonctionne»

Que ressentez-vous lorsque, dans le débat sur la majorité des cantons pour l'accord avec l'Union européenne, des conseillers aux Etats qui s'opposent à cette exigence sont qualifiés de «traîtres à la patrie» par des membres de votre parti?
C'est la politique…

… mais cela vient de votre parti.
Le Conseil fédéral, donc l'exécutif, a un rôle, les partis en ont un autre.

Mais ce n'est pas votre langage. Vous ne qualifiez pas de traîtres à la patrie les responsables politiques qui ont une autre opinion.
Non. Et vous avez raison de dire que le climat politique s'est durci. Mais vous parlez de l'UDC. Quand je vois certaines attaques venant de l'autre côté, de la gauche ou des Verts, c'est parfois le même langage.

«Aujourd'hui, on joue énormément sur les réseaux sociaux avec l'image d'une personne»

Quelqu'un dit quelque chose, et on en fait tout autre chose. Cela va très loin. Les partis se sont professionnalisés. Mais parfois, ils se tirent aussi une balle dans le pied. Au final, les partis ont besoin de résultats. Ils ne peuvent pas toujours perdre.

Qu'est-ce qui vous est particulièrement resté de cette année en tant que président de la Confédération?
Ce qui a été marquant, c'est assurément le drame de Crans-Montana. J'en ai été informé très tôt le matin du 1er janvier. Nous avons tout de suite compris que cela allait nous occuper longtemps.

«Il y a eu des morts, des blessés graves et des personnes traumatisées qui seront marquées toute leur vie»

Nous ne pouvons pas effacer la catastrophe. Il s'agit d'accompagner les familles et les personnes touchées et de ne pas les oublier. Le 1er janvier prochain, nous le rappellerons. Mais que se passera-t-il dans les années qui suivront?

L'année présidentielle de Guy Parmelin a commencé par une catastrophe, et il a su trouver les mots justes lors de la cérémonie d'hommage aux victimes de l'incendie de Crans-Montana.
L'année présidentielle de Guy Parmelin a commencé par une tragédie, et il a su trouver les mots justes lors de la cérémonie d'hommage aux victimes de l'incendie de Crans-Montana.Image: Keystone

Vous n'avez pas d'enfants vous-même. Comment avez-vous trouvé les bons mots dans cette situation?
Nous avons des neveux et des nièces. Mais ce n'est pas simple. On se demande toujours: que fait-on, et quand? Pas trop tôt, mais pas trop tard non plus. Parfois, une simple conversation, où l'on écoute les gens, aide. Les premiers jours et, plus tard, la cérémonie à Martigny ont été extrêmement difficiles.

La présidente du Conseil italienne, Giorgia Meloni, vous a aussi appelé, une fois même à minuit. Que voulait-elle?
Elle s'inquiétait de la durée de l'identification des victimes et nous a proposé des spécialistes. Le problème, c'était que nous ne pouvions communiquer qu'une fois sûrs de nos informations et après avoir contacté les familles. C'était très émotionnel, mais nous avons trouvé une solution.

Votre téléphone est-il allumé la nuit pour Trump, Meloni et d'autres chefs d'Etat et de gouvernement?
Non, seulement lorsque je le juge nécessaire. Le 1er janvier, j'avais allumé le téléphone d'urgence.

«Mon épouse s'est réveillée vers 5h30 ou 6h et m'a dit que mon téléphone avait sonné. Puis j'ai vu le message et j'ai su qu'il y avait un problème»

Un deuxième grand thème de votre année présidentielle a été les droits de douane américains. Vous restez encore trois mois en fonction. Pouvez-vous encore obtenir un résultat sur ce point?
Nous avons déjà atteint une certaine stabilité: un accord avec des droits de douane de 15%.

Mais pas encore de deal.
Pour les Etats-Unis, c'est un deal. C'est vrai: nous n'avons pas encore d'accord juridiquement contraignant. Mais nous respectons le deal, et les Etats-Unis font de même. Nous attendons maintenant les conclusions de l'examen mené par les Etats-Unis au sujet des surcapacités. Il est possible que des droits de douane encore plus élevés soient alors instaurés. Nous aurons alors 30 jours pour réagir.

On spécule déjà sur qui pourrait vous succéder. En Suisse alémanique, on dit de Céline Amaudruz qu'elle n'a pas l'envergure nécessaire. Qu'en dites-vous?
Je me souviens de ma première année en tant que président de la Confédération. Dans la presse alémanique, un titre disait en substance: «Va-t-il y arriver?» Je répondais: «Laissez-moi faire ma présidence et jugez ensuite mon travail». Pour Ignazio Cassis, on a ensuite rejoué la même chose. Là aussi, j'ai dit: «Laissez-le commencer et jugez ensuite ses résultats». Cela vaut pour chaque candidat.

Et ces réserves, Céline Amaudruz les subit-elle aussi?
Céline Amaudruz siège au Parlement depuis bientôt quatre législatures. Elle a travaillé dans les commissions de la sécurité sociale et de la santé ainsi que de l'économie. Elle connaît le fonctionnement des institutions. Je la connais, elle est très travailleuse. Je connais aussi Esther Friedli, qui a accompli un travail exceptionnel en politique et auparavant au sein de la direction de l'instruction publique du canton de Saint-Gall.

«Et je vois d'autres candidates possibles»

Par exemple Natalie Rickli, directrice de la santé du canton de Zurich. Pendant la crise du Covid, j'ai eu beaucoup de contacts avec elle en raison des questions économiques. Elle a fait du bon travail. (Il réfléchit.)

«Ce qui m'agace dans ces discussions, c'est que dès qu'il s'agit d'une femme, il y a encore des préjugés, et pas seulement en Suisse alémanique»

De quels préjugés parlez-vous?
Des questions comme: «Qu'est-ce qui va se passer?» Ou «Qui s'occupera des enfants?» Qu'est-ce qu'on n'a pas entendu! Il faut arrêter cela.

«C'est une pensée ancienne, très conservatrice. On voit pourtant depuis longtemps ce que les femmes peuvent accomplir quand on les laisse faire»

L'EPFL à Lausanne a pour la première fois une présidente, Anna Fontcuberta i Morral. C'est une personnalité exceptionnelle. Il faut simplement laisser les gens commencer. On peut se tromper. Mais dire d'emblée: «Ce n'est pas possible», ce n'est pas bien.

Céline Amaudruz explique son absence du Parlement: la Genevoise choisit de rendre publique la grossesse critique qu’elle est en train de vivre et qui met son bébé en danger.
Céline Amaudruz.Image: KEYSTONE
Anna Fontcuberta i Morral.
Anna Fontcuberta i Morral.Image: Keystone

Faut-il y entendre que vous seriez heureux si une femme devenait votre successeure?
Nous sommes presque tous, au Conseil fédéral, de la génération des années 1960.

«Je pense qu'il est temps de procéder à un changement de génération»

Les trois femmes que j'ai mentionnées et dont parlent aussi les médias ont entre 45 et 49 ans, donc environ 20 ans de moins que moi. C'est une autre génération. Mais elle aussi a de l'expérience et fait de la politique. Il faut lui donner une chance. La fonction est intense, elle a ses hauts et ses bas, et il faut de bonnes personnes autour de soi, car on ne peut pas tout faire seul.

«J'ai confiance qu'elles réussiront leurs épreuves»

(trad. ysc)

Avec la collaboration de Lukas Hafner.

Guy Parmelin en compagnie de sa belle-mère Maria Merotto, de son épouse Caroline, de sa sœur Valérie Cottet et de sa nièce Lauren Cottet (de gauche à droite), après son élection, le 9 décembre 2015.
Guy Parmelin en compagnie de sa belle-mère Maria Merotto, de son épouse Caroline, de sa sœur Valérie Cottet et de sa nièce Lauren Cottet (de gauche à droite), après son élection, le 9 décembre 2015.Image: Keystone
Parmelin dans tous ses états!
1 / 13
Parmelin dans tous ses états!

Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
partager sur Facebookpartager sur X
Voici Griffin, l'IA qui imite l'humain à la perfection
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Une ville suisse domine le marché de l'électrique et ça agace Migrol
Grâce à plusieurs acquisitions, une entreprise de la ville de Zurich est devenue le premier exploitant de bornes de recharge pour voitures électriques en Suisse. Une expansion qui suscite des critiques dans le secteur privé.
Alors que le prix de l’essence dépasse 2 francs le litre, nombreux sont ceux qui envisagent l’achat d’une voiture électrique. Avec ces véhicules, plus besoin de passer à la pompe: il faut se rendre à une borne de recharge. Ce marché connaît une forte croissance. Et une entreprise y occupe une place de plus en plus dominante: Energie 360°.
L’article