Il est temps que l'UDC lâche les mecs
Le moment est bien choisi. Pour Guy Parmelin comme pour son parti. Après dix ans au Conseil fédéral et à la fin de sa deuxième année de présidence, le Vaudois annonce son retrait. Conseil communal, Grand Conseil, Conseil national, Conseil fédéral: pendant plus de trois décennies, la politique a déterminé sa vie.
Pour l'UDC, ce départ est une chance. Son droit à conserver le siège ne fait aucun doute et le parti n'a pas à redouter une épreuve de force avec les autres formations politiques. Au contraire: à un an des élections fédérales, ses principales figures vont avoir droit à une véritable vitrine médiatique. Difficile de rêver meilleur calendrier pour un parti. A condition, évidemment, d'avoir des candidatures solides à présenter. Et que le scénario ne ressemble pas à celui vécu par Le Centre, il y a deux ans, lorsque les favoris s'étaient retirés de la course les uns après les autres.
Dix hommes, aucune femme
Un tel scénario paraît peu probable au sein d'une UDC organisée au cordeau. De nombreux noms circulent déjà pour succéder à Guy Parmelin. Qui finira par s'imposer? Cela dépendra de beaucoup de choses: de l'origine, de l'expérience, de l'âge ou encore du profil politique. Mais un critère devrait peser tout particulièrement cette fois-ci: le genre.
Parmi les dix conseillers fédéraux que l'UDC a déjà fournis dans son histoire, aucun n'était une femme. L'UDC est ainsi le seul parti gouvernemental à n'avoir jamais envoyé de représentante au Conseil fédéral.
En 2015, lorsque Guy Parmelin avait fini par l'emporter, onze hommes s'étaient portés candidats au siège devenu vacant, pas l'ombre d'une femme. Il s'agissait pourtant de trouver une personne pour succéder à Eveline Widmer-Schlumpf, la première femme UDC à avoir été élue au gouvernement, avant d'être exclue du parti.
Une seule femme a réussi à figurer sur un ticket officiel de l'UDC pour le Conseil fédéral: Rita Fuhrer, alors conseillère d'Etat zurichoise, en 2000. Elle était considérée comme la favorite au sein du parti, mais l'Assemblée fédérale aura finalement préféré élire le candidat surprise Samuel Schmid.
L'UDC a le choix
Ce sont les compétences qui comptent, pas le sexe, dit-on chaque fois à l'UDC lorsque la question des femmes est soulevée. Cette fois ne fait pas exception. Et il n'y a rien à objecter: bien sûr, ce sont finalement les qualifications qui doivent trancher. Mais, à contrario, la question se pose: les hommes seraient-ils alors simplement de meilleurs politiciens? Sinon, comment expliquer la proportion de femmes de 20% seulement au sein du groupe UDC à l'Assemblée fédérale? Ce qui compte aussi, c'est qui est promu. Et cela commence déjà à un niveau politique bien plus bas.
Mais revenons à la succession de Guy Parmelin. Qu'il existe aussi à l'UDC des femmes disposant du bagage politique nécessaire pour la plus haute fonction politique de Suisse devrait être incontesté en 2026. Avec la conseillère d'Etat zurichoise Natalie Rickli, la conseillère aux Etats saint-galloise Esther Friedli, la conseillère nationale vaudoise Céline Amaudruz et la conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher, le parti compte au moins quatre femmes dont on peut penser qu'elles sont capables d'assumer la fonction.
Natalie Rickli, forte de son expérience à l'exécutif, et Esther Friedli, avec son passé au PDC, font toutefois figure de favorites.
Et si ce n'est pas maintenant, alors quand?
Un signal fort
L'UDC devrait présenter deux femmes. Que ce soit sous la forme d'un ticket composé exclusivement de deux femmes, ou d'un ticket de trois candidats comprenant un homme.
Une femme au Conseil fédéral est aussi dans l'intérêt du parti. Cela prouverait une fois pour toutes qu'une femme peut elle aussi, au sein de l'UDC, atteindre les plus hautes fonctions politiques du pays. Un signal qu'il ne faut pas sous-estimer. Car l'UDC n'a encore jamais eu de présidente de parti ni de présidente de groupe.
Et le fait que les femmes soient aujourd'hui sous-représentées au gouvernement, avec deux sièges sur sept, concerne aussi le premier parti du pays. Ce n'est pas une affaire de féminisme de gauche, mais de représentativité politique.
L'UDC a le choix. Et elle devrait en profiter. (trad.ysc)
