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Le plan de la Confédération face au cancer indigne

Le cancer est la deuxième cause de décès chez les femmes, et première chez les hommes.
Le cancer est la deuxième cause de décès chez les femmes, et première chez les hommes.Image: Halfpoint

Le plan de la Suisse face au cancer indigne: «C'est la goutte de trop»

Le cancer est la deuxième cause de décès en Suisse. La classe politique veut mieux lutter contre la maladie grâce à un plan national. Mais avant même qu’il soit terminé, les critiques pleuvent. Une plainte a même été déposée.
06.10.2026, 20:5306.10.2026, 20:53
Julian Spörri

Plus de 17 000 personnes meurent chaque année du cancer en Suisse. Chez les hommes, il s’agit de la première cause de décès, chez les femmes de la deuxième. Pourtant, la lutte contre la maladie reste lacunaire. Ainsi, selon le canton où l’on vit, la caisse-maladie prend ou non en charge le dépistage du cancer du sein ou du cancer colorectal. Pour d’autres types de cancer, les programmes de dépistage sont encore moins développés.

Le Parlement a donc estimé en 2024 qu'un plan national contre le cancer était nécessaire. L’objectif? Améliorer le dépistage, mais aussi la prévention, les traitements et le suivi des patients. Mais au lieu de donner un nouvel élan à la lutte contre la maladie, ce plan provoque désormais un scandale.

Jürg Hurter pensait n’avoir reçu qu’une partie des documents lorsqu’il a découvert pour la première fois, fin mai, le document de quinze pages dans le cadre de la consultation. Il l’a jugé «insuffisant» et s'est senti obligé de réagir. L'expert préside la Fondation pour le diagnostic pulmonaire, qui réalise des examens visant à détecter précocement le cancer du poumon.

Il y a quelques jours, au nom de sa fondation, il a déposé une plainte auprès du Département fédéral de l’intérieur contre l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

L’OFSP n’a pas élaboré lui-même le plan cancer pour la période 2027 à 2032, mais en a confié la tâche à l’association Oncosuisse. Celle-ci regroupe onze organisations actives dans la lutte contre le cancer. Selon ses propres indications, Oncosuisse a élaboré le plan avec plus de 200 acteurs issus de l’administration, des associations et de la recherche, ainsi qu’avec des personnes touchées par le cancer.

La goutte de trop

Dans sa plainte, la Fondation pour le diagnostic pulmonaire reproche à l’OFSP d’avoir insuffisamment supervisé le processus qu’il a externalisé. Elle critique également le fait que le plan cancer ne fixe ni objectifs ni mesures concrètes et ne précise pas les ressources nécessaires à leur mise en œuvre.

«C’est un papier vide de contenu et donc largement sans valeur»
Jürg Hurter

Le fait que l’Office fédéral ait approuvé le projet sans modifications majeures est, à ses yeux, consternant.

Le Thurgovien a déjà fait part de ses critiques à la directrice de l’OFSP, Anne Lévy, durant l’été. A la mi-août, celle-ci lui a promis un entretien avec la vice-directrice responsable pour la semaine suivante, comme le montre une correspondance que nous avons pu consulter.

Mais selon Jürg Hurter, l’appel promis n’a eu lieu que plusieurs semaines plus tard. «C'était la goutte de trop. Nous avons surtout déposé cette plainte parce que l’OFSP nous a une nouvelle fois traités de manière peu professionnelle et qu’un échange correct, sur un pied d’égalité et avec des interlocuteurs compétents, n’est pas possible.»

Jürg Hurter n’est pas le seul à critiquer le contenu du plan. Le conseiller aux Etats du Centre Erich Ettlin dénonce, dans une intervention parlementaire, des contenus «très vagues et non contraignants». Même les organisations de lutte contre le cancer directement impliquées ne cachent pas leur déception. Markus Ossola, porte-parole de la Ligue suisse contre le cancer, déclare:

«Nous avions de grandes attentes, mais nous avons dû constater au fil des travaux sur le plan cancer que la Confédération et les cantons ne disposent tout simplement pas des bases légales ou des ressources nécessaires pour mettre sur pied un plan aussi ambitieux que celui de l’UE.»

Il faut des bases légales

Le projet suisse contient des objectifs tels que:

  • «La mise en place de programmes de dépistage du cancer à l’échelle nationale est encouragée» (d’ici à 2032)

Ou encore:

  • «Les programmes de dépistage du cancer augmentent leurs taux de participation» (d’ici à 2029)

Mais le texte ne précise pas pour quels cancers ces objectifs sont fixés, qui devrait participer aux programmes ni dans quelle mesure les taux de participation devraient augmenter et à quelle échéance. Surtout, il n'indique pas comment atteindre concrètement ces objectifs. Il faut des mesures «qui vont au-delà d’un "monitoring" et du "développement de mesures", qui n’est lui-même pas davantage défini», estime Jürg Hurter.

A la Ligue suisse contre le cancer, on défend en revanche l’OFSP. «Ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont», souligne Markus Ossola. A ses yeux, c’est donc à la classe politique d’agir:

«Les députés doivent adapter les bases légales afin que la Confédération puisse, par exemple, inciter financièrement les cantons à mettre en œuvre une stratégie globale.»

Actuellement, aucune base légale ne permet à la Confédération de financer directement les mesures prévues par le plan cancer. Markus Ossola espère que les ambitions limitées du plan serviront de signal d’alarme.

La conseillère fédérale compétente, Elisabeth Baume-Schneider, a déjà tenté de lancer un signal au Parlement il y a un an. Elle s’était dite insatisfaite des différences entre les cantons en matière de dépistage du cancer, mais avait rappelé que les compétences étaient réglées au niveau cantonal. Pour pouvoir donner de «véritables impulsions», la Confédération devrait mettre des moyens financiers à disposition. Or, au lieu de cela, l'OFSP devait faire des économies, avait expliqué la ministre de l’Intérieur. A la mi-septembre, l’Office a annoncé la suppression de 20 postes à plein temps supplémentaires.

L’OFSP travaille actuellement à finaliser le plan cancer. Le Conseil fédéral doit prendre une décision d’ici à la fin de l’année. Le projet sera-t-il encore modifié? L’Office fédéral ne peut pas répondre en détail aux critiques, car il ne veut pas anticiper la décision du gouvernement.

Un porte-parole souligne toutefois:

«Du point de vue de l’OFSP, les retours issus de la consultation étaient globalement positifs. Comme à l’accoutumée, les remarques critiques ont été prises en compte et intégrées dans la mesure du possible.»

L’OFSP souligne également que les onze grandes organisations actives dans la lutte contre le cancer soutiennent le plan élaboré dans sa version actuelle. Même si, comme le montre l’exemple de la Ligue suisse contre le cancer, «soutenir» le plan ne signifie pas «en être satisfait».

Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

Guy Parmelin pouvait «English understand»
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