«Cela pourrait prouver que les vaccins contre le cancer fonctionnent vraiment»
Un vaccin contre le cancer serait une bénédiction pour beaucoup de monde. La recherche travaille depuis longtemps sur cette possibilité et une avancée semble s'être produite. L’entreprise pharmaceutique Moderna a annoncé des résultats positifs pour une étude de phase III toujours en cours sur une thérapie anticancéreuse à base d’ARNm. Associé à l’immunothérapie Keytruda de l’entreprise Merck, ce traitement a atteint les objectifs de l’étude chez des patients souffrant d’un mélanome avancé.
Moderna et Merck ne prévoient de publier les résultats détaillés de l’étude de phase III que lors d’un congrès. Au terme de trois années de suivi, la précédente étude de phase II avait montré que la thérapie à base d’ARNm associée à Keytruda réduisait de 49% le risque de récidive ou de décès chez 157 patients atteints d’un mélanome à haut risque. Le risque de métastases à distance ou de décès avait diminué de 62% par rapport aux patients ayant reçu uniquement Keytruda.
Des décennies de recherche
Steve Pascolo mène depuis plusieurs décennies des recherches sur les vaccins à ARNm à l’Université de Zurich. Il considère ce succès comme une étape médicale majeure. Le chercheur explique:
Jusqu’à présent, aucune de ces approches n’avait toutefois permis de démontrer de manière convaincante une amélioration significative de l’évolution d’un cancer. Selon Steve Pascolo, il existe une exception: un vaccin cellulaire personnalisé contre le cancer de la prostate, qui n’est cependant pas autorisé partout.
Le chercheur parle ici de vaccins thérapeutiques contre le cancer. Il existe à l’inverse une vaccination préventive déjà efficace contre le virus du papillome humain (VPH). Celle-ci ne s’attaque pas directement au cancer, mais à des virus susceptibles de le provoquer.
Un traitement personnalisé pour chaque tumeur
Contrairement à la vaccination préventive contre le VPH, le vaccin à ARNm aide le système immunitaire à combattre les cellules cancéreuses restantes après une opération. Chaque patient atteint d’un mélanome reçoit pour cela un vaccin à ARNm personnalisé en fonction de sa propre tumeur.
Ce vaccin est conçu à partir des mutations propres à la tumeur et entraîne le système immunitaire à reconnaître et à combattre de manière ciblée les cellules cancéreuses qui présentent ces caractéristiques. Le vaccin à ARNm empêche la maladie de réapparaître et des métastases de se former. Selon Steve Pascolo, Moderna et Merck pourraient avoir réalisé la percée décisive en l’associant à l’immunothérapie:
Il existe, en outre, l’espoir que ce vaccin puisse être utilisé contre d’autres types de cancers. Cette perspective est tout à fait réaliste, estime Steve Pascolo. Les vaccins personnalisés sont fabriqués de manière à activer le système immunitaire afin qu’il reconnaisse les mutations présentes dans la tumeur de chaque patient. Le chercheur affirme:
En l’état actuel des connaissances, cette approche devrait être utilisée, comme dans l’étude, principalement chez des patients dont la tumeur a déjà été entièrement retirée. Lorsqu’une tumeur ou des métastases sont encore présentes, l’association du vaccin à ARNm et de l’immunothérapie ne devrait être efficace que contre les cancers qui répondent bien aux immunothérapies. Cela limite son utilisation. Le professeur à l’Université de Zurich explique:
Le cancer du poumon en fait partie. Les thérapies personnalisées sont toutefois généralement extrêmement coûteuses. La fabrication de chaque vaccin personnalisé nécessite actuellement entre six et huit semaines. Steve Pascolo estime que cette thérapie à base d’ARNm pourrait coûter jusqu’à 500 000 dollars par patient.
Zurich a une méthode pour réduire les coûts
De nouvelles méthodes pourraient, cependant, faire considérablement baisser à l’avenir le coût de ces thérapies personnalisées à base d’ARNm. L'Hôpital universitaire de Zurich a notamment breveté une technologie récemment publiée dans Nature Biomedical Engineering qui utilise de l’ARNm synthétisé chimiquement. Cette technologie permet d’espérer qu’à long terme, les vaccins personnalisés contre le cancer pourront être produits de manière beaucoup plus économique et utilisés plus largement.
Les résultats de l’étude représentent davantage que le succès d’un seul médicament. La démonstration qu’une thérapie anticancéreuse personnalisée à base d’ARNm peut être cliniquement efficace donne un nouvel élan à l’ensemble de la plateforme oncologique fondée sur l’ARNm. Les perspectives concernent en particulier le cancer du poumon, mais aussi d’autres types de tumeurs.
La date à laquelle ce vaccin à ARNm pourra être utilisé en Suisse n’est pas encore connue. Steve Pascolo pense que la thérapie sera autorisée aux Etats-Unis dans les prochains mois, probablement au début de l’année prochaine. Il ne peut pas dire ce qu’il en sera en Suisse. Olivier Michielin, responsable de l’oncologie de précision aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a expliqué dans le Tages-Anzeiger qu’il espérait avoir accès à ce vaccin contre le mélanome au cours de l’année 2027. (btr/az)
