Suisse
Religions

Genève interdit les signes religieux dans les parlements

L'interdiction des signes religieux pour les élus dans les parlements a été acceptée par le peuple à Genève (image d'illustration).
A Genève, la loi est passée de justesse. Keystone

Genève interdit les signes religieux dans les parlements

Le texte visait à renforcer la laïcité dans les lieux politiques. Des recours ont déjà été déposés.
14.06.2026, 16:2714.06.2026, 16:27

Genève interdit aux élus cantonaux et municipaux d'arborer des signes religieux ostentatoires lors des séances plénières. Le peuple a accepté dimanche à une courte majorité une modification constitutionnelle en ce sens. Mais le débat n'est pas clos, des recours ayant déjà été déposés contre cette disposition.

L'interdiction des signes religieux au sein du Grand Conseil et des conseils municipaux a été acceptée par 51,37% des votants avec un taux de participation de 51,47%. Cette modification de la Constitution portée par la droite (UDC, PLR, Centre et MCG) au nom de la laïcité et de la sérénité des débats était soumise à un référendum obligatoire.

La gauche et Libertés et justice sociale (LJS) étaient opposés à cette interdiction qui touche selon eux aux libertés fondamentales. Les miliciens du parlement ne sont pas des agents de l'Etat, mais des représentants élus par le peuple, affirmaient les opposants. Le parlement doit donc refléter la diversité des opinions, y compris religieuses.

Les Vert-e-s relèvent dimanche dans un communiqué:

«Prétendant renforcer la démocratie, cette loi l’affaiblit au contraire, en instrumentalisant la laïcité pour restreindre l’accès aux mandats électifs.»

Les socialistes estiment que l'interdiction «risque d’écarter certaines citoyennes et certains citoyens de la représentation politique en raison de leurs convictions religieuses».

La gauche y voyait aussi une nouvelle attaque islamophobe. L'interdiction concernait de facto tous les signes (voile, kippa ou croix) sans viser une religion en particulier. Des collectifs féministes et antiracistes dénonçaient toutefois un harcèlement systématique des femmes musulmanes.

Déjà introduite en 2019 dans la loi sur la laïcité après une votation, cette interdiction avait ensuite été annulée par la justice. Les juges avaient alors estimé que les élus n'avaient pas vocation à représenter l'Etat, mais la société et son pluralisme.

Contre l'avis du conseil d'Etat, le Grand Conseil a finalement réintroduit à une courte majorité cette interdiction fin 2025. Pour l'UDC, le PLR, le Centre et le MCG, les élus incarnent l’intérêt général. Ils ne doivent pas être les porte-voix de communautés, d'où une certaine retenue dans l’expression de leurs convictions religieuses.

Les opposantes relevaient aussi qu'aucun problème concret n'a été constaté au sein du Grand Conseil concernant les signes religieux. Dans les délibératifs communaux, le cas s'est présenté une seule fois. L'élue Verte qui siégeait voilée avait finalement démissionné de son parti et abandonné son mandat en raison de ses opinions sur le mariage homosexuel.

Il reviendra de toute façon à la justice de se prononcer, des recours ayant déjà été déposés contre cette loi avant la votation. A noter que les membres des exécutifs, au niveau du canton et des communes, ainsi que les magistrats du pouvoir judiciaire et de la Cour des comptes doivent déjà respecter une stricte neutralité religieuse dans l'exercice de leurs fonctions. (ats)

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