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La radio romande change sa grille et ça risque de faire râler

A la rentrée prochaine, le 22 août, les auditeurs de la Première ne retrouveront pas toutes leurs chroniques matinales habituelles. Celle de Delphine Gendre, appréciée notamment du camp conservateur, passe à la trappe.
30.06.2022, 06:0230.06.2022, 08:57

Au pic de l’audience du matin, les chroniques de 7h55 sur la Première sont des moments attendus comme des récréations dans le roulement de l’info. La rédaction en chef de l’actualité radio à la RTS a décidé de faire peau neuve à la rentrée d'après les vacances d’été. A partir du 22 août, trois des cinq chroniques s’étalant du lundi au vendredi dans la Matinale disparaissent au profit de trois autres. Les personnels de la Première en ont été avertis lundi.

Parmi les chroniques que les auditeurs n’entendront plus et dont l’absence risque de faire le plus de bruit, celle du vendredi, intitulée La semaine de Delphine Gendre, du nom de la journaliste qui la tenait vendredi dernier encore. Jean Romain, député libéral-radical au Grand Conseil genevois, regrette la fin de ce rendez-vous hebdomadaire:

«La chronique de Delphine Gendre tranchait avec le flux habituel de la radio romande, elle prenait le risque de déplaire à une majorité, ou pseudo-majorité, en titillant la bien-pensance»
Jean Romain, député libéral-radical au Grand Conseil genevois

Les changements apportés sont les suivants:

  • Le vendredi, à la rentrée prochaine, en lieu et place de La semaine de Delphine Gendre, les auditeurs trouveront une chronique consacrée au numérique. Elle sera tenue par les journalistes Miruna Coca-Cozma et Pascal Wassmer.
  • Le lundi, La chronique scientifique de Lucia Sillig est remplacée par une chronique sur le travail, confiée à Cléa Favre, journaliste à la rubrique économique.
  • Pas de changement le mardi: La chronique politique de Stéphane Deleury reste en place.
  • Le mercredi, La chronique musique, au micro de laquelle se relayaient des spécialistes des différents genres musicaux, devient une chronique sur les enfants, animée par Anouck Merz, l’actuelle journaliste et productrice de Brouhaha, «l'émission de radio qui donne la parole aux enfants».
  • Le jeudi, lié contractuellement à la RTS, le duo humoristique de 120 secondes, Vincent Veillon et Vincent Kucholl, est reconduit.

Les explications de Laurent Caspary, rédacteur en chef de l’actualité radio à la RTS:

«Il nous a paru opportun de procéder à un renouvellement de l’offre des chroniques présentes à 7h55 dans la Matinale. Nous avons ouvert une bourse aux idées, à laquelle des journalistes ont répondu par des propositions. Parmi les nouveaux rendez-vous retenus, ceux consacrés au travail et à l’enfance s’adressent particulièrement aux actifs, ainsi qu’aux personnes ayant des enfants.»
Laurent Caspary, rédacteur en chef de l’actu radio à la RTS

Ce qu'il s'est dit

Du changement, de la nouveauté. Mais La semaine de Delphine Gendre n’avait que deux ans d’existence et était appréciée d’une partie du public, notoirement de celui qui ne se reconnaît pas forcément dans tout ce que produit ou propose le camp progressiste. Etait-il à ce point nécessaire de l’arrêter? Laurent Caspary laisse entendre qu’un renouvellement qui n’aurait renouvelé que deux chroniques sur cinq, et non pas trois, n’en aurait pas vraiment été un.

Sur le fond, maintenant:

«La chronique de Delphine Gendre dérangeait certaines personnes et plaisait à d’autres. Le but, en y mettant un terme, n’est pas de donner raison à la bien-pensance, mais, encore une fois, d’offrir à nos auditeurs un choix de nouvelles chroniques à compter du 22 août prochain»
Laurent Caspary, rédacteur en chef de l’actu radio à la RTS

«J’ajoute, poursuit Laurent Caspary, que Delphine Gendre m’avait fait part, en début d’année, de ses craintes de se répéter dans sa chronique si celle-ci était reconduite pour un an de plus, mais je précise que ses doutes avaient ensuite disparu et qu’elle m’avait dit être tout à fait prête pour une troisième saison. Ce que je peux dire encore, c’est que Delphine Gendre comme tout autre journaliste auront et ont déjà l’occasion de faire des commentaires d’actualité dans la Matinale.»

Jointe par watson, Delphine Gendre réagit à la disparition de sa chronique hebdomadaire:

«J’accepte la décision qui a été prise, je comprends très bien qu’il faille renouveler les chroniques, mais je regrette à titre personnel de ne pas poursuivre l’aventure, qui était enrichissante et qui, me semble-t-il, participait d’une diversité des points de vue sur notre antenne»
Delphine Gendre

Jamais retweetée sur les réseaux sociaux de la RTS

Il en allait à l’interne comme pour les auditeurs: si certains appréciaient les propos de leur collègue de travail, d’autres n’y trouvaient pas leur compte. Ainsi, La semaine de Delphine Gendre n’a jamais eu les honneurs de la page Facebook siglée RTS Info, ni même d’un tweet à la même enseigne, autrement qu'à l'initiative de l'auteure sur ses propres réseaux. Est-ce parce que l’équipe en charge des réseaux sociaux à la RTS goûte peu à l’esprit de Delphine Gendre? A titre de comparaison, la radio France Inter tweete abondamment les productions de ses chroniqueurs.

En attendant la nomination d'un community manager pour la Matinale

La gestion des réseaux sociaux, en mains des «nouvelles plateformes», qui passent pour être un «Etat dans l’Etat» aux yeux de certains collaborateurs de la Première, «fait débat dans l'entreprise», confie un cadre. De son côté, la Matinale devrait disposer à la rentrée prochaine de son propre «community manager», chargé de mettre en valeur les contenus des journalistes et chroniqueurs sur les réseaux sociaux.

La menace PLR-UDC

La «radio romande», comme on disait autrefois, cette grande entreprise publique qu’est la RTS, chaînes télé comprises, est sous observation permanente. La disparition de la chronique de Delphine Gendre, sans préjuger des opinions politiques de cette dernière ni de celles de ses collègues de travail, donnera probablement du grain à moudre aux libéraux-radicaux comme à l’UDC, qui jugent l’audiovisuel public romand et suisse en général «trop à gauche». Des élus de droite ne cessent de le menacer avec ce «monstre» qu'est l'initiative dite «Billag 2», lancée par l’UDC et qui entend couper drastiquement dans le budget alloué à la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR). Le texte prévoit de plafonner la redevance à 200 francs, contre 335 actuellement.

Contacté par watson, Christophe Chaudet, directeur de l’actualité et des sports à la RTS, réplique à ces menaces et plus largement aux critiques «s’agissant d’une prétendue "couleur politique" dans nos éditions d’informations»:

«Nos journalistes travaillent en toute indépendance dans le cadre d’une charte déontologique qui leur impose d’être rigoureusement impartiaux, de présenter les événements de façon fidèle et d’accorder un temps de parole équitable aux différentes parties prenantes, sur une période donnée et non dans chaque émission. Nous sommes ouverts aux critiques, mais les pressions n’ont pas prise sur notre ligne éditoriale.»
Christophe Chaudet, directeur de l’actualité et des sports à la RTS
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