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Santé

Chemsex: les HUG ouvrent une consultation, un médecin explique

Les HUG ouvrent une consultation dédiée au chemsex.
On estime que le chemsex touche environ 10% des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes en Suisse, mais des données fiables font défaut.Image: watson

«Il est possible de pratiquer le chemsex de manière saine»

En début d'année, les HUG ont lancé une consultation consacrée au chemsex, terme qui désigne l'usage de substances psychoactives pendant l'acte sexuel. Le médecin responsable explique pourquoi ce «phénomène unique» nécessite une prise en charge spécialisée.
22.03.2026, 18:5422.03.2026, 18:54

Consommer des substances psychoactives pour faciliter, prolonger ou intensifier les rapports sexuels: c'est ce que l'on appelle le «chemsex», un phénomène encore peu documenté, mais qui semble prendre de l'ampleur en Suisse. Les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lui ont récemment consacré une consultation spécialisée, ouverte en début d'année.

Si la plupart des usagers vivent le chemsex de manière non problématique, cette pratique comporte également de nombreux risques, explique Matteo Reymond, médecin responsable de la consultation. Interview.

D'où est né le besoin d'ouvrir cette consultation?
Matteo Reymond:
Jusqu'à présent, le seul accompagnement existant était assuré par l'infirmier responsable du centre de santé LGBT Checkpoint Genève. Il est un ancien usager et a une expérience énorme, mais ce phénomène combine plusieurs aspects différents et demande des compétences très variées, comprenant la sexologie, l'addictologie, la psychologie ou encore l'infectiologie.

«Pour proposer une prise en charge efficace, on ne peut pas être seul»

Justement, quelle est la différence par rapport à une consultation axée sur les addictions?
Il s'agit d'un phénomène unique, issu d’un contexte sociologique complexe inscrivant notamment la stigmatisation sociale de la sexualité hors des normes sociales, qu'il est nécessaire de connaître pour pouvoir échanger avec les personnes concernées. De plus, cette pratique implique des substances très peu connues des addictologues. Souvent, les cliniques refusent des patients qui pratiquent le chemsex parce qu'elles ne connaissent pas les substances utilisées.

De quelles substances parle-t-on?
Elles sont très variées et diffèrent largement en fonction du pays et de la région. En Suisse romande, on en rencontre surtout deux. Il y a d'abord le GHB/GBL, dont le fonctionnement neurologique est similaire à celui de l'alcool et qui peut générer des sevrages compliqués, avec des dépendances et des crises d'épilepsie dans les cas extrêmes. On retrouve ensuite les cathinones, soit un ensemble de drogues qui portent des noms tels que 2-MMC, 3-MMC, 4-MMC, alpha-PVP, NEP, etcétéra.

«Ces substances ont un effet à la fois stimulant et empathogène ou entactogène, soit la sensation d'aimer tout le monde et d'avoir envie d'aller vers les gens, que ce soit émotionnellement ou physiquement.»

Quelles sont les différences entre la nouvelle consultation et l'ancienne?
Il est très important que la prise en charge reste centrée sur les soins communautaires, comme cela se faisait déjà au Checkpoint Genève. Notre but est de compléter cette offre avec des compétences complémentaires dans les domaines spécifiques que j'ai évoqués plus haut, avec des spécialistes expressément formés sur la question du chemsex, et d’étoffer et solidifier un réseau de soins organisé.

Matteo Reymond.
Matteo Reymond.Image: dr

Concrètement, comment cela se passe-t-il?
Tout d'abord, on essaie de faire en sorte que les personnes concernées puissent venir nous voir. Le personnel de soins de premier recours est sensibilisé afin de pouvoir identifier la thématique. Une fois que la personne est adressée à notre consultation, on discute avec elle pour définir ses besoins. S'agit-il d'une question d'addictologie, de sexologie? Ou elle a juste besoin de renseignements et de conseils en réduction des risques? En fonction de la réponse, je redirige le patient vers les différents partenaires de l'équipe, y compris le Checkpoint Genève.

A quel moment une personne qui pratique le chemsex décide-t-elle de s'adresser à votre consultation?
Chaque individu a un parcours différent. Certaines personnes auront besoin de consulter pour répondre à des questionnements sur les substances ou les risques qu'elles soulèvent. D'autres attendront de constater des conséquences négatives avant de chercher de l'aide. Il ne faut pas oublier que la plupart des usagers vivent cette pratique de manière positive.

«C'est très important de le souligner, car la stigmatisation constitue l'une des principales barrières à l'accès aux soins»

Est-il possible de pratiquer le chemsex de manière saine ou non problématique?
Oui, tout comme il est possible de consommer de l'alcool de manière non problématique. A la base, les personnes consomment des substances pour rechercher des effets positifs, une désinhibition, une forme de liberté, ou pour échapper à certaines normes sociales ou à l'anxiété. L'intention de base est toujours positive. La question est plutôt de savoir ce qu'on en fait après, comment l'intégrer dans sa vie et garder le contrôle sur la consommation.

Vous avez évoqué des conséquences négatives. Quels sont les risques liés à cette pratique?
Contracter des infections sexuellement transmissibles ou développer une dépendance aux substances, au sexe et aux applications de rencontre en sont quelques-uns. On sait aussi que davantage de personnes qui pratiquent le chemsex ont des besoins en santé mentale par rapport à la population en général. Il y a finalement des risques au niveau de la santé sexuelle, comme la perte de libido à l'état sobre ou la difficulté d'avoir des rapports sexuels sans substances.

A-t-on une idée de l'ampleur du phénomène?
On manque sévèrement de chiffres fiables. Les études européennes montrent que ce phénomène touche 16% des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes.

«En Suisse, ce pourcentage s’élèverait plutôt à 10 ou 12%, mais ces recherches ont été réalisées avec un échantillon de population beaucoup plus petit»

Pour l'instant, nous avons pu étudier des sous-populations qu'on étudiait déjà, comme les personnes qui vivent avec le VIH et celles qui prennent la PrEP (soit un traitement médical préventif contre le VIH, ndr). Elles pratiquent plus souvent le chemsex, mais on sait que cela concerne aussi des personnes non homosexuelles, et pas uniquement des hommes.

Au vu de l'absence de données, est-il toujours pertinent de lier en premier lieu cette pratique à des hommes ayant des rapports avec des hommes?
Je pense que oui. Historiquement, la pratique est née dans cette population-là pour des raisons qui lui étaient propres, notamment les conditions de marginalisation sociale dont elle souffrait. Aujourd'hui encore, les chiffres que nous avons concernent surtout ces personnes.

«Toutefois, même si on pouvait identifier tous les individus pratiquant le chemsex, on aurait probablement une majorité d'hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes»

La consultation du Checkpoint Genève existe depuis 2019. Avez-vous constaté une évolution du nombre de personnes faisant appel à ce service?
Nous avons l'impression que ce phénomène se démocratise et prend de l'ampleur, mais nous n'avons pas des données solides pour le démontrer.

Votre consultation a été ouverte en janvier. Quel est le bilan après ces premiers mois?
Nous en sommes encore au début, mais cela fonctionne plutôt bien. On voit que le milieu concerné commence à en parler et que les démarches de sensibilisation et de communication auprès des équipes soignantes commencent à porter leurs fruits. La visibilité médiatique accrue a également joué un rôle.

«A l'heure actuelle, une à deux nouvelles personnes font appel à notre service chaque semaine, ce qui est très encourageant»
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