Une coach mentale fait polémique chez les douaniers suisses
«Il fallait oser.» C'est la réaction de certains employés des douanes lorsqu'ils ont découvert la nouvelle activité d'une responsable de poste de douane. Cette cadre, réputée en interne pour son style de management peu conciliant, a lancé une entreprise de coaching. Sur son site internet, elle explique proposer, en parallèle de son travail aux douanes, du «coaching mental» destiné aux personnes «sous pression, qui se sentent bloquées, souhaitent renforcer leur confiance en elles ou emprunter de nouvelles voies».
Cette reconversion passe mal auprès d'une partie du personnel de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). Depuis plusieurs années, l'administration est engagée dans une vaste réorganisation, lancée par l'ancien directeur des douanes Christian Bock. Souvent décrite comme chaotique et insuffisamment préparée, elle continue de peser sur les quelque 4500 collaborateurs de l'office, dont beaucoup restent déstabilisés et inquiets.
Pour certains, le contenu du site internet de la cadre relève presque de la provocation. Sur fond de paysage paisible, entre sapins et lac de montagne, elle promet de renforcer «les fondations intérieures» de ses clients, de manière «durable et personnalisée». Elle affirme les aider à améliorer leur «gestion du stress et leur résilience», à «lever leurs blocages» ou encore à «accompagner les processus de changement».
Or, un processus de changement est précisément ce que vivent actuellement presque tous les employés des douanes. Les régions douanières sont une nouvelle fois redécoupées, des procédures sont modifiées et des unités changent encore de nom. Le nouveau directeur, Pascal Lüthi, tente à bien des égards de revenir sur les réformes engagées sous Christian Bock, mais ce retour en arrière génère lui aussi de nouvelles incertitudes.
Autre élément que le personnel n'a pas oublié: cette cheffe aujourd'hui devenue coach mental était considérée en interne comme une proche et une fidèle de l'ancien directeur des douanes, à l'origine de cette réorganisation controversée.
Comment réagit la coach?
Cette activité annexe alimente les conversations parmi les employés et suscite aussi des commentaires en dehors des douanes. Un ancien employé, qui connaît bien la situation du personnel, résume la situation ainsi:
Interrogée, la cadre concernée n'a pas souhaité commenter cette activité parallèle, ni sa réputation de fermeté dans la gestion du personnel, alors que l'OFDF traverse toujours une profonde transformation qui fragilise de nombreux employés. Nous lui avons également demandé si son offre de coaching s'adressait aux collaborateurs de l'office.
«Je ne fais aucun commentaire sur mes activités privées», a répondu l'intéressée. «Pour toute question en lien avec l'OFDF, je vous invite à vous adresser à notre service de presse officiel à Berne.»
Que disent les responsables?
Selon David Venetz, porte-parole de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, cette activité de coaching mental a bien été déclarée et autorisée, conformément aux exigences de l'ordonnance sur le personnel de la Confédération. La responsable concernée travaille à un taux d'activité de 80%.
L'ordonnance fixe précisément la procédure à suivre. Son article 91 prévoit que «les employés annoncent à leur supérieur toutes les charges publiques ainsi que toutes les activités rémunérées qu'ils exercent en dehors de leurs rapports de travail». Une autorisation n'est accordée que si aucun conflit d'intérêts avec l'activité exercée pour la Confédération n'est constaté.
Quand on lui demande si cette coach mental travaille, par l'intermédiaire de son entreprise, pour les douanes ou pour d'autres cadres de l'office, le porte-parole répond sans ambiguïté:
Selon un employé des douanes, d'autres responsables exercent également des activités annexes autorisées. De nombreux cadres ne travaillent en effet pas à plein temps.
David Venetz le confirme et avance des chiffres: «Au total, environ 2,6% des collaborateurs de l'OFDF, soit près de 120 personnes, ont déclaré une activité annexe soumise à autorisation. Parmi elles figurent également d'autres cadres.» (adapt. tam)
