«Certains sont meurtriers»: ces cancers touchent 2500 Suissesses par an
Les cancers constituent l'une des principales causes de mort en Suisse. Selon les chiffres de la Confédération, plus d’une personne sur cinq développe une telle maladie avant l'âge de 70 ans. Pourtant, si certains cancers sont très fréquents, pensons à ceux de la prostate, du sein ou des poumons, d'autres concernent nettement moins de personnes, sans qu'on doive les minimiser pour autant.
C'est le cas des cancers gynécologiques. Ces derniers peuvent toucher le col de l'utérus, l'endomètre, l'ovaire, la vulve et le vagin. Bien qu'on dénombre environ 2500 nouveaux cas par an en Suisse, ces maladies restent encore peu connues. Pour cette raison, elles font actuellement l'objet d'une campagne de sensibilisation menée par le Chuv, baptisée «septembre turquoise». Nous avons profité de l'occasion pour en parler avec Witold Gertych, médecin chirurgien onco-gynécologue auprès de l'hôpital vaudois. Interview.
Les cancers gynécologiques présentent-ils des similarités, au-delà de la région du corps où ils se manifestent?
Witold Gertych: Ces maladies ont des origines très différentes. Les cancers du col de l'utérus et du vagin sont dus à une infection au virus HPV, le cancer de l'ovaire est parfois provoqué par une anomalie génétique – on parle d'environ 20% des cas, alors que le cancer de la vulve a une origine mixte.
Pourquoi les regroupe-t-on dans une même catégorie, alors?
Ces cancers ne sont pas très connus. Pris singulièrement, ils sont très rares. On parle d'une vingtaine de cas de tumeur du vagin par année en Suisse, ou d'environ 150 cas de cancer de la vulve. Ces maladies sont donc marginales. Pourtant, si on les regroupe ensemble, on arrive à quelque 2500 cas par année, ce qui commence à être un chiffre considérable. Ces cancers méritent beaucoup plus d'attention, car certains sont clairement meurtriers.
Justement, quels sont les dangers liés à ces cancers?
Je vais commencer par le plus meurtrier, qui est le cancer de l'ovaire. Cette maladie a une très mauvaise réputation, parce qu'elle est souvent découverte à un stade avancé, c'est-à-dire avec des métastases. Cela signifie que le cancer s'est disséminé dans d'autres organes du corps, ce qui le rend très dangereux. Cinq ans après un tel diagnostic, il n'y a que 10 à 20% des patientes qui n'ont pas eu de récidive.
Qu'en est-il des autres?
Les cancers de l'endomètre, du col de l'utérus et de la vulve sont rarement découverts au stade métastatique. Lorsque ces maladies sont détectées précocement, les possibilités de guérison peuvent s'élever à 90%. Dans ces circonstances, il est souvent possible de ne traiter le cancer qu'avec la chirurgie, sans devoir recourir à des méthodes plus lourdes, telles que la chimiothérapie ou la radiothérapie.
Comment peut-on faire en sorte que la maladie soit détectée au stade précoce?
Les femmes doivent être à l'écoute des premiers symptômes, car ceux-ci sont faciles à identifier, du moins en théorie.
Pourquoi?
Parce qu'on parle de la sphère intime. On est donc naturellement très attentif à ce qu'il s'y passe, contrairement à d'autres parties du corps. Il faut vraiment consulter dès l'apparition des premiers symptômes.
De quels symptômes parle-t-on?
Pour ce qui est du cancer du col de l'utérus, les saignements après les rapports sexuels constituent le symptôme le plus fréquent et alarmant. Concernant le cancer de l’endomètre, chez les femmes ménopausées, l'apparition de saignements est un signal d'alerte, tout comme les changements dans la durée et la régularité des cycles menstruels chez les personnes plus jeunes.
Et celui de l'ovaire?
Le cancer de l'ovaire donne très peu de symptômes au stade précoce, et ceux-ci ne sont pas spécifiques. Autrement dit, ça peut être tout et n'importe quoi. On peut évoquer une augmentation du volume abdominal, ainsi qu'une petite perte ou une petite prise de poids non expliquée.
Est-il possible de détecter le cancer de l'ovaire au stade précoce?
Aucun pays au monde n'a mis en place une campagne de dépistage du cancer de l'ovaire, car celui-ci ne fonctionne pas, malheureusement. Une vaste étude menée en Angleterre a montré qu'il coûte excessivement cher, qu'il est très invasif et qu'il ne peut pas réduire la mortalité liée au cancer même après de longues années d’adhésion au programme.
Il n'y a donc pas d'autres options qu'attendre qu'il se manifeste?
Au niveau de la population générale, on ne peut effectivement pas faire grand-chose, mise à part préconiser une hygiène de vie saine. On sait qu'enlever les deux trompes de l'utérus diminue de 40 à 80% le risque de développer un cancer de l'ovaire, mais cela ne veut pas dire que toutes les femmes doivent le faire. Ce qui est officiellement admis, c'est de profiter d'une intervention chirurgicale gynécologique autre pour retirer les trompes.
Sans devoir en arriver là, existe-t-il de bonnes pratiques à adopter pour limiter les risques?
Oui, et c'est précisément le message que j'essaye de faire passer depuis un certain temps. Il faudrait parcourir les différents cancers, mais on peut dire que le surpoids, une mauvaise alimentation et le tabagisme sont des facteurs de risque. Normaliser son poids, éviter la nourriture ultra-transformée et pratiquer une activité physique régulière sont autant de comportements protecteurs qu'il faudrait adopter.
Le cancer du col de l'utérus et du vagin ont la même origine, c'est-à-dire une infection chronique par le virus HPV. Dans ce cas, la prévention primaire est la vaccination, à l'adolescence et avant l'âge du premier rapport sexuel. Le cancer de la vulve est plus complexe. La plupart des cas sont dus à une maladie de la peau dont l'origine n'est pas très bien connue, qui s'appelle le lichen.
Que peut-on dire de l'évolution de ces maladies? Leur nombre augmente-t-il au fil des ans?
L'évolution est contrastée. Les cas de cancer du col de l'utérus diminuent de manière significative, grâce à la vaccination et aux prises en charge structurelles. Les gynécologues savent dépister les lésions précancéreuses et traiter les précancers avant qu'ils ne deviennent des cancers. En revanche, les cancers de l'endomètre ont plutôt tendance à augmenter, parce qu'ils sont liés à l'espérance de vie, qui se rallonge progressivement. Pour les cancers de l'ovaire, de la vulve et du vagin, la situation est plutôt stationnaire.
