L'armée suisse déclenche la colère des responsables religieux
La convocation de l'armée a pris Simeon Bürki complètement au dépourvu. Ce pasteur jeunesse d'une Eglise évangélique libre à Bâle avait été libéré de ses obligations militaires, il y a deux ans, en raison de sa fonction. Bottes de combat, arme, casque: il avait tout rendu. Pourtant, à 30 ans, il est aujourd'hui de nouveau appelé sous les drapeaux.
Ce n'est qu'après quelques recherches qu'il en a compris la raison. Depuis le 1ᵉʳ juin, les pasteurs, prêtres, aumôniers et autres responsables religieux ne sont plus exemptés du service militaire. A la demande du Conseil fédéral, le Parlement a supprimé cette exception de la loi sur l'armée, estimant qu'elle n'est plus adaptée à l'époque actuelle.
Compte tenu de la sécularisation de la société, l'activité des responsables religieux n'est plus considérée comme «indispensable au maintien de la vie sociale», explique le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), interrogé par Schweiz heute.
Cette décision peut se comprendre. Ce qui irrite les Eglises, en revanche, c'est qu'elle a été prise sans qu'elles en soient informées, et encore moins consultées.
«Nous avons été pris de court»
Maurice Greder, de la Conférence des évêques suisses, regrette que les Eglises n'aient pas été informées en amont. «Nous avons été pris de court», résume-t-il. L'Eglise évangélique réformée de Suisse déplore elle aussi la manière dont Berne a procédé. «Nous aurions apprécié que les Eglises soient directement associées à une décision qui touche leur personnel», déclare son porte-parole, Stephan Jütte.
La Fédération des Eglises évangéliques libres est nettement plus critique. Selon elle, cette manière de procéder ne correspond pas à un processus législatif rigoureux. Les Eglises libres risquent d’être les plus touchées par cette réforme, car leurs pasteurs sont souvent plus jeunes et donc encore soumis à l'obligation de servir. Mais si le Parlement décidait un jour de relever l'âge de service face à la montée des menaces, le nombre de personnes concernées augmenterait soudainement, fait valoir Peter Schneeberger, président de la Fédération des Eglises évangéliques libres.
L’armée se justifie
Le DDPS explique qu'il n'a pas invité les Eglises à se prononcer, car très peu de militaires sont concernés par cette modification. Il souligne également que de nombreuses communautés religieuses étaient potentiellement concernées. La Confédération a manifestement jugé trop fastidieux de contacter chacune d'entre elles.
Cette modification a été adoptée dans le cadre d'une vaste révision de la loi sur l'armée, qui comprenait de nombreux autres changements. La suppression de l'exemption accordée aux responsables religieux est ainsi passée quasiment inaperçue et n'a pratiquement pas été débattue au Parlement.
Après avoir échangé avec les autres organisations religieuses, Peter Schneeberger estime qu'une vingtaine de pasteurs devront désormais reprendre ou poursuivre leur service militaire. Certains pourront éventuellement devenir aumôniers militaires.
Les Eglises espèrent des solutions pragmatiques
Dans un contexte où de nombreuses paroisses sont déjà en sous-effectif, cette modification pourrait avoir des conséquences sur «l'accompagnement pastoral», estime Maurice Greder. Les trois organisations religieuses interrogées disent toutefois comprendre cette évolution. Stephan Jütte, porte-parole de l'Eglise évangélique réformée de Suisse, commente:
Les mesures existantes, comme le report du service ou les évaluations individuelles, restent essentielles à ses yeux.
Simeon Bürki espère lui aussi trouver une solution avec l'armée. Il avait été dispensé de servir après la naissance de son premier enfant, son ministère l'obligeant déjà à s'absenter régulièrement. Quelques semaines seulement avant de recevoir sa nouvelle convocation, il est devenu père pour la deuxième fois.
Pourtant, il devra reprendre du service à la fin de l'année pour un cours de répétition. «Si j'avais su que je devrais continuer à servir, j'aurais effectué mes jours de service à une période où il m'était beaucoup plus facile de les concilier avec ma vie familiale», confie-t-il avec amertume.
