Suisse
Politique

Avec le service civil, l'armée doit se remettre en question

Acceptée de justesse, la réforme du service civil est perçue par ses propres partisans comme un avertissement adressé à l’armée suisse.
L'armée devra se remettre en question après le vote de ce week-end.Image: watson / agences

L’armée suisse a reçu un sérieux signal d’alarme

La réforme du service civil est passée de justesse. Pour ses partisans, ce résultat envoie aussi un message à l'armée.
15.06.2026, 18:5615.06.2026, 20:55
Christoph Bernet

Finalement, les craintes exprimées par les partisans bourgeois à la suite des derniers sondages ne se sont pas concrétisées: la modification de la loi sur le service civil a été acceptée à 52,5%. Le texte a, toutefois, été largement éclipsé par l'initiative «Plus de Suisse à 10 millions» de l'UDC. La réforme du service civil n'a généré que 182 articles dans les médias, contre quelque 1200 pour l'initiative de l'UDC.

Le contraste est encore plus frappant du côté des budgets de campagne: 620 000 francs pour la loi sur le service civil, contre plus de 15 millions pour l'initiative sur la Suisse à 10 millions d'habitants.

«Un coup de semonce pour l'armée»

«Je suis soulagé, mais pas fier.» C'est ainsi que Stefan Holenstein, président de l'Association des sociétés militaires suisses, a réagi, dimanche après-midi, après la publication de la première projection, dans le local du centre-ville de Berne où les partisans du texte s'étaient réunis. Ce oui serré donne à réfléchir au colonel d'état-major. Le fort pourcentage de «non» est «un coup de semonce pour l'armée», estime-t-il.

Oberst i Gst Stefan Holenstein, Praesident Verband Militaerischer Gesellschaften Schweiz (VMG), spricht waehrend einer Medienkonferenz des Ja-Komitees fuer die Reform des Zivildienstes, am Freitag, 17 ...
Le «oui» serré à la loi sur le service civil donne à réfléchir au colonel Stefan Holenstein, président de l’Association des sociétés militaires suissesImage: keystone

Aux yeux des partisans, il s'agissait d'une réforme modérée destinée à renforcer les effectifs de l'armée dans un contexte sécuritaire tendu. Maintenant, Stefan Holenstein s'interroge sur l'ampleur des résistances qu'elle a rencontrées.

Les conséquences des modifications désormais acceptées devraient rester assez limitées. Mais le Conseil fédéral s'attend à ce que «nettement moins» de soldats formés passent au service civil après leur école de recrues et leur incorporation dans l'armée. Durant la campagne, il a avancé un chiffre: les admissions au service civil reculeraient de 40%, pour tomber à 4000 par an, et le nombre de jours de service diminuerait de 12%.

Toutefois, le gouvernement a lui-même dû reconnaître qu'il était impossible de faire «déterminer avec certitude les répercussions réelles». Le Tages-Anzeiger avait calculé que les mesures ne compliquerait le passage au service civil que pour environ 1200 personnes. Le Conseil fédéral n'exclut pas non plus l'effet inverse: davantage de jeunes hommes pourraient opter pour le service civil avant ou pendant l'école de recrues.

Le conseiller national PLR Heinz Theiler se dit toutefois convaincu que les changements, qui devraient entrer en vigueur vers la mi-2027, réduiront nettement le nombre de militaires qui passent au service civil. Selon lui, ces mesures ne remettent pas en cause le service civil et n'empêchent personne d'y accéder:

«Elles vont rendre plus difficile le passage pour les militaires dont la formation a déjà mobilisé beaucoup de temps et d'argent, et pour lesquels on peut au moins se demander si le passage au service civil repose vraiment sur des motifs de conscience.»

Pas de nouvelles attaques

Pour Stefan Holenstein, le résultat serré montre que «le service civil est fortement ancré dans la société». La conseillère nationale Priska Seiler Graf (PS/ZH), qui a combattu le projet, partage cette analyse. «Pendant la campagne, nous avons réussi à montrer que le service civil est utile à la société dans de nombreux domaines», dit-elle. Ce oui à la modification de la loi n'est certainement pas un non au service civil.

«Je serais donc prudente avant de m'en prendre à nouveau au service civil», estime Priska Seiler Graf. Le Parlement doit encore se prononcer sur un projet prévoyant le retour de l'examen de conscience, supprimé en 2009, pour accéder au service civil.

Priska Seiler Graf, Nationalraetin SP-ZH, spricht waehrend einer Medienkonferenz zur Lancierung des Referendums gegen das gelockerte Kriegsmaterialgesetz, am Mittwoch, 7. Januar 2026, in Bern.(KEYSTON ...
Priska Seiler Graf reste optimiste pour la suite des débats sur le service civil malgré une défaite serrée.Image: keystone

Le Conseil fédéral vise, par ailleurs, une réforme en profondeur du modèle de service obligatoire afin de garantir durablement les effectifs de l'armée et du service civil. La variante privilégiée par le Parlement prévoit de fusionner la protection civile et le service civil au sein d'un service dédié aux catastrophes. Une telle réforme signerait la fin du service civil sous sa forme actuelle.

Pour Magdalena Erni, coprésidente des Jeunes Vert-e-s et l'une des chevilles ouvrières du référendum, le «oui» serré de dimanche démontre que «des réformes plus ambitieuses ne bénéficient pas d'un soutien majoritaire». Elle espère que le Parlement y renoncera. «Dans le cas contraire, nous lancerons un nouveau référendum», annonce-t-elle.

L'armée appelée à se remettre en question

«Le service civil n'est pas contesté et nous ne le remettons pas non plus en cause», affirme Stefan Holenstein. Selon lui, il s'agit simplement de le recentrer sur sa vocation initiale, telle que prévue par la Constitution: offrir une alternative aux personnes qui refusent le service militaire pour des raisons de conscience. «Mais il est clairement préférable de concevoir une réforme équilibrée bénéficiant d'un large soutien politique», ajoute-t-il au vu du résultat serré de la votation de dimanche.

Pour l'heure, Stefan Holenstein se concentre sur l'armée elle-même. La force de l'armée de milice suisse réside dans le savoir-faire que ses membres apportent de leur vie professionnelle et civile. D'où l'importance de mieux concilier service militaire et vie civile. «Nous avons encore une grande marge de progression dans ce domaine», reconnait-il, en évoquant notamment une plus grande flexibilité ainsi qu'une modernisation de l'école de recrues et des cours de répétition.

Certes, l'armée a déjà réalisé des progrès importants en matière de commandement, de formation et de culture organisationnelle. Mais, au fil de ses échanges, Stefan Holenstein constate régulièrement que certaines traditions héritées du passé sont perçues comme des brimades par les jeunes militaires, même les plus motivés:

«Par exemple, peu de gens comprennent pourquoi les cours de répétition se prolongent jusqu'au samedi matin»

Selon lui, l'armée doit aussi savoir se remettre en question et se demander si certaines traditions ont encore leur raison d'être aujourd'hui. (trad. mrs)

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