Qui frappe qui? Les chiffres de la violence domestique en Suisse
La police enregistre toujours plus de violence domestique. En 2025, 22 066 infractions ont été recensées, soit 4,4% de plus que l'année précédente. C'est ce que montre la Statistique policière de la criminalité (SPC) de l'Office fédéral de la statistique (OFS).
Dans la sphère domestique, 34 personnes sont mortes des suites d'un homicide consommé l'an dernier (2024: 26). Cela représente 61,8% des 55 homicides consommés enregistrés en Suisse.
21 des 34 victimes ont été tuées par leur partenaire, actuel ou ancien: 19 femmes et 2 hommes. Au sein de la famille ou d'une autre parenté, six mineurs, quatre femmes et trois hommes ont été tués.
Le Parlement exige désormais un monitorage national des auteurs de violence domestique. Le Conseil national a transmis mercredi une motion au Conseil fédéral, sans opposition. Un recensement systématique doit aider à repérer tôt les facteurs de risque et à prévenir la violence au sein du foyer.
Le type de relation joue un grand rôle
Dans l'ensemble, les actes de violence dans le cadre domestique visent nettement plus souvent des femmes. Dans plus de 75% des cas, la victime est une femme.
Pourtant, la question de savoir qui s'en prend à qui dépend fortement de la relation. Dans les couples actuels et passés, un schéma clair apparaît. Dans environ trois quarts des cas, un homme s'en prend à une femme. Une femme s'en prend à un homme dans un peu plus de 20% des cas. La violence entre personnes du même sexe est, quant à elle, marginale.
Au sein de la famille, ce tableau change. Entre parents et enfants ou entre membres de la parenté, les hommes aussi sont souvent victimes. Les auteurs restent toutefois majoritairement des hommes, qui s'en prennent alors souvent aussi à d'autres hommes.
99% des victimes de viol sont des femmes
Un regard sur les infractions commises au sein d'un couple donne lui aussi une image nuancée. Pour les infractions contre l'honneur (concrètement les calomnies ou les actes de diffamations), la répartition entre les sexes est presque équilibrée.
Dès que les actes au sein du couple prennent une dimension physique ou exercent une pression sur l'autre personne, la dynamique change alors radicalement, et les femmes subissent la majeure partie des menaces, des contraintes et des voies de fait.
Le déséquilibre est encore plus marqué pour la violence sexuelle. Dans les agressions et les harcèlements sexuels, les infractions touchent presque exclusivement des femmes. Pour les viols, la proportion de victimes féminines dépasse les 99%.
La question de la nationalité
En ce qui concerne les personnes mises en cause, les statistiques établissent également une distinction en fonction de la nationalité. Les Suisses représentent un peu plus de 44% des prévenus. Les 56% restants ne possèdent pas de passeport suisse.
La plus grande part est ainsi celle de la population étrangère résidante permanente. Ces personnes vivent et travaillent régulièrement en Suisse. La population relevant de l'asile représente, elle, 3,5% des cas.
Des spécialistes mettent cependant en garde contre une explication culturelle hâtive de ces chiffres. Les études criminologiques montrent que la surreprésentation des étrangers a surtout des causes socio-économiques et démographiques.
La population étrangère de Suisse compte proportionnellement plus de jeunes hommes, soit le groupe qui commet en principe le plus d'actes de violence. De plus, les familles étrangères sont plus souvent confrontées à des difficultés financières et à un manque d'espace. En ce sens, les craintes pour l'avenir et les conditions de logement exiguës augmentent considérablement le risque de conflits au sein du foyer.
Si l'on compare Suisses et étrangers dans les mêmes environnements précaires, l'écart de propension à la violence se réduit fortement.
Qu'est-ce que la violence domestique?
La Statistique policière de la criminalité (SPC) ne définit pas la violence domestique par une loi, mais par la relation entre la personne prévenue et la personne lésée. La police considère ainsi un acte comme de la violence domestique lorsque l'auteur et la victime vivent ou ont vécu en couple ou appartiennent à une même famille, qu'ils vivent ensemble ou séparément.
Pour cela, la police ne vérifie qu'une liste définie d'articles du Code pénal et les classe, selon la relation, dans l'une de quatre catégories: couple, ancien couple, relation parent-enfant ou autre relation familiale.
Parmi les infractions évidentes figurent les lésions corporelles (art. 123), les menaces (art. 180) ou le viol (art. 190). Sont moins évidentes, par exemple, l'administration à des enfants de substances nuisibles à la santé (art. 136), le mariage forcé (art. 181a), la calomnie (art. 174) ou la transmission non autorisée d'images intimes (art. 197a).
La SPC ne reflète que partiellement la violence domestique, car tous les actes ne sont pas signalés à la police. La statistique ne recense donc que ce que l'on appelle la criminalité apparente, tandis que le nombre d'actes non dénoncés reste, lui, inconnu. (trad. ysc)
