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Des réseaux violents ciblent aussi des enfants en Suisse

En Suisse, plusieurs affaires liées à des réseaux violents ont été portées devant la justice.
En Suisse, plusieurs affaires liées à des réseaux violents ont été portées devant la justice.Image: shutterstock

Des réseaux sadiques ciblent les enfants en Suisse

Ces réseaux aux pratiques sadiques ciblent des mineurs vulnérables. Une spécialiste explique comment repérer les signaux d’alerte et comment réagir.
28.09.2026, 05:2928.09.2026, 07:12
Hanna Hubacher
Hanna Hubacher

Des réseaux aux pratiques sadiques poussent de jeunes victimes jusqu’au suicide sur Internet, y compris en Suisse. Regula Bernhard Hug, directrice de Protection de l’enfance Suisse, explique comment repérer les signaux d’alerte et quelles attitudes les parents et les proches devraient adopter – ou éviter.

Des enquêtes de la SRF et du Tages-Anzeiger montrent que plusieurs cantons ont ouvert, ou ont eu à traiter, des procédures liées à des réseaux de violence en ligne. Avez-vous également reçu des signalements?
Regula Bernhard Hug: Plusieurs cas nous ont été rapportés à notre service de conseil et de signalement, et nous avons soupçonné dans certains d’entre eux l’implication d’un réseau violent. Dans l’un de ces cas, une personne avait reçu l’ordre d’en frapper une autre et de filmer la scène. Lorsque nous constatons qu’une personne subit des pressions et qu’un groupe agit en arrière-plan, nous transmettons le cas à la police.

Regula Bernhard Hug, Direktorin Kinderschutz Schweiz
Regula Bernhard Hug, directrice de Protection de l’enfance Suisse. Image: Sabine Haehlen

La Suisse enquête sur 20 cas. A quoi ressemblent-ils?
Les auteurs ciblent souvent des enfants particulièrement isolés et vulnérables. Le plus souvent, une personne se fait passer pour un ami, voire comme la seule capable d’aider l’enfant. Elle l’amène ensuite à partager des contenus compromettants ou intimes, qu’elle utilise pour le faire chanter. En Suisse, seules des filles ont été touchées jusqu’ici; à l’étranger, des garçons figurent également parmi les victimes.

S’agit-il de cas extrêmes et isolés, ou ces réseaux violents représentent-ils une menace omniprésente pour les enfants et les adolescents sur internet?
C’est clairement une menace bien réelle. Mais tous les enfants ne sont pas exposés de la même manière. Les auteurs recherchent délibérément ceux qui ont exprimé leur vulnérabilité en ligne, par exemple en parlant de troubles alimentaires ou de pensées suicidaires. Dans ces cas, ces appels à l’aide n’atteignent pas un cercle d’amis proche et protecteur:

«Ils font au contraire de ces enfants des cibles»

Le risque est particulièrement élevé lorsque les parents ne les accompagnent pas dans leur vie en ligne ou ne vérifient pas que les réglages de sécurité sont correctement configurés.

Vous vous inquiétez pour vous ou l'un de vos proches?
Parlez-en et faites-vous aider 24 heures sur 24, c'est confidentiel et gratuit:
La Main Tendue (adultes, 24/7) au 143
Pro Juventute (jeunes, 24/7) au 147
Urgences médicales au 144
stopsuicide.ch

Un enfant qui grandit dans un cadre familial sécurisant et dont les parents restent attentifs à ce qu’il fait en ligne est-il à l’abri?
Il ne faut surtout pas en tirer cette conclusion. Certains adolescents possèdent aussi des comptes dont leurs parents ne savent rien. En revanche, lorsqu’un enfant se sent aimé et entretient une relation de confiance avec ses parents, il aura davantage tendance à se tourner vers eux en cas de problème. Des relations solides avec les parents ou les amis peuvent donc le protéger contre ce type de violence en ligne.

Dans un cas, un auteur agissant depuis l’étranger a poussé au suicide une victime qui se trouvait en Suisse. Quels signaux doivent alerter les parents?
L’automutilation peut en être un. Cela ne signifie pas forcément que l’enfant a été approché par un réseau, mais montre que quelque chose ne va pas.

«Le fait qu’il fasse du mal à d’autres personnes ou à des animaux peut aussi être un signe»

Tout comme certains changements de comportement, par exemple s’il change soudainement ses habitudes en ligne, utilise de nouvelles applications ou se replie sur lui-même.

Comment les parents doivent-ils réagir s’ils soupçonnent que leur enfant est victime d’un tel réseau?
Si son comportement change de manière inhabituelle, il faut absolument lui parler et chercher à savoir ce qu’il traverse. Il est essentiel de ne pas le culpabiliser. S’il ne se sent pas compris ou soutenu, il risque de se refermer davantage. Si les soupçons se précisent, les parents devraient rapidement demander conseil et ne pas rester seuls face à la situation. Ils peuvent aussi s’adresser directement à la police.

Comment demander de l’aide et signaler des violences en ligne envers des mineurs

clickandstop.ch est une plateforme de signalement en ligne contre les violences sexuelles numériques, créée par Protection de l’enfance Suisse et la Fondation Guido Fluri. Le site permet notamment de signaler des contenus pédocriminels.

clickandstop.ch propose également des conseils sur les contenus pédocriminels et les violences sexuelles en ligne envers les mineurs. Ce service est gratuit et anonyme. Il s’adresse aux enfants et adolescents concernés, mais aussi aux parents, aux personnes exerçant l’autorité parentale, aux enseignants et aux autres professionnels.

Autres services de conseil: Pro Juventute propose une permanence destinée aux parents, accessible 24 heures sur 24. Les jeunes peuvent appeler à tout moment le 147, le service d’aide de Pro Juventute. Les centres suisse d'aide aux victimes proposent également des consultations gratuites et anonymes.

Que peuvent encore faire les parents pour protéger leurs enfants?
Pour les plus jeunes qui ont des comptes sur les réseaux sociaux, les parents peuvent régler les paramètres de confidentialité pour empêcher les inconnus de les contacter, par exemple en limitant les messages aux seuls contacts. Ils peuvent aussi convenir avec leur enfant de vérifier ensemble les nouvelles demandes avant de les accepter.

Certaines des personnes soupçonnées d’être à l’origine de ces violences se trouvent aussi en Suisse. Que doivent faire les parents s’ils pensent que leur enfant fait du chantage à d’autres, les humilie en ligne ou regarde ce type de contenus?
Les rôles de victime et d’auteur se confondent souvent. Certains sont d’abord victimes lorsqu’ils entrent dans ces réseaux, puis sont manipulés et incités à faire du mal à d’autres personnes, par exemple à leurs frères et sœurs, à des animaux domestiques ou à des inconnus, et à se filmer en train de le faire.

«Au fond, tout tourne autour de la fascination pour la violence et du pouvoir exercé sur les autres»

Cela peut paraître simple, mais le meilleur rempart reste l’empathie. Les parents peuvent apprendre à leur enfant ce qu’elle signifie en faisant eux-mêmes preuve d’empathie envers lui.

Qu’est-ce qui empêche les jeunes de demander de l’aide?
La honte et la peur. Surtout lorsqu’ils se sont fait du mal ou en ont fait à d’autres.

Que peuvent faire les parents en amont pour éviter que leurs enfants ne tombent dans ces réseaux?
Dès qu’un enfant a entre les mains un téléphone avec accès à Internet, ses parents doivent aussi lui parler des dangers qu’il peut y rencontrer. Le plus simple est de rester proche de lui et de s’intéresser vraiment à ce qu’il fait en ligne, aux sites qu’il fréquente et à la manière dont il les utilise. Mais cela demande énormément de temps et d’implication aux parents.

Est-ce vraiment réaliste?
Aujourd’hui, on en demande énormément aux parents pour protéger leurs enfants. Malgré toutes ces précautions, un enfant n’est jamais totalement en sécurité sur Internet. C’est pourquoi nous demandons que les plateformes, messageries et jeux destinés aux mineurs intègrent dès leur conception des mesures de sécurité et de protection de la vie privée.

Si, par peur, les parents interdisent les écrans ou surveillent tout ce que leurs enfants font sur Internet, est-ce vraiment efficace?
Si le seul objectif est de les protéger de ces réseaux violents, cette interdiction est probablement la mesure la plus efficace. Si les enfants n’ont aucun appareil connecté, personne ne peut les contacter en ligne. Je ne recommande pas pour autant d’en arriver là. A partir d’un certain âge, l’accès au monde numérique est très important pour les enfants et les adolescents. Une surveillance permanente de leurs activités en ligne ne les aide pas non plus à gagner en autonomie.

«Pour se développer sainement, ils ont aussi besoin d’une certaine liberté»

Les enfants n’ont peut-être pas envie de s’ouvrir à leurs parents sur ces sujets. Quels autres adultes de leur entourage doivent rester attentifs?
Cela peut être un enseignant, un entraîneur, un frère ou une sœur plus âgé(e), ou encore un grand-père. Peu importe qui joue ce rôle, l’essentiel est que quelqu’un soit suffisamment présent et attentif.

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