500 millions pour protéger les femmes en Suisse: le plan du PS
La Suisse n’en fait pas assez pour prévenir les violences domestiques, sexuelles et sexistes et protéger les victimes, estiment la conseillère nationale PS Tamara Funiciello et le coprésident du parti Cédric Wermuth. Leur parti entend lancer une initiative populair sur le sujet. Tous deux en détaillent les objectifs.
Vous avez publié, cette semaine, le texte de votre initiative. Que demandez-vous concrètement?
Cédric Wermuth: La Suisse en fait beaucoup trop peu pour lutter contre les violences faites aux femmes. Notre initiative veut garantir partout en Suisse un minimum de prévention, de protection des victimes et de poursuites pénales – autrement dit, une prise en charge de base.
Il existe déjà des maisons d’accueil pour femmes, des centres de consultation pour hommes, une campagne nationale contre la violence domestique, sexuelle et de genre, ainsi que le nouveau numéro 142 pour l’aide aux victimes. Pourquoi une initiative est-elle encore nécessaire?
Tamara Funiciello: Il existe de fortes disparités entre les cantons: chacun fait ce qu’il veut. Certains n’ont toujours pas de maison d’accueil pour femmes, d’autres ne mènent encore aucune action de prévention, et ailleurs, ce sont des bénévoles qui répondent au 142. Quand on appelle une ambulance, on ne veut pas avoir affaire à un bénévole, mais à un professionnel.
La protection contre les violences, la prévention et les poursuites pénales souffrent d’un sous-financement massif. Aujourd’hui, les maisons d’accueil pour femmes, les centres d’aide aux victimes et de nombreux programmes de prévention dépendent de financements privés. Le fait que la protection des femmes dépende de dons en dit long sur la valeur que ce pays accorde à leur vie.
Comment votre initiative compte-t-elle remédier à ces problèmes?
Tamara Funiciello: En définissant enfin clairement les responsabilités et les exigences minimales que les cantons devront respecter en matière de prévention et de protection contre les violences. Le texte prévoit aussi que la Confédération y consacre au moins 500 millions de francs par an.
Comment avez-vous fixé ce montant de 500 millions de francs?
Cédric Wermuth: Il est le fruit de plusieurs années de travail mené par des spécialistes du domaine. Nous avons cherché avec eux à déterminer ce qu’il faut réellement en Suisse pour garantir un minimum de protection, de prévention, de poursuites pénales et de coordination entre les cantons. Nous avons ensuite évalué le coût de ces mesures.
Tamara Funiciello: Prenons un exemple: la Suisse ne dispose actuellement que d’environ un quart des places nécessaires dans les maisons d’accueil pour femmes. Rien que pour combler ce manque, il faudrait 120 à 150 millions de francs par an. Et ce chiffre ne tient même pas compte du fait que, dans la plupart des cantons, aucune solution n’est prévue pour les victimes après leur séjour en maison d’accueil. De nombreuses femmes doivent donc retourner dans un foyer où elles ne sont pas en sécurité.
Quelles exigences minimales avez-vous définies?
Cédric Wermuth: Nous en avons fixé 40, qui devraient s’appliquer dans toute la Suisse. Chaque canton devrait notamment prévoir une place d’accueil mère-enfant sécurisée pour 10 000 habitants. Les corps de police devraient compter un spécialiste des violences domestiques pour 50 000 habitants. Enfin, le recours à la surveillance électronique des auteurs de violences devrait pouvoir fonctionner au-delà des frontières cantonales.
Le Parlement et le Conseil fédéral travaillent déjà sur ces questions. Qu’est-ce que votre initiative apporte de réellement nouveau?
Cédric Wermuth: Le Parlement aurait pu mieux protéger les femmes depuis longtemps, mais la volonté politique manque. Tout le monde salue les nouvelles lois, les campagnes et les mesures annoncées. Mais dès qu’il faut les appliquer concrètement et dégager les moyens humains et financiers nécessaires, la majorité parlementaire bloque.
Tamara Funiciello: Le Parlement en a encore donné la meilleure preuve en décembre dernier: nous avons dû récolter 500 000 signatures pour obtenir un million de francs supplémentaires en faveur de la protection des femmes. Or, ce million a de nouveau disparu du budget 2027 (réd.: le Conseil national avait refusé ce budget en décembre 2025). En Suisse, une femme meurt à son domicile environ tous les dix jours.
La question n’est donc pas de savoir si les femmes seront victimes de violences, mais quand et où elles le seront. Malgré cela, la Confédération ne consacre qu’environ trois millions de francs par an à la lutte contre les violences domestiques.
La ministre de l’Intérieur Elisabeth Baume-Schneider et le ministre de la Justice Beat Jans pilotent actuellement l’élaboration d’une stratégie nationale contre les violences domestiques. Votre initiative constitue-t-elle une critique directe des deux conseillers fédéraux socialistes? Cédric Wermuth: Au contraire. Elle vise précisément à soutenir leur action. Eux aussi se heurtent aujourd’hui à des limites, faute de moyens financiers et de volonté politique pour imposer aux cantons des exigences minimales.
Tamara Funiciello: Une stratégie nationale ne changera rien au fait que la protection des victimes dépend du bon vouloir des cantons et des décisions budgétaires du Parlement. C’est pourquoi nous voulons inscrire dans la Constitution un financement fixe pour la prévention et la protection contre les violences. Avec cette initiative, nous demandons le strict minimum. (trad.: mrs)
