Des attributs sexuels masculins dans un espace féminin? «C'est déplacé»
C'est le fait divers de société qui a fait parler cette semaine en Suisse: une femme transgenre a été menottée et évacuée de la piscine Marzili, à Berne. En cause: cette personne, disposant d'attributs sexuels masculins, identifiables sous son string, se trouvait dans une zone naturiste réservée aux femmes. Plusieurs baigneuses se sont senties mal à l'aise et se sont plaintes auprès de la piscine.
La machine s'emballe. Les associations LGBT sont en colère. La section «Queer» du Parti socialiste «condamne fermement cet acte transphobe commis par la piscine municipale». Le lendemain, la ville de Berne s'excuse dans un communiqué et indique que la personne n'aurait pas dû être évacuée.
Dans un post Instagram commun entre plusieurs associations, notamment Transgender network Switzerland (TGSN), l'association faîtière représentant les personnes trans, les évènements sont également durement dénoncés. On peut y lire:
Et de poursuivre: «Alors qu'elle s'y opposait et défendait son droit de femme de se trouver dans un espace réservé aux femmes, la piscine a appelé la police.»
Préserver «l'intimité des femmes»
Ce n'est toutefois pas l'avis d'Henriette Lévy, membre du comité de l'association Femina helvetica, qui estime qu'une femme «est un être humain adulte de sexe féminin», qui dépend «d'une réalité matérielle et biologique». Pour elle, le malaise ressenti par les baigneuses et leur décision d'avertir la piscine sont parfaitement légitimes. Elle déclare:
La membre de cette association relativement nouvelle, créée en octobre dernier, considère par ailleurs que la décision de la police d'évacuer cette personne était la bonne, malgré les excuses données par la ville. «Combien de femmes n'ont pas réagi dans des cas similaires par peur ou pour ne pas faire de scène, mais se sont senties profondément mal à l'aise?», se demande-t-elle.
Un «prétexte transphobe»
Pour Transgender network Switzerland, c'est le contraire: la présence de cette personne au sein d'une zone réservée aux femmes n'était même pas du domaine du discutable. Il dénonce l'intervention policière, relevant par ailleurs que ce sont trois policiers masculins qui ont procédé à l'arrestation:
TGNS décrit d'ailleurs cette intervention comme «violente» et évoque la présence «d'hématomes et d'égratignures». Selon l'association, «cet incident révèle que les espaces publics sont dangereux et propices à la violence envers les personnes transgenres en raison de préjugés et de comportements transphobes».
Henriette Lévy, de son côté, réfute cette idée. «Si quelqu'un veut entamer une transition de genre, c'est son choix. Mais il est déplacé de se retrouver confronté à une personne trans dans un lieu réservé à son sexe et de faire comme si ce rien n'était.»
La langue et la loi
A ce sujet, elle estime d'ailleurs que le langage utilisé par la ville de Berne est problématique. Le communiqué d'excuse évoque «une femme qui, en raison de certains traits physiques, était perçue comme n'étant pas une femme par les autres baigneuses». Elle estime qu'il s'agit d'une construction langagière destinée à masquer le fait que la personne trans présente était «biologiquement, un homme».
Pour les autorités bernoises, la définition d'homme ou une femme ne semble tout au plus qu'une question administrative. Citée dans nos colonnes, l'élue verte de la ville de Berne, Ursina Anderegg, estimait ainsi que:
Dans ce contexte, selon Ursina Anderegg, «les espaces protégés ne sont pas menacés. Ce qui change, c'est la manière dont leur fonctionnement est repensé.»
Et c'est justement ce qui dérange Henriette Lévy. «La loi se base sur un mot qui a changé d'interprétation», relève-t-elle. Et pas n'importe quels mots: homme ou femme. Pour elle, «la loi et les directives internes, par exemple de la piscine, doivent être basés sur des considérations objectives, comme le sexe biologique». Selon elle, l'«identité de genre» ne peut primer sur cet aspect.
