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Une ville domine le marché de l'électrique et ça agace Migrol

Un homme branche sa voiture electrique a une borne electrique de recharge rapide du parking P+R Bernex, lors d'une presentation a la presse, ce lundi, 14 novembre 2016, a Bernex pres de Genev ...
Les bornes de recharge de Move appartiennent elles aussi à la ville de Zurich à la suite d’un rachat.Image: KEYSTONE

Une ville suisse domine le marché de l'électrique et ça agace Migrol

Grâce à plusieurs acquisitions, une entreprise de la ville de Zurich est devenue le premier exploitant de bornes de recharge pour voitures électriques en Suisse. Une expansion qui suscite des critiques dans le secteur privé.
04.10.2026, 19:0004.10.2026, 19:00
Stefan Ehrbar

Alors que le prix de l’essence dépasse 2 francs le litre, nombreux sont ceux qui envisagent l’achat d’une voiture électrique. Avec ces véhicules, plus besoin de passer à la pompe: il faut se rendre à une borne de recharge. Ce marché connaît une forte croissance. Et une entreprise y occupe une place de plus en plus dominante: Energie 360°.

Ses filiales Swisscharge, Move et Gofast exploitent des bornes de recharge et de recharge rapide. Elles planifient et entretiennent également de telles installations pour le compte de tiers, notamment des sociétés immobilières, ou prennent en charge la facturation. Grâce à une application, les automobilistes ont accès au plus grand réseau de recharge national, qui compte plus de 15 000 points de recharge accessibles au public. Au total, l’entreprise exploite près de 25 000 points de recharge privés et publics, plus que n’importe quel autre acteur.

Lors d’appels d’offres, notamment pour des bornes de recharge rapide sur les autoroutes, l’entreprise l’emporte régulièrement sur ses concurrents. Mais derrière ce succès ne se cachent pas d’habiles entrepreneurs privés: c’est la ville de Zurich qui est aux commandes. Elle détient 96% de l’entreprise. Quant aux filiales citées plus haut, Energie 360° les a toutes rachetées ces dernières années.

Migrol regrette la concurrence publique

Est-ce vraiment à une ville d’exploiter des bornes de recharge dans toute la Suisse et de concurrencer des prestataires privés? Les critiques se font de plus en plus entendre. Elles viennent notamment de Migrol, filiale de Migros, qui a récemment inauguré son millième point de recharge. Andreas Flütsch, son CEO, explique:

«Nous sommes convaincus que l’Etat doit intervenir lorsque le marché ne parvient pas, à lui seul, à fournir des solutions suffisantes. En revanche, dans le domaine des infrastructures publiques de recharge, nous constatons qu’il existe une concurrence qui fonctionne, avec de nombreux prestataires privés prêts à investir dans leur développement.»
Andreas Flütsch, CEO de Migrol

Il est important que les mêmes conditions s’appliquent à tous, estime le patron de Migrol. Les entreprises contrôlées par l’Etat ou par des collectivités publiques ne devraient bénéficier d’aucun avantage structurel. «Nous portons donc un regard critique sur l’intervention de la ville de Zurich dans le marché de la mobilité électrique», souligne Andreas Flütsch.

A propos de bornes électriques 👇

Le groupe français Electra se montre lui aussi critique. Avec la société d’investissement suisse Energy Infrastructure Partners, il développe en Suisse un réseau de bornes de recharge rapide dans le cadre d’une coentreprise. Alessandro Inderbitzin, responsable d’Electra pour la Suisse, estime que la propriété publique n’est pas un problème en soi. Electra affronte déjà ce type d’acteurs sur plusieurs marchés européens. Selon lui, le système fonctionne partout où les règles du jeu sont les mêmes pour tous.

La situation devient problématique lorsque la collectivité publique est à la fois exploitante de l’infrastructure de base, autorité chargée d’attribuer les marchés ou de délivrer les autorisations, et actrice du marché. Un cumul des rôles qui existe dans plusieurs cantons et villes de Suisse. «Cela crée des conflits d’intérêts qui subsistent même avec toute la bonne volonté des acteurs concernés», affirme Alessandro Inderbitzin.

«Au bout du compte, le résultat est qu’il y a moins d’infrastructures de recharge, et non davantage»
11.07.2025 Dortmund Electra Schnellladestationen auf einem Hotelparkplatz direkt an der Bundesstra�e B1. *** 11 07 2025 Dortmund Electra fast-charging stations in a hotel parking lot directly on the B ...
Electra exploite également un réseau de recharge en Suisse. Ici, une borne à Dortmund, en Allemagne.Image: www.imago-images.de

Un mélange d'intérêts qui ferait mauvais genre

Lorsque l’exploitation du réseau et les activités de recharge ont le même propriétaire, même s’il s’agit juridiquement de sociétés distinctes, cela crée une proximité dont les exploitants indépendants ne bénéficient pas, poursuit Alessandro Inderbitzin. Il est notamment question de l’accès aux informations concernant les capacités, les projets d’extension du réseau et les disponibilités. Les procédures longues et difficiles à planifier pour le raccordement au réseau constituent l’une des principales raisons expliquant le manque d’infrastructures publiques de recharge rapide dans les villes suisses.

Les emplacements situés dans l’espace public sont par ailleurs attribués par les collectivités publiques. Selon Alessandro Inderbitzin, des entreprises comme Energie 360° disposent également d’avantages en matière de coût du capital. Des revenus prévisibles provenant d’activités réglementées ou proches d’un monopole permettent d’adopter un profil de risque différent de celui d’un capital qui doit être entièrement refinancé sur le marché. Energie 360° dispose notamment de ce type de recettes grâce à l’exploitation du réseau de gaz zurichois.

Le rôle joué par les pouvoirs publics est défavorable aux consommateurs, affirme Alessandro Inderbitzin. De nombreuses villes et de nombreux cantons ont confié les bornes de recharge à des fournisseurs d’énergie locaux. Il en résulte un réseau de recharge très fragmenté, chaque région disposant de ses propres solutions, tarifs et modalités d’accès.

«L’exploitation des réseaux et du gaz et celle des infrastructures publiques de recharge ne doivent pas être entre les mêmes mains»

Energie 360° assure ne bénéficier d’aucun avantage

Energie 360° se défend. L’entreprise est une société anonyme et affronte d’autres prestataires sur le marché, explique son porte-parole Michael Walser. La structure de son actionnariat ne lui procurerait aucun avantage. L’entreprise exerce en effet ses activités dans toute la Suisse et pas uniquement dans la ville de Zurich, où cette dernière est également chargée de l’attribution des marchés et possède le réseau électrique. A l’échelle nationale, Energie 360° est en concurrence directe avec des entreprises privées comme publiques.

Energie 360° bénéficie certes de la stabilité de son actionnariat, qui lui permet d’inscrire ses investissements dans une perspective à long terme. Mais l’entreprise n’en tire «en aucun cas» un accès privilégié aux marchés ou au secteur des infrastructures de recharge, affirme Michael Walser.

Pour l’heure, la mobilité électrique ne représente encore qu’une petite partie du chiffre d’affaires d’Energie 360°. Lors du dernier exercice, l’entreprise a réalisé dans ce domaine un chiffre d’affaires net de 44 millions de francs, sur un total de 777 millions. Cela représente néanmoins une hausse de plus de 60% par rapport à l’année précédente. L’entreprise publique entend poursuivre ce développement «à un rythme soutenu», peut-on lire dans son rapport annuel.

Le réseau de gaz est progressivement démantelé

L’entreprise a besoin de nouvelles sources de revenus. Energie 360° trouve ses origines dans l’approvisionnement en gaz de Zurich. Mais le réseau gazier est déjà progressivement démantelé depuis plusieurs années dans la ville de Zurich, comme dans de nombreuses autres villes du pays. Cette activité est appelée à diminuer de plus en plus au cours des prochaines années.

L’entreprise fonde de grands espoirs sur son nouveau secteur d’activité lié aux voitures électriques. «Nous nous considérons comme le premier groupe suisse dans le domaine de la mobilité électrique», affirme Michael Walser. Energie 360° entend encore renforcer cette position. De nouvelles acquisitions sont également envisageables. L’entreprise continuera en outre à participer aux appels d’offres lorsqu’elle le jugera pertinent.

En tant que propriétaire, la ville de Zurich profite de cette activité sous forme de dividendes: l’entreprise lui a versé près de 15 millions de francs l’an dernier. Michael Baumer, membre PLR de l’exécutif municipal chargé du dossier, souhaitait vendre l’entreprise. Mais le parlement de la ville, réticent à une privatisation, a bloqué son projet.

La ville de Zurich, gouvernée par une majorité de gauche et écologiste, devrait donc à l’avenir gagner encore davantage d’argent grâce à une catégorie de personnes avec laquelle elle est pourtant loin d’être toujours sur la même longueur d’onde: les automobilistes. (trad. hun)

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