Le diesel menace d’entraîner l’essence vers un prix record en Suisse
Avec la crise énergétique mondiale, le mazout a d’abord frôlé des niveaux de prix jamais vus en Suisse. Peu après, le diesel a effectivement atteint un record historique. L’essence pourrait être la prochaine sur la liste.
Dans une note adressée à ses clients, la banque d’investissement Goldman Sachs écrit: «Les prix élevés du diesel entraînent des prix élevés de l’essence.» La raison: les raffineries du monde entier chercheraient désormais à profiter davantage des prix records du diesel.
«Miser sur l’essence»
Elles produiraient donc davantage de diesel et moins d’essence. Certes, pas beaucoup plus de diesel ni beaucoup moins d’essence, les raffineries ne pouvant pas modifier leur production à volonté. Mais elles disposent d’une certaine marge de manœuvre. Et il suffit qu’elles l’utilisent. Selon Goldman Sachs, l’offre mondiale d’essence va ainsi «se raréfier rapidement».
C’est pourquoi, selon Goldman Sachs, l’essence offre «davantage de potentiel de hausse des prix». Si le diesel devrait lui aussi continuer à renchérir, le prix de l’essence devrait désormais augmenter plus fortement. L’agence de presse Bloomberg titre à propos de cette analyse: «Goldman Sachs conseille de miser sur l’essence.»
Si ce scénario se concrétise, ce record mondial se fera sentir dans les stations-service suisses. Selon les derniers chiffres du Touring Club Suisse (TCS), le litre d’essence coûte déjà 2,14 francs, soit près de 50 centimes de plus qu’au début de l’année. Le précédent record absolu remonte à 2022, lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine: il s’établissait à 2,31 francs.
Une soudaine vague de mauvaise conscience
La semaine dernière, le TCS annonçait que le prix du diesel avait atteint 2,41 francs, égalant ainsi son record historique. Depuis, ce seuil a toutefois été dépassé. Selon la dernière communication du TCS, le diesel coûte désormais 2,46 francs en moyenne à l’échelle nationale.
Rouler avec une voiture à essence ou diesel est donc devenu nettement plus cher. Les conséquences sont déjà visibles sur les routes suisses. Selon la Confédération, les nouvelles immatriculations de voitures à essence ont reculé d’environ 11% en août par rapport à l’année précédente, et celles des voitures diesel de 27%. Les voitures entièrement électriques ont en revanche enregistré une hausse de 48%.
«Le prix des carburants dope les bornes de recharge pour voitures électriques», annonce de son côté le commerçant en ligne Galaxus. Les années précédentes, les ventes de bornes de recharge n’avaient progressé que modérément. Cette année, elles se sont envolées. Entre janvier et août, Galaxus en a vendu 97% de plus qu’un an auparavant, soit presque deux fois plus, compte la plateforme dans un communiqué.
Ce phénomène ne s’explique pas par une soudaine vague de mauvaise conscience écologique, mais par un calcul économique. Avant même la crise actuelle, un automobiliste suisse moyen économisait environ 530 francs par an en roulant avec une voiture électrique et en disposant d’une borne de recharge à domicile. C’est ce qu’avait calculé le TCS en se fondant sur un comportement de conduite typique. Avec le prix actuel de l’essence, l’économie annuelle est nettement plus importante: elle atteint près de 1000 francs.
Le nerf de la guerre
Les automobilistes roulant avec un moteur thermique subissent donc les conséquences de la guerre avec l’Iran, mais pour combien de temps encore? L’essence et le diesel resteront-ils chers? Ou la guerre prendra-t-elle bientôt fin?
Le président Donald Trump a récemment ravivé l’espoir d’une solution diplomatique. Durant le week-end, Trump a déclaré à la télévision américaine qu’il était «probablement ouvert» à une rencontre avec le président iranien, qui devrait participer à l’Assemblée générale de l’Onu à New York. «Probablement ouvert.»
La formule était pour le moins vague. Et Trump a immédiatement tonné: «Ma question est la suivante: quand vais-je faire sauter tout le pays, et vais-je le faire? Ils feraient bien de se tenir correctement.» L’Iran a aussitôt répliqué sur le même ton: en cas de nouvelle attaque, une «nouvelle arme» serait utilisée, «avec de nouvelles capacités».
Un désastre du diesel menace
Derrière cet échange d’amabilités se cache toutefois un réel intérêt pour parvenir à un accord. Selon le magazine The Economist, Trump risque d’être sanctionné lors des prochaines élections par des «électeurs exaspérés par l’inflation» et ferait face à un «désastre du diesel». De son côté, l’Iran souffrait déjà d’une forte inflation avant la guerre. Mais celle-ci a désormais bondi à près de 80%, selon Bloomberg.
L’intérêt pour un accord existe donc pour les deux belligérants, mais cela ne signifie pas qu’il aboutira. Trump n’est pas seulement en désaccord avec l’Iran. L’Iran est lui-même divisé.
Le «Memorandum of Understanding», que Trump avait fièrement signé à Versailles cet été, n’aurait apparemment pas été rompu par les véritables centres de pouvoir iraniens. Ni par le président. Ni par les Gardiens de la révolution islamique. Comme le rapporte le New York Times, qui cite des «sources au sein du régime», une «faction radicale dissidente» serait à l’origine de cette rupture. Ces jusqu’au-boutistes auraient agi de leur propre chef, en contournant toutes les instances, et attaqué plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz – dans le but de saboter une paix avec Trump. L’accord de Versailles de Trump appartenait dès lors au passé.
Trump doit demander à Zelensky
Conséquence: trop peu de pétrole brut continue de transiter par le détroit d’Ormuz. Le blocus iranien n’est toutefois pas le seul problème qui fait grimper les prix dans les stations-service suisses. Il y en a désormais plusieurs.
Un «choc inflationniste» menace du côté des superpétroliers qui permettent au système pétrolier mondial de continuer à fonctionner. Leurs services sont plus demandés que jamais, maintenant que le pétrole doit emprunter de nouvelles routes pour atteindre ses pays de destination. Louer de tels superpétroliers coûte environ 1000% de plus qu’avant la guerre. Soit quelque 1,2 million de dollars par jour.
Dans cette crise, les raffineries peuvent elles aussi facturer des prix records, surtout lorsqu’elles produisent du diesel. Leurs capacités sont particulièrement rares depuis que l’Ukraine frappe systématiquement des raffineries russes pour assurer sa défense. La Russie n’est ainsi plus l’un des principaux exportateurs mondiaux de diesel, elle en est devenue importatrice.
Et Trump ne peut plus reprocher à Volodymyr Zelensky, en tant que président ukrainien, de n’avoir «aucune carte en main» dans la guerre contre la Russie. Il l’avait fait devant le monde entier lors d’une rencontre dans le Bureau ovale. Désormais, Trump a soudain dû demander à Zelensky, par téléphone, de cesser les frappes contre les raffineries russes. Selon Trump, leur conversation n’a porté que sur «le diesel, le diesel, le diesel».
Les premiers transporteurs jettent l’éponge
Toutes ces querelles géopolitiques finissent par coûter cher aux automobilistes suisses. Selon les calculs de la banque Raiffeisen, la hausse des marges des raffineries fait que l’essence coûte environ 20 centimes de plus par litre que ce que justifierait le prix actuel du pétrole brut. Pour le diesel, l’écart atteint 30 centimes.
A tout cela s’ajoute la sécheresse. Les précipitations sont si faibles que le Rhin est devenu difficilement navigable, les premiers transporteurs bâlois suspendent déjà leurs activités. Les coûts de transport ont donc été multipliés. En temps normal, le transport représente environ deux centimes par litre dans le prix de l’essence en Suisse. Selon les calculs de la banque Raiffeisen, cette part atteint actuellement 18 centimes. Même la météo joue contre les automobilistes. (trad. hun)
