Suisse
Argovie

Energie: pour ses réserves, la Suisse mise sur l'huile de friture

La zone en rouge indique l'emplacement prévu pour la centrale de réserve d'Eiker, d'une puissance de 180 mégawatts. Au premier plan se trouvent les réservoirs de DSM, dans lesquels le c ...
La zone en rouge indique l'emplacement prévu pour la centrale de réserve d'Eiker (AG), d'une puissance de 180 mégawatts. Au premier plan se trouvent les réservoirs de DSM, dans lesquels le combustible doit être stocké.Image: dr

La Suisse mise sur l'huile de friture usagée pour éviter le pire

De l'huile de cuisson usagée provenant de restaurants doit aider, en cas d'urgence, à conjurer la pénurie d'électricité à partir de 2031/32. Explications.
25.09.2026, 05:3825.09.2026, 05:38
Dennis Kalt / ch media

L'assurance contre la pénurie d'électricité a un prix: environ 2,3 milliards de francs. C'est ce que doivent coûter les quatre centrales de réserve prévues, qui devront rester disponibles pendant 15 ans. Cette couverture sera financée par les factures d'électricité. Pour un ménage type consommant 4500 kilowattheures par an, la Confédération table sur un surcoût annuel d'environ 10 francs.

Deux des quatre installations sont prévues en Argovie: à Eiken, avec une puissance de 180 mégawatts (MW), et à Stein, avec 57MW. Avec les centrales de Muttenz (BL) et de Monthey (VS), elles doivent fournir 583MW au total.

Thomas Rapp préférerait toutefois que les installations n'aient jamais à entrer en service. Il résume:

«Quand tout va bien, elles restent à l'arrêt»

Le responsable de la réserve d'énergie à l'Office fédéral de l'énergie (Ofen) explique pourquoi elles sont malgré tout nécessaires. C'est surtout vers la fin de l'hiver que l'électricité peut se raréfier. Car, durant cette période, les lacs de retenue sont en grande partie vides et les rivières charrient peu d'eau. Dans le même temps, le chauffage et l'éclairage requièrent beaucoup d'énergie.

Thomas Rapp, responsable de la réserve d'énergie à l'Office fédéral de l'énergie.
Thomas Rapp, responsable de la réserve d'énergie à l'Office fédéral de l'énergie.Image: OFEN

Dans ces conditions, et si une centrale tombe en panne ou que les importations d'électricité se grippent, la situation peut rapidement se tendre.

Une réserve pour les pénuries prévisibles

A propos de l'hiver prochain, Thomas Rapp estime:

«Pour le moment, nous partons du principe qu'il n'y aura pas de situation de pénurie»

Cependant, des pannes de centrales nucléaires ou de longues périodes avec peu de vent et de soleil pourraient mettre le système électrique sous pression.

A plus long terme, la demande augmente en raison de la croissance démographique, des pompes à chaleur, des voitures électriques et des centres de calcul. Le développement de la production, lui, prend du temps. La Commission fédérale de l'électricité (ElCom) vérifie régulièrement les besoins du pays en réserve. A partir de 2030, elle recommande au moins 500 mégawatts de capacité de réserve à puissance continue.

Les centrales de réserve ne sont pas censées absorber un blackout soudain. Elles entrent en jeu lorsqu'une pénurie d'énergie se dessine. Elles peuvent être appelées entre décembre et mai.

En cas de besoin, les responsables des installations ont deux jours pour mobiliser leur personnel et préchauffer les systèmes, explique Christoph Hugi. Il est le CEO de Sidewinder, l'une des entreprises à l'origine du projet d'Eiken. Une intervention peut durer quelques heures ou plusieurs jours, précise-t-il.

Industrie, réservoirs et lignes électriques

Pour le projet d'Eiken, c'est la Reservekraftwerk Eiken AG qui est responsable, une filiale de Sidewinder Infrastructure et de Swiss Life Vergia. A Stein, c'est Getec Park Stein AG qui s'occupe de la planification de la centrale. La Confédération commande et paie le maintien des structures en état de marche. Les entreprises doivent en revanche construire et exploiter elles-mêmes les installations.

Les deux projets voisins bénéficient en outre d'une importante infrastructure existante. Stephan Buser, responsable du site de Getec à Stein, qualifie l'endroit d'«un des meilleurs sites de Suisse» pour construire une centrale de réserve, notamment car il dispose de surfaces industrielles, de personnel et de pompiers d'entreprise offrant des synergies.

Une première représentation de 2025 montre à quoi pourrait ressembler la centrale de réserve d'Eiken.
Une première représentation de 2025 montre à quoi pourrait ressembler la centrale de réserve d'Eiken.Image: dr

Les porteurs du projet affirment pouvoir utiliser des voies ferrées, un terminal de déchargement et cinq réservoirs. Le combustible doit arriver par wagons-citernes. La manière dont il parviendra ensuite au site éloigné de Stein reste à déterminer. Des conduites ou des camions sont envisageables. «La circulation ne passera pas par le village», assure Stephan Buser.

Les deux centrales doivent être raccordées par des lignes souterraines au poste de transformation de Münchwilen (TG). A quelques kilomètres seulement se trouve en outre l'«Etoile de Laufenburg», un nœud important du réseau électrique européen. Grâce à ces liaisons performantes, l'électricité produite peut être acheminée sur de vastes distances à travers le pays et par-delà les frontières.

De la vieille huile de friture comme combustible

Sur le plan technique, il s'agit de centrales thermiques, donc d'un moteur ou d'une turbine qui entraîne un générateur. L'huile végétale hydrotraitée (HVO) est prévue comme combustible principal, un carburant traité à l'hydrogène et issu de matières premières biogènes.

Selon Christoph Hugi, on utilisera pour cela surtout de la vieille huile de friture provenant de la restauration, laquelle sera nettoyée et transformée dans une raffinerie.

«Nous stockons sur place du HVO pour une intervention de 16 jours», souligne Christoph Hugi à propos du stock de combustible prévu. Si une intervention dure plus longtemps, un réapprovisionnement doit arriver par rail. La Confédération exige que l'approvisionnement en combustible, logistique comprise, soit assuré pour dix semaines. Cela réduit la dépendance aux livraisons de gaz par gazoducs, qui peuvent être interrompues par des sabotages ou des arrêts de livraison.

La zone en rouge indique l'emplacement prévu pour la centrale de secours de Stein (AG), d'une puissance de 57 mégawatts. Devant celle-ci se trouve le nouveau site de Lonza.
La zone en rouge indique l'emplacement prévu pour la centrale de secours de Stein (AG), d'une puissance de 57 mégawatts. Devant celle-ci se trouve le nouveau site de Lonza.Image: dr

Si le HVO ne peut plus être obtenu, les installations peuvent aussi fonctionner au diesel ou au mazout. Mais la priorité va au combustible biogène, afin d'éviter les émissions fossiles.

Des bâtiments pour atténuer le bruit

«On ne peut pas empêcher les gaz d'échappement», rappelle cependant Stephan Buser, responsable du site de Getec à Stein. Des filtres et des catalyseurs doivent réduire les polluants suffisamment pour respecter les exigences de l'ordonnance sur la protection de l'air (OPair).

Le bruit préoccupe aussi les porteurs du projet. Contrairement à l'installation de Birr (AG), qui ne pouvait pas être autorisée, la technique doit être entièrement logée dans des bâtiments. Selon Christoph Hugi, CEO de Sidewinder, les constructions doivent s'intégrer pleinement à l'environnement industriel.

Stephan Buser se dit convaincu que les prescriptions légales en matière de bruit pourront être respectées. Pour protéger le sol et l'eau, des places de transbordement sécurisées et des systèmes de rétention sont prévus. Les exploitants doivent apporter les preuves concrètes de ces précautions dans des examens d'impact sur l'environnement et les procédures d'autorisation.

Des indemnités annuelles sont en outre prévues pour les communes d'implantation. Il a été convenu d'un maximum de 1000 francs par mégawatt installé. Cela représenterait 180 000 francs pour Eiken et 57 000 francs pour Stein. En cas d'intervention, d'autres indemnités s'ajouteraient.

Objectif: être prêt pour l'hiver 2031/32

Les sites doivent d'abord être inscrits dans le plan directeur cantonal. L'audition et la participation publiques sont imminentes. Suivront le message du gouvernement, la décision du Grand Conseil et l'approbation finale par la Confédération.

Les plans d'affectation communaux ainsi que les règlements de construction et d'affectation doivent eux aussi être adaptés. Les assemblées communales en décident. Pendant les mises à l'enquête publiques, des oppositions sont possibles. Parallèlement, les équipes d'ingénieurs élaborent des concepts et des documents pour les demandes de permis de construire.

Stephan Buser espère un début des travaux en 2028 ou 2029. Selon lui, l'objectif est d'être prêt pour l'hiver 2031. Pour cela, les autorisations et le financement doivent être disponibles à temps. La réserve doit alors pouvoir fournir de l'électricité en cas de problème. (trad. ysc)

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