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L'UDC prend une claque: voici le vote en détail du National sur l'Ukraine

Le Conseil national a condamné lundi l'agression russe en Ukraine et a largement adopté une déclaration qui demande au Conseil fédéral de s'associer aux sanctions prises par l'UE. Seule une partie de l'UDC s'y est opposée, en vain.
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28.02.2022, 20:17

Le Conseil national suisse a adopté lundi une «déclaration» dans laquelle il condamne l'agression russe en Ukraine. Ce qui a fourni le potentiel pour un séisme politique: elle demandait au Conseil fédéral de s'associer aux sanctions édictées par l'UE contre la Russie, ce qu'il n'avait encore pas fait.

Tous les partis, à l'exception de l'UDC, ont soutenu cette proposition: un «oui» clair de la Chambre du peuple aurait signifié une gifle contre le Conseil fédéral. Mais le gouvernement l'a empêché. Peu après 14h30, alors que la session parlementaire débutait, il a communiqué la reprise des sanctions de l'UE par la Suisse.

La gifle lui a donc été épargnée. Seule l'Union démocratique du centre (UDC) a essuyé une défaite retentissante: elle a échoué avec sa proposition de «non», après un long débat au cours duquel les représentants des partis ont exposé leur position les uns après les autres. Voici les arguments des dirigeants des partis et comment les représentants du peuple ont voté.

UDC: «Gardons notre calme, renonçons à la déclaration»

Image: sda

Le groupe UDC, plus grand groupe parlementaire, a été le premier à prendre la parole. Ses conseillères et conseillers nationaux n'ont pas seulement proposé le renvoi et le rejet de la déclaration, ils ont également souhaité un vote sur chacun de ses points, ce qui n'a pas non plus fonctionné. Le chef du groupe parlementaire Thomas Aeschi (ZG) et le conseiller national zurichois Gregor Rutz ont pris la parole au nom de l'UDC.

«Nous devons toujours garder à l'esprit que la question de la neutralité se pose en situation de crise et se décide en situation de crise. Par beau temps, il n'est pas difficile d'être neutre. On est neutre lorsqu'on n'est pas partial. L'autre variante consiste à se ranger du côté d'une partie. La neutralité est exigeante, demande de la modestie, de la retenue, de l'autodiscipline.»
Gregor Rutz (UDC/ZH)

Thomas Aeschi a ensuite lancé une attaque politique en règle, abordant le projet de loi sur le CO2, la politique de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, le jet de combat F-35 et la possible adhésion de la Suisse au Conseil de sécurité de l'ONU sous l'angle de la guerre en Ukraine.

Centre: «La Suisse ne doit pas devenir un business hub pour les élites russes»

Image: sda

Le chef du Centre, Gerhard Pfister, a été le premier des nombreux orateurs à recourir à des comparaisons historiques. Il a rappelé l'action humanitaire de la Suisse pendant la crise des réfugiés communistes et a exigé de la Confédération qu'elle défende ses valeurs.

«La Suisse ne doit pas devenir ou rester un business hub pour l'élite russe et pour le financement de la guerre contre l'Ukraine. La Suisse a le devoir de soutenir l'Ukraine comme elle a soutenu la Tchécoslovaquie en 1968 ou la Hongrie en 1956. Le Conseil fédéral doit prendre ses responsabilités pour que la Suisse aide l'Ukraine avec tous les moyens dont elle dispose. Hésiter ou rester à l'écart reviendrait non seulement à tolérer l'agression russe, mais aussi à la financer.»
Gerhard Pfister (Centre/ZG)

PLR: «La diplomatie en position de faiblesse ne dissuade pas les agresseurs»

Vidéo: watson

Damien Cottier (PLR/NE) s'est également exprimé en faveur d'une prise de position claire vis-à-vis de la Russie.

«Il faut donc rappeler l'agresseur à ses obligations - et quand je dis l'agresseur, il ne s'agit pas du peuple russe, il s'agit du régime au pouvoir en Russie, qui conduit son pays et l'Europe vers une situation dangereuse et catastrophique. Notre conseil et notre Parlement doivent donc s'exprimer en termes clairs pour la paix, pour la souveraineté de tous les Etats, pour un cessez-le-feu immédiat, pour le respect du droit humanitaire international –et donc des Conventions de Genève qui protègent les civils–, pour une aide humanitaire immédiate, pour un monde qui est régi par le droit et non pas par la loi du plus fort!»
Damien Cottier (PLR/NE)

Les Verts: «La guerre signifie toujours la destruction et la violation de vies humaines»

Image: sda

La cheffe du groupe parlementaire des Verts et conseillère nationale bernoise Aline Trede a tenu un discours en plusieurs langues, dont l'ukrainien.

«Les questions de mes enfants montrent l'absurdité de cette guerre, une guerre sur le sol européen. Il m'est très difficile de leur expliquer tout cela de manière compréhensible, et je suis incroyablement dégoûtée de devoir en parler avec eux. La guerre est toujours synonyme de destruction et d'atteinte à la vie humaine. Des familles sont déchirées, des gens perdent des proches et des amis. Certains d'entre nous ici présents ont eux aussi de la famille et des amis en Ukraine.»
Aline Trede (Les Verts/BE)

Les Vert'libéraux: «La Suisse doit adopter une position claire»

Image: sda

Dans son discours, la cheffe de groupe des Vert'libéraux Tiana Angelina Moser a critiqué le Conseil fédéral hésitant. Il n'aurait pas reconnu la gravité de la situation ou n'aurait tout simplement pas eu les informations nécessaires. Dans les deux cas, le gouvernement a porté atteinte à la crédibilité de la Suisse.

«La Suisse ne doit laisser planer aucun doute sur sa position. Avec l'invasion de l'Ukraine, nos valeurs fondamentales – la démocratie, l'autodétermination et l'Etat de droit – ont été violées dans leur essence. Pour les Vert'libéraux, il ne fait aucun doute que la Suisse doit adopter une position claire. La neutralité ne signifie pas ne pas avoir d'attitude ni de valeurs. La neutralité exige une classification politique.»
Tiana Angelina Moser (Les Vert'libéraux/ZH)

PS: «Monsieur Poutine, sachez que l'existence d'un pays démocratique n'est jamais un problème»

Vidéo: watson

Roger Nordmann a dénoncé une «violation frontale et scandaleuse» du droit international, avant de mobiliser à son tour l'Histoire. Selon lui, la rhétorique de la dénazification utilisée par Poutine est une insulte à la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale.

«Monsieur Poutine, sachez que l'existence d'un pays démocratique – car c'est cela qui vous dérange en réalité – n'est jamais un problème. L'agression territoriale majeure de la Russie contre l'Ukraine est une violation frontale du droit international. Elle est d'autant plus scandaleuse qu'elle est le fait d'un des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.»
Roger Nordmann (PS/VD)

Les votes

Non: Addor (UDC/VS), Aeschi Thomas (UDC/ZG), Amaudruz (UDC/GE), Bircher (UDC/AG), Büchel Roland (UDC/SG), de Courten (UDC/BL), Dettling (UDC/SZ), Egger Mike (UDC/SG), Estermann (UDC/LU), Fischer Benjamin (UDC/ZH), Friedli Esther (UDC/SG), Giezendanner (UDC/AG), Glarner (UDC/AG), Graber (UDC/VS), Grüter (UDC/LU), Guggisberg (UDC/BE), Heer (UDC/ZH), Heimgartner (UDC/AG), Herzog Verena (UDC/TG), Hess Erich (UDC/BE), Huber (UDC/AG), Imark (UDC/SO), Keller Peter (UDC/NW), Köppel (UDC/ZH), Marchesi (UDC/TI), Martullo (UDC/GR), Matter Thomas (UDC/ZH), Nidegger (UDC/GE), Quadri (UDC/TI), Reimann Lukas (UDC/SG), Rösti (UDC/BE), Rüegger (UDC/OW), Rutz Gregor (UDC/ZH), Schläpfer (UDC/ZH), Schwander (UDC/SZ), Sollberger (UDC/BL), Steinemann (UDC/ZH), Strupler (UDC/TG), Tuena (UDC/ZH), Umbricht Pieren (UDC/BE), Wobmann (UDC/SO)

Abstention: Burgherr (UDC/AG), Geissbühler (UDC/BE), Grin (UDC/VD), Haab (UDC/ZH), Hurter Thomas (UDC/SH), Nicolet (UDC/VD), Walliser (UDC/ZH), Zuberbühler (UDC/AR)

Oui: Borloz (PLR/VD), Bourgeois (PLR/FR), Cattaneo (PLR/TI), Cottier (PLR/NE), de Montmollin (PLR/GE), de Quattro (PLR/VD), Dobler (PLR/SG), Farinelli (PLR/TI), Feller (PLR/VD), Fiala (PLR/ZH), Fluri (PLR/SO), Giacometti (PLR/GR), Gössi (PLR/SZ), Jauslin (PLR/AG), Lüscher (PLR/GE), Markwalder (PLR/BE), Moret Isabelle (PLR/VD), Nantermod (PLR/VS), Portmann (PLR/ZH), Riniker (PLR/AG), Sauter (PLR/ZH), Schilliger (PLR/LU), Schneeberger (PLR/BL), Silberschmidt (PLR/ZH), Vincenz (PLR/SG), von Falkenstein (PLR/BS), Walti Beat (PLR/ZH), Wasserfallen Christian (PLR/BE), Wehrli (PLR/VD), Bäumle (PVL/ZH), Bellaiche (PVL/ZH), Bertschy (PVL/BE), Brunner (PVL/SG), Christ (PVL/BS), Fischer Roland (PVL/LU), Flach (PVL/AG), Gredig (PVL/ZH), Grossen Jürg (PVL/BE), Mäder (PVL/ZH), Matter Michel (PVL/GE), Mettler (PVL/BE), Moser (PVL/ZH), Pointet (PVL/VD), Schaffner (PVL/ZH), Weber (PVL/VD), Andrey (Verts/FR), Arslan (Verts/BS), Badertscher (Verts/BE), Baumann (Verts/BE), Clivaz Christophe (Verts/VS), de la Reussille (Verts/NE), Egger Kurt (Verts/TG), Fivaz Fabien (Verts/NE), Girod (Verts/ZH), Glättli (Verts/ZH), Gysin Greta (Verts/TI), Klopfenstein Broggini (Verts/GE), Mahaim (Verts/VD), Michaud Gigon (Verts/VD), Pasquier (Verts/GE), Porchet (Verts/VD), Prelicz-Huber (Verts/ZH), Prezioso (Verts/GE), Python (Verts/VD), Ryser (Verts/SG), Rytz Regula (Verts/BE), Schlatter (Verts/ZH), Schneider Meret (Verts/ZH), Töngi (Verts/LU), Trede (Verts/BE), Walder (Verts/GE), Weichelt (Verts/ZG), Wettstein (Verts/SO), Binder (Centre/AG), Bregy (Centre/VS), Bulliard (Centre/FR), Candinas (Centre/GR), Glanzmann (Centre/LU), Gmür Alois (Centre/SZ), Gschwind (Centre/JU), Gugger (Centre/ZH), Hess Lorenz (Centre/BE), Humbel (Centre/AG), Kamerzin (Centre/VS), Kutter (Centre/ZH), Landolt (Centre/GL), Lohr (Centre/TG), Maitre (Centre/GE), Müller Leo (Centre/LU), Müller-Altermatt (Centre/SO), Paganini (Centre/SG), Pfister Gerhard (Centre/ZG), Rechsteiner Thomas (Centre/AI), Regazzi (Centre/TI), Ritter (Centre/SG), Roduit (Centre/VS), Romano (Centre/TI), Roth Pasquier (Centre/FR), Schneider-Schneiter (Centre/BL), Siegenthaler (Centre/BE), Stadler (Centre/UR), Streiff (Centre/BE), Studer (Centre/AG), Wismer Priska (Centre/LU), Aebischer Matthias (PS/BE), Amoos (PS/VS), Atici (PS/BS), Barrile (PS/ZH), Bendahan (PS/VD), Birrer-Heimo (PS/LU), Crottaz (PS/VD), Dandrès (PS/GE), Fehlmann Rielle (PS/GE), Feri Yvonne (PS/AG), Fridez (PS/JU), Friedl Claudia (PS/SG), Funiciello (PS/BE), Graf-Litscher (PS/TG), Gysi Barbara (PS/SG), Hurni (PS/NE), Locher Benguerel (PS/GR), Maillard (PS/VD), Marra (PS/VD), Marti Min Li (PS/ZH), Marti Samira (PS/BL), Masshardt (PS/BE), Meyer Mattea (PS/ZH), Molina (PS/ZH), Munz (PS/SH), Nordmann (PS/VD), Nussbaumer (PS/BL), Piller Carrard (PS/FR), Pult (PS/GR), Roth Franziska (PS/SO), Schneider Schüttel (PS/FR), Seiler Graf (PS/ZH), Storni (PS/TI), Suter (PS/AG), Wasserfallen Flavia (PS/BE), Wermuth (PS/AG), Widmer Céline (PS/ZH), Wyss (PS/BS), Aebi Andreas (UDC/BE), Buffat (UDC/VD), Gafner (UDC/BE), Page (UDC/FR), von Siebenthal (UDC/BE)

Excusé: Brenzikofer (Verts/BL), Badran Jacqueline (PS/ZH), Gutjahr (UDC/TG) – la présidente Kälin ne prend pas part aux votes.

Défilez vers le bas pour voir tous les noms.

Le contenu de la déclaration

Pour un cessez-le-feu immédiat en Ukraine !
Le Conseil national,
– bouleversé par les souffrances humaines causées par l'agression russe contre l'Ukraine ;
– convaincu qu'une guerre d'agression unilatérale ne doit jamais être un moyen politique et est indigne d'un Etat, au 21e siècle ;
– préoccupé par le fait que les valeurs que sont la coexistence pacifique des peuples, la démocratie et les droits de l'homme, promues en Europe et dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sont gravement remises en question par cette agression ;
– déterminé à oeuvrer, avec la communauté internationale, pour un retour rapide de la paix en Ukraine ;

vu l'art. 32 de son règlement (RCN ; RS 171.13) :

– a. condamne fermement la guerre d'agression des autorités russes contre l'Ukraine, qui est contraire au droit international ;
– b. invite instamment les autorités russes et toutes les autres parties au conflit à convenir d'un cessez-le-feu immédiat ;
– c. souligne l'importance cruciale du système de sécurité mondial fondé sur le droit international ;
– d. appelle toutes les parties au conflit, et en particulier les autorités russes, à respecter le droit humanitaire international ;
– e. se solidarise avec le peuple ukrainien et demande de soutenir la population ukrainienne en lui fournissant une aide humanitaire ;
– f. demande au Conseil fédéral d'augmenter la pression sur la Russie en associant la Suisse aux sanctions de l'Union européenne contre ce pays. En tant que principale place de négoce de matières premières et pôle important en matière de prestations financières pour les groupes russes, la Suisse doit prendre ses responsabilités.

(pit)

Clope au bec il déplace une mine de ses propres mains

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