Suisse
Vaud

Ce projet immobilier scandalise des Lausannois

Les deux nouveaux bâtiments qui devraient être construits à Sévelin (Lausanne).
Deux nouveaux bâtiments vont être construits à la place du parking situé dans le quartier de Sévelin, dans l'Ouest lausannois (VD).Image: watson

«C'est scandaleux»: ce projet immobilier fâche des Lausannois

Deux nouveaux immeubles vont voir le jour dans le quartier de Sévelin à Lausanne. Un projet immobilier présenté par la Ville qui ne réjouit pas certains habitants. Plusieurs oppositions ont été déposées et une pétition vient d'être lancée.
29.06.2026, 05:3129.06.2026, 05:31

C'est sur une terrasse ombragée de Sévelin, dans l'Ouest lausannois, que nous retrouvons Thomas Tedesco. Il habite non loin de là dans un appartement avec vue sur le lac qu'il «adore».

«A Sévelin, nous avons la salle de concert les Docks, des écoles, des théâtres, un espace d'art. Nous avons tout pour bien faire»
Thomas Tedesco

En effet, dans ce quartier industriel, diverses institutions se côtoient: l'Ecole romande d'arts et communication (ERACOM), le Centre d'art scénique contemporain (Arsenic), le gymnase du Bugnon ou le skatepark la Fièvre. Le secteur, qui s'étend du Flon à Malley, est stratégique et en pleine mutation. Plusieurs constructions d'envergure y ont vu le jour, dont le projet des CFF Malley-Gare à 256 millions, qui comprend 200 logements, des commerces et deux tours.

Si Thomas Tedesco nous a donné rendez-vous ce lundi 22 juin, c'est parce qu'il veut nous parler d'un futur plan immobilier qui «ne favorisera pas la vie du quartier». Après avoir bu notre café, direction un vaste parking situé à côté de l'école des métiers de Lausanne (ETML) et délimité, notamment, par la rue de Genève où passera le tram.

C'est ici que deux nouveaux immeubles de sept étages vont sortir de terre. Le propriétaire n'est autre que PSP Swiss Property, l'une des plus grandes sociétés immobilières de Suisse. Pour permettre leur naissance, la Ville a réalisé un nouveau plan d'affectation qui remplacera celui en vigueur. Comprenez: où et comment il est possible de construire.

On vous montre:

Le parking à Sévelin qui devrait accueillir un nouveau projet de construction.
Le parking de Sévelin (Lausanne, VD) qui devra accueillir les deux nouveaux bâtiments.Image: Thomas Tedesco
Le parking à Sévelin (Lausanne) qui devra accueillir les deux nouveaux bâtiments.
Vue depuis la rue. Le parking, désigné par la flèche, est derrière la végétation. Image: watson
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Le parking en question.Image: watson
Les deux nouveaux bâtiments à Sévelin (Lausanne).
Les futurs bâtiments modélisés.Image: Collectif Sévelin-Sébeillon
Le parking à Sévelin (Lausanne) qui devra accueillir les deux nouveaux bâtiments.
Derrière la végétation se trouve la rue de Genève qui accueillera le tram (flèche rouge). La flèche jaune pointe le quartier du Flon.Image: watson

Ce qui dérange

Début 2026, les autorités présentent le plan d'affectation aux habitants avant la mise à l'enquête publique. La colère commence à gronder lorsque certains se rendent compte que peu d'espaces verts sont prévus et que les futures constructions abriteront uniquement des bureaux, dans un contexte de pénurie de logements qui s'aggrave dans le canton de Vaud. Comme le veut la loi sur l'aménagement du territoire et les constructions (LATC), les personnes avaient trente jours pour faire opposition. Au total, la Ville a reçu 9 oppositions, dont deux collectives.

Thomas Tedesco en a déposée une. «La présentation faite par la Ville était hyper technique. Tout semblait déjà avoir été décidé, reproche-t-il. Les autorités nous ont assuré que le projet était positif pour Sévelin et qu'elles feraient en sorte que de petites entreprises puissent avoir des locaux à des loyers abordables. Mais il n'y a aucune garantie.» De manière générale, ce que le Lausannois dénonce, c'est qu'il ne semble pas y avoir de réflexion autour de la cohésion du quartier.

«Les bâtiments sont apparus par-ci, par-là. Sévelin n'a jamais été pensé dans son ensemble. Il y a même une rue qui ne porte pas de nom!»
Thomas Tedesco

Il espérait que le nouveau projet de construction – plus de 20 000 mètres carré au total – soit l'occasion de remédier à la situation. Un vœu pieux. «Il n'y a pas de parc ni d'espace de jeu adapté pour les enfants dans le quartier», poursuit-il.

En février 2026, il met ces réclamations par écrit et envoie son opposition collective à la mise à l'enquête publique, signée au nom du collectif Sévelin-Sébeillon. Ce dernier a été fondé en 2023 suite aux nuisances causées par l’immeuble de la rue de Genève 85, connu comme une base arrière du marché de la drogue à Lausanne. Parmi les demandes, on retrouve également la construction d'un second passage ouvert au public entre l'ETML et le nouveau bâtiment afin de faciliter la circulation des piétons.

Zones d'ombre

Les arguments de Thomas Tedesco sont partagés par Charles Capré, architecte. Il travaille en face des futurs immeubles et a également fait opposition. Il estime qu'une succession de plusieurs plans d'affectation dans la même zone n'est pas une bonne stratégie, car elle ne permet pas d'avoir «une vision d'ensemble de ce grand quartier en pleine transformation».

Outre son analyse stratégique, trois aspects du nouveau plan d'affectation l'ont interrogé. Premièrement, le fait que la Ville ait autorisé la création de souterrains qui dépassent l'emprise des bâtiments, ce qui donnera naissance à «des immeubles iceberg». L'architecte précise qu'il est interdit de construire de tels souterrains.

«Pourquoi PSP a-t-il le droit de le faire? Il est incohérent de proposer un plan d'affectation qui n'est pas conforme à la règle appliquée sur le territoire lausannois.»
Charles Capré

Un souterrain de ce type aurait pour conséquence de limiter les plantations majeures: «Les grands arbres, importants pour la biodiversité et l'ombre, ont besoin de plus d'un mètre de terre», explique-t-il.

La deuxième interrogation de l'architecte concerne justement cette absence de verdure, qui «ne respecterait pas» la stratégie d'arborisation de Lausanne, appelée objectif canopée. D'ici 2040, en effet, la Ville souhaite augmenter le nombre d’arbres et leur dimension afin que leur feuillage recouvre 30% du territoire, contre 20% aujourd'hui.

Pour finir, Charles Capré s'inquiète pour le concours d'architecte que le propriétaire devra faire avant de démarrer le chantier. Durant la présentation faite en début d'année par les autorités lausannoises, il n'y avait «aucune précision sur le type de procédure retenue», déclare-t-il. Pourtant, la Ville «applique à ses constructions des normes qui garantissent l'égalité de traitement entre les concurrents et assurent que les bâtiments respectent les intérêts du propriétaire et des habitants».

«Ces exigences seront-elles baissées pour PSP? Si tel est le cas, c'est injuste pour la population»
Charles Capré

Une pétition a été lancée

Suite aux oppositions, la Municipalité de Lausanne, représentée par le Service de l'urbanisme, a organisé au mois de mai une séance de conciliation. Toutes les oppositions ont été maintenues.

L'histoire ne s'arrête toutefois pas là. Dimanche 21 juin, le collectif Sébeillon-Sévelin a lancé une pétition dans le but «de faire du bruit». «Nous ne sommes pas opposés au développement du quartier», souligne le texte. Les pétitionnaires estiment toutefois que lorsqu'un projet «modifie le paysage urbain», il est essentiel que «la concertation soit renforcée et que les préoccupations des habitants soient mieux prises en compte». 22 personnes l'ont signée au moment de la publication de cet article.

Parmi les commentaires des signataires, on peut lire:

«Ce quartier mérite une tout autre considération et un grand soin. Y ajouter de l’habitat est primordial, surtout le long d’une ligne de tram.»
«Encore du béton! Pourquoi ne pas créer un véritable parc pour le quartier? Nous avons besoin d'un endroit où les familles et les voisins peuvent se retrouver.»
«En 2026, c'est scandaleux de vouloir faire un projet d'une telle envergure sans y mettre un seul logement.»

Les différents reproches ont été soumis à Jeanne Dubuis, conseillère en communication au département Culture et développement urbain de la Ville de Lausanne. Concernant la prise en considération des résidents, elle indique qu'«une grande démarche participative a été faite en début de processus en 2015». Thomas Tedesco vivait à Sévelin à l'époque et certifie n'avoir jamais entendu parler de cette action. «J'ai discuté avec des habitants qui sont ici depuis plus longtemps que moi et ils n'ont pas non plus été sollicités.»

Quant au second passage ouvert au public demandé par les opposants, Jeanne Dubuis répond que «sa faisabilité et pertinence ne sont pas vérifiées». Elle rappelle également que dans ce type de projet, une négociation est toujours menée avec les propriétaires et que «la cohérence globale du secteur est assurée par un schéma directeur».

«La Ville a convenu avec le propriétaire qu’il réalise une placette à proximité de deux platanes existants, ainsi qu'un trottoir lié au tram qui longera le rez-de-chaussée des futurs bâtiments.»

Elle ne s'est cependant pas exprimée sur l'absence de logement dans futurs les bâtiments, la garantie d'offrir à des petites entreprises des loyers modérés, l'autorisation accordée à PSP de créer des sous-terrains qui dépassent l'emprise des bâtiments ainsi que sur le concours d'architecte.

La balle est désormais dans le camp du Conseil communal, qui doit adopter le plan ou l'amender si besoin. Le dossier devrait lui être soumis encore cette année.

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