«Les locataires suisses risquent de basculer dans la pauvreté»
Pris à la gorge les locataires? C’est ce que montre un sondage réalisé par l’Association suisse des locataires (Asloca) et l’institut Sotomo auprès de 35 000 personnes. 40% des locataires consacrent plus du tiers de leur revenu à leur loyer, a annoncé ce mardi à Berne l’Asloca. Un seuil «qui marque l’entrée dans une zone de risque de précarité» selon l’association Caritas.
Asphyxiés, les ménages n’osent pourtant pas se défendre. Peur de perdre son logement, rapport de force déséquilibré, watson fait le point avec le conseiller aux Etats (PS/GE) et président de l’Asloca, Carlo Sommaruga dont l’initiative sur les loyers abusifs sera déposée en juin. Interview.
Carlo Sommaruga, le sondage montre que beaucoup de locataires peinent à payer leur loyer. La situation s’aggrave-t-elle?
Oui, nettement. Près de 40% des locataires consacrent plus de 30% de leur revenu au paiement du loyer. Un tiers des ressources pour le loyer, c’est énorme! Or, ce seuil correspond au risque de basculement dans la pauvreté selon Caritas.
Cette pression s’est-elle accentuée ces dernières années?
Oui. Les loyers augmentent bien plus vite que les salaires ou les rentes. Et surtout, ils ne baissent pas lorsque le taux de référence diminue. Alors que tous les bailleurs devraient l’accorder spontanément, seuls 8% le font. La situation est insupportable : les rendements du capital immobilier croissent, alors que le poids des loyers supporté par les locataires est toujours plus lourd. Il faut dire aussi que les plus fortes augmentations de loyer ont lieu à la signature du bail et que très peu de locataires contestent leur loyer initial. Résultat: ces loyers initiaux, le plus souvent abusifs, restent en place pendant toute la durée du contrat.
Comment expliquez-vous que seuls 5% des locataires contestent leur loyer initial alors que 75% obtiennent gain de cause?
Par la peur, principalement. Cette enquête montre qu’environ un locataire sur quatre craint de perdre son logement dans les deux ans.
Cela révèle un déséquilibre structurel: même si le droit du bail paraît protecteur sur le papier, dans les faits, le locataire, partie faible, n’en bénéficie pas. ce n’est pas pour rien que, 58% des sondés estiment que le droit du bail favorise les bailleurs.
Concrètement, que peut faire un locataire confronté à un loyer abusif?
La première chose, c’est de s’informer. Il faut rapidement consulter l’ASLOCA, à la conclusion du bail, lorsqu’une baisse du taux de référence est annoncée dans les médias, lors d’une majoration de loyer ou d’une résiliation de bail. On peut aussi utiliser le calculateur de loyers disponible en ligne sur le site de l’ASLOCA.
Enfin, dans la très grande majorité des cas, les locataires qui agissent obtiennent gain de cause.
L’ASLOCA a lancé une initiative en mai 2025 contre les loyers abusifs. Où en est-elle?
Nous avons déjà récolté plus de 100 000 signatures et prévoyons de déposer l’initiative en juin. Les attentes des locataires sont très claires: ils veulent des baisses automatiques de loyers lorsque le taux de référence diminue, davantage de logements abordables et un contrôle régulier des loyers. Notre initiative vise justement à garantir des loyers fondés sur les coûts réels, avec un rendement équitable et contrôlé, et à instaurer un contrôle automatique et régulier.
Les critiques estiment que cela pourrait freiner la construction de logements. Que leur répondez-vous?
Je ne partage pas cette analyse. Les loyers continuent d’augmenter même lorsque le nombre de logements vacants augmente.
Or, le retour sur investissements est beaucoup plus court et rentable en rachetant des immeubles existants, en expulsant les locataires par des résiliations collectives et en relouant nettement plus cher au prix du marché, qu’en construisant de nouveaux logements. C’est ce phénomène qui freine la construction, pas la régulation.
Quel message adressez-vous aux locataires qui hésitent à s’opposer aux bailleurs?
Je leur dirais de ne pas rester seuls: il faut se renseigner, se regrouper avec ses voisins, agir collectivement. Surtout, il faut savoir que contester son loyer peut permettre d’économiser des milliers, voire des dizaines de milliers de francs. Aujourd’hui, les locataires paient en moyenne 370 francs de trop par mois, soit plus de 4 000 francs par an. Sur dix ans, cela représente une somme considérable.
