«On attend Roger!»: comment Nordmann a gagné ce dimanche
Ce dimanche, les citoyens vaudois devaient élire le remplaçant de la conseillère d'Etat socialiste Rebecca Ruiz. Jean-François Thuillard, UDC bonhomme et bien connu du Grand conseil vaudois, fait face à Roger Nordmann, ancien chef de groupe socialiste aux Chambres au Palais fédéral et stratège reconnu du parti à la rose.
Pour le soutenir, les militants et élus de gauche s'étaient donné rendez-vous en plein centre de Lausanne dans un restaurant vietnamien. L'endroit est stratégique, m'assure-t-on: il est situé pile entre le quartier général du Parti socialiste, place Chauderon, et le château Saint-Maire, dans la Cité. Malin.
Ce sera donc ce sympathique décor très printanier qui fera office de purgatoire électoral pour Roger Nordmann — par ailleurs chroniqueur pour watson.
Le stamm, qui sert aussi de point de ralliement pour les Municipales, est commun aux socialistes et aux Verts. Des décorations traditionnelles sont suspendues dans des arbres d'intérieur. A l'horloge, on a oublié d'effectuer le changement à l'heure de printemps. Ce sera donc à 11h, et non à midi, que les premiers résultats tomberont dans cette pièce.
Campagnes à droite, villes à gauche
L'ambiance est bonne, mais quelque peu tendue. Le bon résultat de Jean-François Thuillard au premier tour laisse craindre la présence d'une surprise. Une ambiance de «on ne sait jamais» plane. La municipale lausannoise sortante verte Natacha Litzistorf le sait, en politique:
De la nourriture est servie. Ceux dont l'estomac est le moins noué par la situation se servent en salades ou raviolis aux crevettes. Soudain, un cri résonne entre les rouleaux de printemps:
Ceux-ci sont plutôt amers: alors que la moitié des votes sont dépouillés, le candidat UDC a plus de 8% d'avance sur Nordmann. Si on sait que les communes campagnardes, conservatrices, terminent le dépouillement avant les villes, progressistes, le doute est désormais permis. Les doigts scrollent sur les cartes et les résultats, et l'attente commence. Dans la salle, on garde le calme comme on peut:
Le président de la section vaudoise du Parti, Romain Pilloud, a les dents serrées. «Nous sommes dans une phrase d'attentisme prudent, très vaudoise», blague-t-il, aussi pour se rassurer lui-même.
S'il reconnaît que la stratégie de bloc de l'Alliance vaudoise «semble marcher», il reste convaincu que les reports de la gauche radicale, qui s'est retirée au deuxième tour, permettront de faire gagner Roger Nordmann. Par ailleurs, les résultats de certaines communes de campagne en faveur du socialiste lui redonnent espoir.
Sauvé par Lausanne
Le dépouillement des villes, comme Vevey, permet au socialiste de réduire son retard. Soudain, des applaudissements résonnent dans un coin, bientôt suivis par tout l'établissement. Les résultats partiels de Lausanne viennent de renverser le vote en faveur de Nordmann. L'UDC est désormais passée derrière et n'arrivera pas à rattraper son retard.
Les visages se détendent au sein du stamm. L'élu au Conseil communal de Lausanne Samson Yemane arbore un large sourire. Le conseiller d'Etat Vassilis Venizelos (Verts), plat vietnamien et bière à la main, évoque son futur collègue de gouvernement à watson:
La foule se masse au-dehors, en attente de son chevalier blanc. La conseillère nationale verte Léonore Porchet sèche une petite larme de joie. Une militante, bouquet de fleurs à la main, est au téléphone:
Puis le nouveau conseiller d'Etat débarque. Il embrasse tout le monde dans une ambiance de liesse. On arrive à l'attraper. A-t-il un mot pour son rival? «Ah oui, il faut que je l'appelle!», s'exclame-t-il en sortant son téléphone.
Et pour la suite au Conseil d'Etat? «On verra quel département me reviendra. Si c'est le DSAS, il faudra préserver l'action sociale tout en rétablissant l'équilibre financier et ne pas baisser l'impôt sur la fortune».
Devant le fief du rival
Le gagnant prend ensuite la route avec sa petite délégation et leurs banderoles jusqu'au château Saint-Maire. Il passe pour ce faire durant le restaurant le Vaudois, où son rival digère sa défaite avec ses troupes.
Au château, nous retrouvons Romain Pilloud, beaucoup plus détendu. Mais au vu des 6500 voix d'écart entre son candidat et Jean-François Thuillard, il indique:
Il estime que la gauche est «remise en ordre de marche pour sortir des crises politiques qu'on a pu voir dans le canton, résultat d'années de majorité de droite».
Un équilibre «maintenu»
Puis, des «Salut!» toniques au bon accent vaudois se font entendre. Jean-François Thuillard vient de débarquer. Le perdant et le gagnant se rencontrent et le chasselas coule à flots.
Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat sortante, est également présente. Elle se dit «soulagée et heureuse» pour son successeur et pour le gouvernement vaudois.
