Au QG de l’UDC, l’espoir a tenu… puis Lausanne a tranché
C’est dans le caveau de la brasserie «Le Vaudois» que l’UDC a installé son stamm. Des tags de la veille sur la façade comme «Racism kills» ou «1312», vestiges du carnaval antifasciste qui a parcouru les rues de la capitale vaudoise, il ne reste presque plus rien. Un peu de peinture rose sur l’ardoise accueillant les clients, c’est tout.
Une autre bataille se joue dans le sous-sol de la brasserie. Celle pour l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois, qui oppose l’UDC Jean-François Thuillard au socialiste Roger Nordmann. Au premier tour, l’agriculteur de Froideville avait viré en tête, devançant de 2000 voix son adversaire lausannois. La candidate d’Ensemble à gauche Agathe Raboud Sidorenko avait créé la sensation en empochant 18 000 voix.
L’espoir malgré tout
Josée-Christine Lavanchy, conseillère communale UDC à Lausanne, est l’une des premières arrivées au QG. Elle a envie de croire à la victoire de «son» candidat, même si arithmétiquement les carottes semblent cuites, Roger Nordmann devant bénéficier d’un report de voix de la candidate de la gauche radicale. «Je suis à fond, je prie carrément», confesse-t-elle. Et d'ajouter:
Lesquelles? «On paie les impôts trop chers, la Municipalité de gauche défend des causes qui ne devraient pas être soutenues comme l’ouverture d’un deuxième local de shoot. Il y a trop de vols, trop de mendiants dans cette ville». Devant deux autres militantes, la conseillère communale lausannoise confie ne plus oser porter que «des petits bijoux à trois balles fabriqués en Chine» lorsqu’elle sort le soir en ville.
La star entre en scène
Mais fini de deviser, car «notre star est là! Le plus gentil!», s’exclame-t-elle. La star, c’est Jean-François Thuillard, accompagné de son épouse. En costard, le candidat souriant prend le temps de faire une photo avec chacun avant de plonger le nez dans son smartphone, guettant les premiers résultats. Malgré l’enjeu, «il a bien dormi». «La pression n’est pas sur mes épaules mais sur celles de mon adversaire», dit-il.
À mesure que les premiers résultats tombent, la salle se remplit et l’excitation gagne l’assistance. A près de 50% du dépouillement, Jean-François Thuillard est en tête, avec 53,6% des voix, contre 44,9% à son rival socialiste Roger Nordmann. «Je vais manger un bout de pain pour me calmer», tente de se rassurer l’agriculteur.
En bout de table, Cédric Weissert, député UDC au Grand Conseil vaudois, a envie de se réjouir, mais les villes vaudoises, traditionnellement des bastions de la gauche, n’ont pas encore rendu leur verdict. Comme pour anticiper une future déception, il fait le bilan de cette course au Conseil d’Etat: «Peu importe le résultat à l’issue de cette journée. Jean-François Thuillard a fait une excellente campagne, la collaboration avec nos collègues du Centre et du PLR a été excellente, il a fait tout ce qu’il fallait. C’est encourageant pour les élections générales de 2027».
Lausanne tranche
Dans un coin de la salle, Kevin Grangier est penché sur l’écran de son ordinateur, à l’affût des derniers résultats, qu’il commente commune après commune. Le stratège UDC, artisan de l’Alliance vaudoise qui avait permis à la centriste Valérie Dittli de faire son entrée au gouvernement en 2022, le sait:
À raison: lorsque les résultats de la capitale vaudoise tombent, l’ambiance au sein du QG UDC se rafraîchit. C’est la douche froide, Roger Nordmann compte 9 200 voix d’avance à Lausanne. Le siège laissé vacant par la ministre démissionnaire Rebecca Ruiz (PS) restera donc dans le giron socialiste. Roger Nordmann est élu au Conseil d’Etat vaudois avec 50,95% des suffrages.
Kevin Grangier se montre lucide, mais pas abattu: «Quand on s’engage, on s’engage pour gagner. Donc oui, il y a forcément une forme de déception. Mais si vous m’aviez dit, il y a quatre ou cinq mois, qu’on ferait un résultat comme celui-ci, j’aurais signé tout de suite! Sortir en tête au premier tour et être si proche au deuxième, c’est un résultat prometteur pour la suite.»
2027 dans le viseur
La suite, ce sont les élections générales de 2027, avec une Alliance vaudoise (PLR-UDC-Centre) requinquée malgré les affaires Dittli, celle du bouclier fiscal et les manifestations de la fonction publique qui ont secoué le canton. «On voit que l’Alliance est plus forte quand tous les partis sont engagés ensemble, et pas seulement en soutien. C’est un enseignement important pour la suite», assure-t-il tout en reconnaissant la force de frappe de la gauche, qui aura su mobiliser jusqu’au bout son électorat.
Pour le conseiller national Sylvain Freymond (UDC/VD) qui célébrait aussi son anniversaire, la défaite de Jean-François Thuillard ne va pas assombrir la fête.
Le perdant du jour, Jean-François Thuillard, garde le sourire malgré la déception. Jusqu’au bout, il aura fait trembler la gauche. «Ce résultat, je le prends de manière positive. J’avais imaginé tous les scénarios dans ma tête, mais évidemment, quand on échoue d’aussi peu, il y a un pincement au cœur. Mais c’est encourageant pour la suite. On va y arriver à obtenir ce siège», lance-t-il quelques minutes après l’issue du scrutin.
L'Alliance vaudoise y croit
L’UDC peut compter sur le soutien de plusieurs figures de l’exécutif cantonal. Les conseillères d’État Valérie Dittli (Le Centre), Isabelle Moret (PLR) et Christelle Luisier (PLR) ont fait le déplacement.
Devant les militants réunis, cette dernière prend la parole pour saluer son engagement et tenter de transformer la déception en élan collectif: «On a eu une chance incroyable de pouvoir faire cette campagne à tes côtés, et de vivre de très beaux moments. Il y a le résultat d’aujourd’hui, bien sûr, mais aussi tout ce qu’on a construit ensemble. Ce sont autant de forces pour la suite – pour la droite, pour l’Alliance vaudoise, et pour tous les partis du centre-droit. C’est de cette manière qu’on peut gagner.»
Elle insiste également sur ce qui, selon elle, fait la différence:
Roger Nordmann, son futur collègue, appréciera.
