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Vaud

Un Vaudois est accusé d'avoir torturé ses colocs

«Les adultes ne faisaient rien»: l’emprise du tortionnaire aurait réduit tout le monde au silence
Depuis son arrestation en août 2018, Norbert* est resté en détention dans l’attente de son procès pour des faits de violence et de torture particulièrement graves.Image: watson

Procès du tortionnaire: «les adultes ne faisaient rien»

Durant le premier jour d’un procès hors norme, les témoins ont raconté l’emprise et la terreur qui ont conduit au silence des victimes de Norbert*. Et l'apathie des adultes: psychiatre, famille, etc.
07.09.2026, 19:2929.09.2026, 09:14

Il entre dans la salle du tribunal vêtu d’une chemise blanche, le visage très pâle et le catogan bien peigné. Il regarde le public et les victimes, salue sa famille de manière appuyée. Ses chevilles resteront entravées durant toute la durée de cette première journée d’audience.

Depuis son arrestation en août 2018, Norbert* est resté en détention dans l’attente de son procès pour des faits de violence et de torture particulièrement graves sur quinze personnes.

Des menaces en fourgon pénitentiaire

A sa gauche, des co-accusés qui ne sont impliqués que dans l’un des nombreux épisodes de violence. A sa droite, cinq parties plaignantes : deux hommes et trois femmes. A peine la salle installée, l’un des plaignants raconte qu’il a été amené au tribunal dans le même fourgon pénitentiaire que Norbert et que ce dernier l’a menacé. Il s’avère que l’intérieur des fourgons est filmé. Interrogé par la procureure, Norbert ne se démonte pas.

Il parle avec aisance, il s’emporte et se fait reprendre par son avocat qui lui intime de se calmer. «Oui, on s’est engueulé, c’est normal après dix ans avec une affaire comme ça sur le feu», déclare-t-il. «L’être humain est comme ça, il s’insulte d’abord mais ensuite on s’est calmés et on a discuté.» Avocats et procureur rétorquent vivement: «Non, vous êtes comme ça!»

Hélène* était la meilleure amie de Norbert, celle qui vivait avec lui et voulait le sauver de lui-même. Entre les lignes, on comprend qu’ils étaient plusieurs à vivre dans l’appartement de Moudon sur fond de consommation de stupéfiants et de goût pour la musique hardcore. Hélène* parle tout doucement face au tribunal.

Elle raconte les violences, l’emprise psychologique immense qu’elle a subie et décrit pour la première fois des viols. Elle ne craque à aucun moment de son audition alors que Norbert* conteste une partie de ses déclarations, avançant qu’elle aimait le sexe sado-masochiste.

La psy qui conseille des vacances

«J’ai un blocage, je ne ressens plus mes émotions», explique-t-elle au tribunal. «Au moment où je suis partie, j’allais soit le tuer, soit me tuer, soit les deux. Il menaçait ma famille, me frappait et me terrifiait. Les adultes ne faisaient rien alors que plusieurs personnes savaient». Elle évoque la mère et la sœur de Norbert, mais aussi une assistante sociale et la psychiatre, puisqu’il était déjà suivi pendant toute la durée des sévices qu’il a infligé à ses «colocataires».

«Je ne voulais pas parler de ce que je vivais à l’extérieur de notre communauté parce que je voulais le protéger. Je pensais que je devais le sauver. Je me suis alors adressée à sa psychiatre qui m’a conseillé de partir quelques mois en voyage parce que cela avait fonctionné pour l’une de ses ex-copines.»
Hélène

La procureure lui lance: «Pensez-vous que la mère, la sœur et la psychiatre aient pu toutes trois êtres aussi sous l’emprise de Norbert?» Hélène* répond calmement. «Oui, sans doute». Son récit est interrompu par le malaise d’une victime qui doit sortir en urgence. «J’étais sous son emprise à ce moment-là , mais voir Lucie* encore mineure et innocente se faire fracasser devant moi m’a traumatisée».

La mère de Lucie*

Lucie est tout au bout de la salle, cachée derrière son avocat. Elle a été torturée par des flèches en métal, immobilisée dans une baignoire avec l’eau qui monte… C’est sa mère qui témoigne devant la cour ce lundi matin de la relation entre sa fille âgée de 16 ans et Norbert. «Je sentais bien que quelque chose n’allait pas, mais elle avait une grande demande d’autonomie. J’ai pensé qu’en l’autorisant à vivre là-bas la moitié de la semaine je parviendrai à garder le cap.»

L’adolescente montre des signes de mal-être, mais ne dit rien. «J’essayais de la faire parler quand j’étais seule avec elle dans la voiture, mais elle n’a jamais rien dit.» Quand Norbert* appelait au téléphone, il fallait la ramener toute de suite auprès de lui. «Elle a changé sa manière de s’habiller», note sa mère devant la cour.

«Elle portait des vêtements très larges et longs qui la dissimulaient entièrement. Elle avait des angoisses fortes qui l’empêchaient de prendre le bus»
Mère de Lucie*

Jusqu’au jour où Lucie appelle sa mère depuis l’appartement de Moudon et lui demande de venir la chercher immédiatement. La mère se dépêche de prendre la route. «Je l’ai immédiatement amenée à l’Hôpital d’Yverdon, puis ils l’ont transférée au CHUV». La jeune fille ne pèse plus que 36 kilos, elle a des problèmes rénaux et surtout une immense détresse psychologique.

La rupture est consommée entre le bourreau et sa victime, mais l’emprise ne cesse pas pour autant. Un jour, Norbert appelle pour régler une histoire d’argent.

«Lucie est restée prostrée et tremblante dans un lit pendant près d’une heure. J’essayais de la calmer. C’est là qu’elle m’a tout raconté pour la première fois»

Le père du tortionnaire

Au rang des adultes qui n’ont pas rempli leur mission, on trouve en premier lieu le père de Norbert. Lui aussi vêtu d’une chemise blanche, il entre dans la salle, donne une large accolade à son fils avant de s’asseoir à la barre des témoins. Chaque mois, pendant ces huit dernières années, il a visité son fils en prison. Il n’est pourtant pas au courant des faits qui lui sont reprochés.

«Il m’a dit qu’il y avait des filles contre lui. A mon époque, on prenait trois ans pour des choses comme ça. On se basait sur les faits et pas sur les déclarations des uns et des autres. Mon fils est resté huit ans en prison et pourtant, je ne crois pas qu’il y ait eu des viols ou des morts ou des crimes de sang», déclare-t-il devant la cour médusée.

Il raconte encore l’enfance fracassée de Norbert placé chez des membres de la famille et dans des foyers pendant que le père se shootait à l’héroïne et faisait des allers-retours en prison. «Il n’a pas eu de structure parentale, et c’est ce qui lui a manqué. On m’a retiré mes droits parentaux, et on l’a mis dans l’un de ces foyers qui fabrique des délinquants», affirme-t-il, tout en se disant prêt à héberger son fils s’il devait sortir de prison.

Norbert était donc suivi depuis tout petit. Par les services de protection de la jeunesse, des éducateurs, des services sociaux et des psys. Comment a-t-il pu faire autant de victimes pendant si longtemps, sans que personne n’intervienne? L’emprise et la terreur qu’il inspirait sont les réponses apportées par cette première journée d’audience d’un procès hors norme, qui devrait durer sept jours.

*Noms connus de la rédaction

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Video: watson
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