Suisse
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Une réunion antisémite ravive le malaise autour d’Oskar Freysinger

Durant la conférence de Résistance helvétique, samedi 11 juillet, dans le canton de Vaud.
Durant la conférence de Résistance helvétique, samedi 11 juillet, dans le canton de Vaud.image: capture

Une réunion antisémite ravive le malaise autour d’Oskar Freysinger

Résistance helvétique a reçu des antisémites français, samedi, dans le canton de Vaud. Oskar Freysinger, engagé dans la campagne pour la neutralité, a donné en 2024 une conférence devant ce groupuscule d'extrême droite. L'association Pro Suisse est gênée.
13.07.2026, 18:5915.07.2026, 07:08

Dans les milieux initiés, ils sont la «crème» de l’extrême droite antisémite, fasciste et négationniste. Ils ont pris la parole, samedi, dans le canton de Vaud, à l’invitation du groupuscule identitaire d’extrême droite Résistance helvétique, dans le cadre d'une conférence intitulée «Quel avenir pour l’Europe blanche?».

Devant se tenir à l’origine à la salle communale de La Chaux-sur-Cossonay, dans le canton de Vaud, la manifestation s’est repliée dans un refuge forestier, distant d’une trentaine de kilomètres. Dans l’intervalle, le syndic de la commune, Pascal Rossi, averti du pédigrée des invitées et de l’organisateur, qui avait réservé la salle sous le nom d’un particulier sans plus de précisions, avait annulé in extremis la réunion.

Joint ce lundi par watson, Pascal Rossi détaille le déroulé des événements le concernant:

«Samedi matin, le propriétaire d’un restaurant de La Chaux-sur-Cossonay m’a appelé pour me dire que quelque chose ne tournait pas rond. Il était harcelé de messages et de téléphones, à la suite d’une publication sur le site d’extrême gauche Renversé qui indiquait que la conférence aurait lieu dans son restaurant. Mais le site se trompait d’adresse. La conférence était prévue à la salle communale.»
Pascal Rossi, syndic de La Chaux-sur-Cossonay

Et alors?

«Quand nous nous en sommes aperçus, nous avons tout annulé. Les organisateurs, eux, avaient déjà commencé à préparer la salle pour le meeting qui devait commencer à 13h30»
Pascal Rossi, syndic de La Chaux-sur-Cossonay

Précision du syndic: «Le réservation a été faite au nom d’une personne de la région, c’est pour cela que nous n’avons pas cherché à connaître l’objet de la réunion. Nous aurions peut-être dû. Ce qui est certain, c’est que nous ne louons jamais la salle communale à des groupes extrémistes.»

Sur son compte Instagram, Résistance helvétique se félicite, photos à l’appui, de la tenue de sa «conférence», «dans la forêt», faute d’avoir pu l’organiser à l’endroit initialement prévu. Au moins trois visages non dissimulés se détachent sur les clichés parmi un auditoire d’environ 25 personnes, elles, floutées. On reconnaît Jérôme Bourbon, le directeur de l’hebdomadaire français d’extrême droite Rivarol. Les deux autres «stars» françaises ayant participé à la réunion sont Vincent Reynouard et Christophe Picard.

La conférence de Résistance helvétique, samedi 11 juillet, dans le canton de Vaud.
La conférence de Résistance helvétique, samedi 11 juillet, dans le canton de Vaud.image: capture

Pas la première fois

En les conviant à discourir sur l’«avenir de l’Europe blanche», les activistes de Résistance helvétique ne pouvaient ignorer à qui ils avaient affaire: des suprémacistes antisémites, racistes, et anti-immigration musulmane. Sollicités par watson via leur messagerie Instagram, ils n’ont pas donné suite.

Ce n’est pas la première fois que Résistance helvétique, apparu en 2014, accueille des antisémites notoires. En mars 2020, relevait alors la la Cicad, la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation, qui dénonce la présente tentative menée par Résistance helvétique, le groupuscule identitaire avait reçu à Aigle, dans le canton de Vaud, le Français Henry de Lesquen, qui avait déclaré à cette occasion:

«Il y a pire que le coronavirus: le judéovirus»
Henry de Lesquen

Henry de Lesquen, défendu à l'époque par l'UDC valaisan Jean-Luc Addor, avait été condamné pour ces propos par la justice vaudoise.

Observateur avisé des radicalités, le Français Jean-Yves Camus constate:

«Trois thèmes sont au cœur du discours de cette extrême droite: la négation de la Shoah, le martyr palestinien et le lobby juif international»
Jean-Yves Camus, spécialiste des radicalités

A la suite de la venue contrariée du trio Bourbon-Reynouard-Picard dans le canton de Vaud, Jean-Yves Camus met en garde:

«La Suisse ne doit pas être une zone de repli pour des extrémistes qui ne peuvent plus s’exprimer en France»
Jean-Yves Camus, spécialiste des radicalités

Notre interlocuteur fait notamment allusion à l’installation, en 2019, à Lausanne, du Franco-Suisse Alain Soral, fuyant alors la justice française – la justice vaudoise l’a depuis condamné, le poussant vers un nouvel exil, russe, cette fois.

Apologie de crime de guerre

Quant à Vincent Reynouard, l’un des invités de Résistance helvétique, «il avait annoncé sur ses réseaux sa participation à la conférence en Suisse sur l’Europe blanche», a constaté Jean-Yves Camus. «Il est sous contrôle judiciaire en France, mais il n’a pas interdiction de traverser la frontière.» Vincent Reynouard est connu pour avoir nié le massacre d'Oradour-sur-Glane qui a coûté la vie à 643 personnes, tuées le 10 juin 1944 par la division SS Das Reich. Son acolyte Christophe Picard, dit Henri de Fersan, qui se présente comme un «catholique traditionnaliste», a été condamné en 2008 en France pour apologie de crime de guerre en lien avec les «99 pendus» de Tulle par la même division Das Reich.

«Rapprochement de Némésis avec Junge Tat»

Dernièrement, le spécialiste des radicalité a noté «le rapprochement entre les féministes identitaires de Némésis, qui ne sont pas antisémites, et le groupuscule suisse Junge Tat, tous deux ligués contre l’islam».

Jean-Yves Camus n’a en revanche pas entendu parler de l’influenceur identitaire français résidant en Valais, Colin Walks, auquel watson a consacré une enquête pour ses liens troubles avec une partie de l’UDC.

Comme nous avons pu le constater, Colin Walks et son autre compte Instagram 10pourcent, le mouvement qu'il a créé et qui défend une «civilisation blanche et chrétienne», 10% étant censé désigner la proportion de Blancs actuellement dans le monde, ont liké le post de Résistance helvétique relatif à sa «conférence» de samedi dans le canton de Vaud sur «l’Europe blanche». Nous avons joint Colin Walks par sms pour lui demander les raisons de ce like et s’il connaît les positions idéologiques du trio français invité à s’exprimer à cette occasion. Il n'avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la parution du présent article.

«Assises contre l'islamisation de l'Europe»

A la suite de watson, Le Temps s’est penché sur les «liaisons dangereuses» de l’UDC avec des extrémistes identitaires et Colin Walks en particulier. Le parti populiste et ses variantes paraissent jouer avec les limites.

Fondateur de l’UDC Valais en 1999, l’ancien conseiller national et conseiller d’Etat Oskar Freysinger, vedette des «Assises contre l'islamisation de l'Europe» organisées en 2010 à Paris, a donné une conférence à Résistance helvétique en 2024. Joint par watson sur son lieu de vacances, l’ex-ministre cantonal dit «tout ignorer» des penchants antisémites du groupuscule suisse.

Oskar Freysinger: Cacophonie à Pro Suisse

L’UDC et son émanation Pro Suisse, l’association menant campagne pour l’initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse», soumise au peuple le 27 septembre prochain, semblent un peu gênés par le rappel de cette conférence de 2024, devant un groupuscule qui ne cache pas sa proximité avec ce qui se fait de plus extrême à droite.

Coordinateur de la campagne du «oui» à l’initiative portée par Pro Suisse, le Vaudois Kevin Grangier, qui passe pour l’idéologue de l’UDC en Suisse romande, tient à se distancer d’Oskar Freysinger, après que celui-ci s’est annoncé, début mai, dans Blick, «chef de campagne» de l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse».

Réaction de Kevin Grangier recueillie par watson:

«Non, il n’est pas chef de campagne, il est membre de Pro-Suisse, mais pas de son comité directeur. Il ne vient pas aux séances consacrées à la campagne»
Kevin Grangier, coordinateur de la campagne

Oskar Freysinger assure du contraire à watson:

«Oui, j’ai bien été nommé chef de campagne»
Oskar Freysinger

Qu’en dit le Bernois Werner Gartenmann, le directeur de Pro Suisse et UDC lui aussi?

«Oskar Freysinger est une vieille connaissance, il a fait beaucoup pour l’ASIN, l’Association pour une Suisse indépendante et neutre, devenue Pro Suisse. Nous lui avons effectivement demandé de contribuer par des interventions à la campagne en faveur de l’initiative sur la neutralité, mais il n’a pas été nommé chef de campagne. Il n’appartient pas à ce titre à son comité directeur.»
Werner Gartenmann, directeur de Pro Suisse

Ou comment, par ricochet, une conférence des plus sulfureuses, rappelle à l'UDC ses liaisons à risques.

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