Vevey: l'auteur d'un féminicide condamné à 20 ans de prison
Un homme de 46 ans, auteur d'un féminicide, a écopé mercredi de 20 ans de prison devant le Tribunal criminel d'arrondissement de l'Est vaudois à Vevey (VD). Les juges l'ont condamné pour avoir violemment assassiné sa compagne dans son appartement en mai 2023. Lors de la lecture du jugement, le président du tribunal Franz Moos a souligné «la gravité extrême de l'acte» et sa «violence inouïe», ainsi que la «culpabilité écrasante» de l'auteur, désormais condamné.
Ce dernier a fait preuve d'une «volonté totalement égoïste de maintenir son emprise sur la victime au prix de sa vie», élément «caractéristique de la plupart des féminicides», a-t-il poursuivi. Avec ce verdict, la Cour a suivi le réquisitoire du Ministère public (MP), qui avait demandé 20 ans de réclusion une semaine auparavant, lors des deux jours d'audience.
Une expertise psychiatrique ayant constaté un «trouble mental grave» chez le prévenu, une diminution «légère» de peine a été retenue - sans quoi le tribunal «n'aurait pas hésité à prononcer une peine privative à vie».
En complément des années de prison, les juges ont ordonné que l'assassin, un ressortissant kosovar domicilié en Allemagne, se soumette à un traitement institutionnel. Ils ont ainsi estimé que les conditions pour l'internement - demandé par le MP - n'étaient pas pleinement réalisées.Ils ont aussi prononcé l'expulsion du condamné du territoire suisse pour la durée maximale de 15 ans. Lors de la lecture du verdict, traduite en albanais, le condamné n'a pas réagi.
Dans la salle, des proches de victimes ont, eux, fait savoir leur désapprobation. A la sortie, plusieurs ont exprimé leur colère et montré leurs larmes, jugeant la peine insuffisante pour le crime commis.
Assassinat retenu
En retenant l'assassinat plutôt que le meurtre, la Cour a aussi reconnu la façon d'agir «particulièrement odieuse» de l'auteur décrite dans le Code pénal. S'il n'y a pas eu de «préméditation à proprement parler, au moins au bénéfice du doute», il est clair que l'assassinat est la «concrétisation de menaces et d'un projet d'homicide» que le prévenu - en «pleine conscience» - nourrissait depuis plusieurs jours.
Le tribunal a aussi attesté des «déclarations dépourvues de toute crédibilité du prévenu» qui souhaitait «échapper aux conséquences de ses actes.» Pendant l'audience, l'homme avait affirmé ne pas se souvenir des coups portés à la victime, expliquant avoir agi sans en avoir conscience et niant toute préméditation. Il avait fini par présenter des excuses.
Les faits pour lesquels il a été condamné remontent à mai 2023, dans le sillage d'une relation marquée par la jalousie et la possessivité du coupable, ainsi que des divergences de choix, notamment au sujet de convictions religieuses. L'homme, qui vivait une relation à distance depuis 2020 avec la victime - âgée alors de 37 ans -, était arrivé chez elle, à Vevey, deux jours plus tôt.
Après plusieurs disputes, il lui a asséné de multiples coups de couteau à l'aide d'un poing-américain combiné à une lame, détenu illégalement. Il ne lui a ensuite administré aucun soin ni alerté les secours. Il a quitté l'appartement après avoir verrouillé la porte d'entrée, le téléphone portable de sa compagne avec lui. Le prévenu s'est par la suite rendu à Thoune, où vit un de ses frères, avant de se rendre à la police.
Le décès de la femme, également ressortissante kosovare, a été consécutif aux lésions traumatiques constatées au niveau de son cou et du thorax, lesquelles ont occasionné une hémorragie interne et externe.
Mercredi, la Cour a aussi mis en avant «le grave traumatisme» que constitue le crime et les circonstances dans lesquelles pour l'entourage de la victime, constitué en partie plaignante. Les prétentions civiles se chiffrent entre 20 000 et 50 000 francs. (mbr/ats)
