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En Suisse, il n’y a pas de place pour tout le monde aux soins intensifs. (image symbolique)
En Suisse, il n’y a pas de place pour tout le monde aux soins intensifs. (image symbolique) image: shutterstock

Report des opérations: victime d'une crise cardiaque, il vit un enfer

En Suisse, de nombreuses opérations sont actuellement reportées afin de faire de la place dans les unités de soins intensifs. L'exemple de W.* montre le calvaire que vivent les patients concernés.
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23.12.2021, 17:1824.12.2021, 07:42
Corsin Manser
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Il y a une semaine, W.*, 82 ans, a ressenti des douleurs dans la poitrine. Avant, il n'avait presque jamais eu des problèmes de santé. Il va au fitness deux fois par semaine et s'est fait vacciner trois fois contre le Covid. «Il était en parfaite santé, pleinement engagé dans la vie», raconte Jacqueline A.*, la fille de la compagne de W.

Il a été transporté d'urgence à la clinique St. Anna à Lucerne. Le diagnostic: infarctus du myocarde. Pendant 24 heures, W. a dû patienter aux urgences. «Le médecin a dit qu'il devait se battre pour trouver un lit», raconte Jacqueline A.

Les hôpitaux de Suisse centrale sont à la limite de leurs capacités depuis des semaines. «L'évolution actuelle de la pandémie de Covid-19 fait que de nombreux hôpitaux atteignent leur limite de charge maximale. Un triage est déjà nécessaire à certains endroits», avertissent les directeurs de la santé de Suisse centrale. «Les personnes victimes d'un accident, d'un infarctus, ou autres doivent désormais s'attendre à ce que les soins optimaux ne puissent plus leur être garantis.»

Transfert à Zurich

«Après plusieurs examens, il était clair qu'une opération cardiaque était nécessaire» raconte Jacqueline A. «Le jeudi 16 décembre, l'hôpital a dit que W. ne pourrait pas être opéré à Lucerne car les unités de soins intensifs étaient pleines.»

Le samedi 18 décembre, W. a donc été transféré à la clinique Hirslanden de Zurich. «Les médecins lui ont expliqué qu'il allait subir un pontage. L'opération était prévue pour lundi» explique Jacqueline A. Après l’intervention, W. devait rester deux à trois jours aux soins intensifs.

Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Les unités de soins intensifs sont également pleines dans le canton de Zurich. Actuellement, 52 lits sont occupés par des patients Covid. Environ 85% des patients Covid ne sont pas vaccinés.

Une charge énorme pour la famille

«Lundi matin, le personnel soignant m'a dit qu'il y avait un retard dans le planning des opérations. L'après-midi, on nous a dit que l'opération devait être reportée au mardi», raconte Jacqueline A. Mais le lendemain, il n’y a pas eu d’opération.

Pour W., le stress est «immense», dit Jacqueline A. Il ne peut pas rentrer à la maison. «Les médecins doivent le garder à l'hôpital et le surveiller. Il doit "juste" attendre là-bas». Cela fait plus d'une semaine qu'il est à l'hôpital et il ne se passe rien. «C’est très difficile à chaque fois que les médecins lui annoncent qu'il ne sera pas opéré».

La situation est aussi éprouvante pour les proches de W. Dimanche, c'est d'abord l'angoisse de l'opération qui a prédominé, raconte Jacqueline A. «C’était très dur, aussi pour ma mère. Elle ne pouvait pas dormir». Le jour J, la compagne de W. s’est rendue tôt le matin à Zurich pour soutenir son compagnon avant l’opération. Mais après avoir attendu cinq heures, on lui a annoncé que l’opération n’aurait finalement pas lieu.

La clinique Hirslanden à Zurich ne peut pas prendre position sur le cas W. car les données des patients sont confidentielles. «Mais il est vrai que plusieurs opérations sont actuellement reportées», explique le porte-parole d’Hirslanden, Patric Bürge, à watson.

Cela va dans le sens du Conseil fédéral. Vendredi dernier encore, le Conseiller fédéral Alain Berset a demandé avec insistance aux cantons de reporter les opérations non urgentes dans les hôpitaux.

Certes, le site internet de la Confédération indique toujours que 20% des lits sont encore libres dans les soins intensifs en Suisse. Mais le problème ne vient pas des lits, mais du manque de personnel.

Pas de date d'opération en vue

Même lorsque nous avons interviewé Jacqueline A. mercredi matin, aucune opération n'était prévue pour le moment. «Cela pourrait encore durer des jours ou des semaines avant qu'il n'obtienne une place en soins intensifs», dit-elle. «Son cœur a besoin d’être opéré en urgence et pourtant, tous les patients Covid reçoivent la priorité.»

Jacqueline A. critique les directives de triage actuelles. Elle aimerait que les personnes non vaccinées n'obtiennent une place en soins intensifs uniquement s’il y a de la place pour tous les types de patients.

«Si le comportement des personnes non vaccinées conduit à ce que les personnes vaccinées ne se voient plus garantir leur droit aux soins médicaux, c'est que quelque chose ne va pas.»

Désespérée, elle espère que W. obtiendra bientôt une date d'opération. Elle ajoute: «Tout cela ne devrait pas être nécessaire. Pourquoi ne pas vous faire vacciner? Si vous êtres si sûrs de vous, renoncez à votre place aux soins intensifs».

*Les noms sont connus de la rédaction. Mais au vu de la situation actuelle, la famille préfère rester anonyme.

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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