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Le blockbuster le plus fou de l'année vient de Corée du Sud

Sung-ae (à droite, Hoyeon) et Bum-seok (à gauche, Hwang Jung-min) tentent de sauver leur petite ville.
Sung-ae (à droite, Hoyeon) et Bum-seok (à gauche, Hwang Jung-min) tentent de sauver leur petite ville.Filmcoopi Zürich

Le blockbuster le plus fou de l'année vient de Corée du Sud

De la comédie absurde à l'horreur sanglante, le réalisateur sud-coréen Na Hong-jin transforme avec Hope une traque de monstre en un chaos totalement démesuré. Un film jubilatoire qui bouscule les codes du blockbuster traditionnel.
11.10.2026, 16:0411.10.2026, 16:04
Jonas Rippstein / ch media

Une vache morte gît dans un pré. Couverte de sang, elle apparaît atrocement mutilée. Un groupe d'hommes l'entoure. Parmi eux, Bum-seok (Hwang Jung-min), un policier municipal, tente de comprendre ce qui s'est passé: un ours? Un tigre? Hope démarre dans le calme, avec le sentiment diffus que quelque chose ne tourne pas rond.

Hope Harbor, une localité côtière fictive et isolée de Corée du Sud, proche de la zone démilitarisée, semble déserte.

Puis les hommes découvrent une ferme dévastée, une voiture renversée et un bras humain suspendu à un arbre. C'est là que le réalisateur transforme la chasse au monstre en une surenchère de démesure. La menace se rapproche peu à peu. La caméra reste au plus près des personnages, suit leurs regards et leurs mouvements, mais perd régulièrement toute vue d'ensemble.

Plus qu'une scène d'horreur savamment imaginée, cette séquence pose d'emblée le principe du film: plus les personnages examinent les indices, moins ils comprennent ce qui se passe. Leur enquête prend ainsi des allures d'expédition fébrile.

Quand le comique rencontre l'apocalypse

Soudain, une fusillade éclate dans la petite ville, projetant une voiture sur plusieurs mètres. On ne voit pas immédiatement la créature responsable de ce chaos. Sur une affiche, un message en coréen: «Protégez la nation contre les infiltrations». Cette mise en garde officielle contre l'«intrusion» d'un ennemi extérieur prend une tournure grotesque. Car quelque chose s'est bel et bien introduit dans la localité, mais ne ressemble en rien à l'ennemi désigné par l'affiche.

L'agent de police compte sur son arme pour éliminer le danger.
L'agent de police compte sur son arme pour éliminer le danger.Filmcoopi Zürich

La situation devient encore plus déroutante lorsque Bum-seok se faufile, fusil à pompe en main, dans les rues désertes. Il manque de tirer sur un vieil homme caché sous un pont, qui l'insulte bruyamment. C'est de lui qu'il obtient la première véritable description du monstre: gigantesque, il ressemblerait à «une bouillie de petits pois et de haricots» avec de longs bras.

Comme à la maison

On n'en saura guère davantage. Dans une boucherie, Bum-seok et le vieil homme prennent un boucher pour le monstre et lui tirent dessus. Lorsqu'ils réalisent leur erreur, ils tentent de le sauver et envisagent même, comble de l'absurde, de prévenir la police. Pendant que le véritable monstre continue de rôder dehors, cette méprise nous fait franchir un stade supplémentaire de surréalisme. Hope sait parfaitement saisir l'instant où la peur bascule dans le non-sens le plus total. Plus la menace grandit, plus ceux qui doivent l'affronter semblent maladroits.

Un groupe de citoyens s'aventure dans la forêt à la recherche de la menace.
Un groupe de citoyens s'aventure dans la forêt à la recherche de la menace.filmcoopi zurich

C'est sans doute aussi pour cette raison que Na Hong-jin laisse sa créature mystérieuse si longtemps hors champ. Après presque trois quarts d'heure, le spectateur la connaît surtout à travers les ravages qu'elle provoque: maisons détruites, animaux morts, membres arrachés.

Il faut attendre que le policier aperçoive une main énorme dans un magasin pour que la menace prenne enfin corps. On découvre alors un monstre vert, aux longs cheveux noirs et évoquant davantage un humain mutant qu'un extraterrestre. C'est précisément ce qui le rend terrifiant: cet être étranger paraît à la fois bizarre et familier.

Cette bonne vieille paranoïa

Ce qui avait commencé comme un film d'action se transforme en un récit sur la paranoïa. Personne ne comprend ce qui se passe. Même face à la créature, l'incertitude demeure.

Dans cette région frontalière de Corée du Nord, cette peur n'a rien d'abstrait.

Le réalisateur pousse l'escalade à son paroxysme: les fusillades et les courses-poursuites se multiplient, les extraterrestres aussi et la traque prend des allures d'invasion. Le tout entrecoupé de burlesque et de science-fiction. Grâce à des changements d'échelle constants, le film parvient à rendre imprévisible jusqu'à sa scène la plus spectaculaire. Tout ne fonctionne pas, mais Na Hong-jin refuse de se fixer des limites.

La sélection de Hope pour la Palme d'or à Cannes n'a rien d'étonnant. Na Hong-jin fait de la démesure sa marque de fabrique. Toutes ses idées ne font pas mouche et certaines scènes tirent en longueur. Mais derrière cette mégalomanie se cache un réalisateur qui sait parfaitement ce qu'il fait de son cinéma. Son long métrage possède ce qui manque à tant de blockbusters hollywoodiens: l'audace de se surprendre lui-même. De quoi nous rappeler à quel point le cinéma peut être exaltant quand il perd la raison.

Hope, au cinéma dès le 8 octobre

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

Hope (2026) - Trailer

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