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«Le Garçon et le Héron», le nouveau Miyazaki: notre critique

«Le Garçon et le Héron»: Ce 12e film d'Hayao Miyazaki est un véritable condensé de tout ce qui compose ses œuvres.
Ce 12e film d'Hayao Miyazaki est un véritable condensé de tout ce qui compose ses œuvres.Image: Studio Ghibli

Le roi de l'animation japonaise revient avec un chef-d'oeuvre

Après dix ans d’absence, Hayao Miyazaki revient avec un film fascinant sur le deuil et la fin de l'enfance, teintée d'un mysticisme nippon dont lui seul a le secret.
01.11.2023, 17:0402.11.2023, 16:03
Sainath Bovay
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Voilà une décennie que sortait Le Vent se lève, celui qui devait être le dernier film, le point d'orgue d'un génie du cinéma d'animation, Hayao Miyazaki, 85 ans, qui ne semble pas être disposé à prendre sa retraite. Celui qui, avec trois autres animateurs, fonda le studio Ghibli en 1985 est devenu, au fil du temps, un maître qui touche presque au divin au Japon tant il est respecté. Quelque part entre le merveilleux de Walt Disney et l'exigence de Stanley Kubrick, les œuvres de Miyazaki ont toujours brillé, au point que Le Garçon et le Héron a rempli les salles au Japon lors de sa sortie en juillet dernier, sans aucune promo, si ce n'est une énigmatique affiche.

Le film est inspiré d'un classique de la littérature japonaise sorti en1937: Et vous, comment vivrez-vous ? de l’écrivain japonais Genzaburō Yoshino. Le scénario, écrit par le cinéaste lui-même, nous ramène aux années 1930, tout comme Le Vent se Lève, son précédent métrage sorti en 2013. Mais si celui-ci se présentait comme un film historique, Le Garçon et le héron prend le chemin du fantastique, marchant sur les pas du Voyage de Chihiro, sorti en 2001.

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L'histoire prend place durant la Seconde Guerre mondiale et suit Mahito, un garçon de 11 ans dont l'enfance sera marquée par la perte de sa mère, décédée dans un incendie à Tokyo après un bombardement. Suite à ce tragique accident, il se retrouve avec son père à la campagne, là où sa mère avait grandi. Son père étant désormais remarié, Mahito tente de s'acclimater à sa nouvelle vie avec sa belle-mère et ses six servantes d'un certain âge.

Au milieu de ce vaste domaine champêtre, Mahito va croiser un étrange héron cendré qui le harcèle jusque dans sa chambre. A son contact, l’enfant va découvrir l'étrange monde qui l’entoure et bien au-delà, puisqu'à la manière d'Alice aux Pays des Merveilles, un éblouissant voyage l'attend. Un voyage qui débute lorsque sa belle-mère disparait dans les profondeurs de la forêt où se trouve un étrange manoir et que Mahito, bien décidé à la sauver, y pénètre.

Le roi et l'oiseau

Votre thérapeute vous le dira, l'enfance ne nous quitte jamais, même à 82 ans. Ainsi Hayao Mizaki nous invite à nouveau à l'intérieur de son cerveau mirobolant, où les souvenirs se mêlent au folklore.

Le garçon et le héron, littéralement.
Le garçon et le héron, littéralement.Image: Studio Ghibli

Chaque plan est exposé tels des tableaux faisant référence aux trop nombreuses choses qui fascinent son auteur et dans lequel chaque élément s'anime avec une vitalité éclatante. Les mondes issus de l'esprit de Miyasaki sont faits d’esprits, de métamorphoses, d'animaux anthropomorphes et de petites créatures aussi bizarres qu'attachantes. L’innocence de l’enfance, la fascination pour ce qui vole, la culture européenne, l'horreur de la guerre ou encore le lien maternel sont des thématiques qui hantent littéralement l’œuvre du réalisateur japonais. Le Garçon et le Héron est un condensé flamboyant et tendre de son travail.

Si les films de Mayazaki peuvent être d'une remarquable simplicité enfantine, comme Mon voisin Totoro (1988), Kiki la Petite Sorcière (1988) ou Ponyo sur la falaise (2008), le réalisateur s'est également aventuré à faire des œuvres bien plus matures, à la portée philosophique, comme Princesse Mononoke (1997) ou Nausicaä de la Vallée du Vent (1984). Malgré ses airs enfantins qui vont évidemment plaire aux plus jeunes, Le Garçon et Le Héron est une œuvre bien plus complexe qu'elle n'y parait.

Dans ce conte initiatique et philosophique, ce 12e long métrage de Miyazaki nous plonge dans une nature invitant le spectateur à voyager au-delà de sa perception. Le film est porté par une pensée animiste qui s'exprime par la figure de l'oiseau, présente tout au long du film et se manifeste surtout par la présence de ce héron cendré dont la grâce fait place au grotesque lorsqu'il prend forme humaine.

Le deuil et l'enfance

Comme de coutume chez Miyazaki, le patrimoine culturel japonais est entremêlé de références occidentales. De cette campagne japonaise, qui pourrait être la nôtre tant elle est absente de toute référence taoïste, le récit va perdre toute cohérence lorsque son héros va quitter le monde qu'il connait pour celui qui est au-delà.

Espiègles, bienveillantes ou courageuses, les femmes sont au centre du récit.
Espiègles, bienveillantes ou courageuses, les femmes sont au centre du récit.Image: Studio Ghibli

À la manière d'Alice qui suit le lapin blanc pour le Pays des Merveilles, Mahito va découvrir un monde, celui des morts, des esprits, ou son monde intérieur, le film ne l'exprimera jamais explicitement, sans doute pour laisser au spectateur le soin de l'interprétation. Comme durant cette réappropriation du tableau L'Île des Morts (1888) du peintre suisse Arnold Böcklin lors d'une scène, le film est bordé de références cryptiques, faites d'une superposition de couches réelles et imaginaires invitant à lâcher prise et à se laisser porter, nous donnant l'impression d'être le spectateur d'un rêve.

En partant de la perte de sa mère, Hayao Miyazaki dessine la métaphore d’un passage de l’enfance à la maturité, emmenant son jeune héros vers la résilience. Comme tout bon conte initiatique, l'aventure de Mahito est jalonnée d'épreuves, d'acte de bravoure et de rencontres.

Le cœur du film s’articule autour de la figure maternelle qui apparaitra comme bienveillante et courageuse, occupée à tenir le monde. Les figures masculines sont majoritairement des oiseaux apparaissant comme grotesques et espiègles comme le héron, où sous forme de perruches anthropomorphes agissant sans réfléchir sous les ordres d'un roi vaniteux et de pélicans devenus dégénérés suite à l'épuisement de leurs ressources.

Une merveille visuelle

Pour ce qui est de sa direction artistique, le Garçon et le Héron demeure fidèle au style du maître et se veut le garant d'une forme de cinéma artisanal malheureusement en déclin. Une animation dessinée à la main, qui a nécessité plusieurs années de travail pour le Studio Ghibli. Celui-ci a fait recours à un grand nombre d’animateurs, dont d’anciens fidèles, soit les meilleurs dans le domaine.

Le film vous réserve son lot de créatures mignonnes.
Le film vous réserve son lot de créatures mignonnes.Image: Studio Ghibli

Le résultat s’avère époustouflant, avec un dessin d’une précision horlogère, une animation dynamique et somptueuse dans les moindres détails, comme ses hautes herbes en mouvement sous le vent, dont chaque brindille semble avoir été animée indépendamment. Le tout est évidemment sublimé par la partition de Joe Hisaishi, son compositeur fétiche qui répond présent à chaque fois.

Parmi ce festival de péripéties qui donne parfois le tournis, le lâcher-prise demandé au spectateur implique également un détachement des émotions. Malgré son invitation à accepter la mort et le changement, Le garçon et le Héron n'a pas la force émotionnelle du Voyage de Chihiro ou un puissant message à passer comme la parabole écologique de Princesse Mononoke. Il n'en reste pas moins un fabuleux voyage qui ne demande qu'à être revu pour en comprendre toutes les subtilités.

Le réalisateur, malgré son grand âge, prouve avec ce nouveau film totalement maitrisé à quel point il demeure créatif et contemporain. À l'instar de Martin Scorsese, 85 ans, avec Killers of The Flower Moon en salle actuellement, Hayao Miyazaki est la preuve qu'il n'y a pas d'âge pour avoir avoir l'étoffe d'un «héron». Vivement son prochain film.

«Le Garçon et le Héron» de Hayao Miyazaki, au cinéma le 1er novembre 2023. D'une durée 2h04, il est accessible dès 8 ans.

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