Les riches Américaines ont honte de leur Birkin
Il aura fallu un Birkin gris posé sous une machine de Pilates pour que Tanya perde ses nerfs. Cette Américaine de 35 ans, propriétaire de pas moins de quatre Birkin et de 25 sacs Hermès au total, témoigne auprès du magazine The Cut avoir été prise d’une soudaine envie de renverser son jus au curcuma sur le précieux sac d’une jeune femme en tenue de sport rose.
Le drame a été évité. Mais derrière l’anecdote volontairement excessive se cache une petite guerre qui agite depuis quelques mois certains cercles très fortunés des Etats-Unis: le Birkin serait devenu… ringard.
Et les coupables auraient un nom: les influenceuses.
Le Birkin reste pourtant l’un des sacs les plus chers et les plus difficiles à obtenir au monde. Selon le modèle, l’année ou la matière, son prix peut aller d’environ 10 000 dollars à plusieurs centaines de milliers.
Il est partout
Mais sa présence sur les réseaux sociaux a explosé. L’influenceuse américaine Alix Earle promène par exemple son imposant Birkin HAC 45 associé à des leggings Alo.
Danielle Pheloung, ancienne employée de Goldman Sachs reconvertie en créatrice de contenu, filme ses rendez-vous chez Hermès sur TikTok. D’autres influenceuses détaillent leurs achats de Birkin au Japon ou montrent des collections comptant une dizaine de sacs.
Aux yeux de certaines collectionneuses interrogées par The Cut, cette surexposition a fait disparaître une partie du mystère. «Les influenceuses ont fait au Birkin ce qu’elles ont fait à l’avocado toast», ironise Tanya.
Cette démocratisation reste évidemment toute relative: le Birkin demeure inaccessible à l'écrasante majorité de la population. Mais il est désormais beaucoup plus facile d’en afficher un sans passer par le parcours traditionnel imposé par Hermès.
Aux Etats-Unis, en effet, le service de location Vivrelle a notamment lancé une formule permettant à certains membres d’emprunter un Birkin pour 800 dollars par mois. La start-up Phia, cofondée par Phoebe Gates, la fille de Bill Gates, a même organisé un concours permettant de gagner un sac acheté sur le marché de seconde main.
A cela s’ajoute l’avalanche de copies. La chaîne de supermarchés Walmart a fait parler d'elle avec le «Wirkin», une imitation vendue autour de 80 dollars. D’autres versions en PVC ont également connu leur heure de gloire sur Amazon. Sur Reddit, des communautés entières échangent leurs conseils pour dénicher les contrefaçons les plus crédibles. Autant de phénomènes qui brouillent encore davantage les frontières entre objet rarissime et produit culturel omniprésent.
Mais pour les critiques les plus sévères, le problème ne tient pas uniquement au nombre de sacs en circulation. C’est leur utilisation qui aurait changé. «Avant, on voyait un Birkin porté par une femme fabuleuse à un déjeuner ou descendant d’un taxi», raconte Emily, historienne de la joaillerie âgée de 29 ans. à The Cut.
Aujourd’hui, poursuit-elle, il est davantage perçu comme une preuve de richesse destinée aux réseaux sociaux.
Ironie suprême: le Birkin était précisément conçu comme un grand fourre-tout pratique, suffisamment robuste pour accompagner le quotidien. La femme à qui il doit son origine, Jane Birkin elle-même, maltraitait joyeusement son célèbre sac, le remplissant de livres, de bouteilles ou d’affaires personnelles. Les jumelles Olsen ont elles aussi longtemps porté des modèles usés jusqu’à la corde.
Le Birkin vraiment mort?
L’idée d’une mort du Birkin reste néanmoins très relative. En dehors des bulles de la mode new-yorkaise et des forums spécialisés, le sac continue d’incarner un sommet du luxe. Sur Reddit, une propriétaire interrogée par The Cut résume d’ailleurs son rapport à son mini-Birkin de manière beaucoup moins dramatique: elle l’aime tout simplement parce qu’il lui donne «l’impression d’être chic» lorsqu’elle boit un cocktail le week-end.
Autrement dit, le Birkin n’est peut-être pas mort. Il souffre surtout du même phénomène que beaucoup d’objets devenus viraux: à force d’être photographié, déballé, collectionné et commenté, il a perdu une partie de son aura d’inaccessibilité.
Et comme le suggère The Cut, il existe peut-être une solution plus simple que de ranger ses sacs Hermès au placard: quitter TikTok de temps en temps.
