Bernard Arnault se confie comme jamais: «Trump était très relax»
«Je préfère rester discret», lâchera d'un ton un poil bougon Bernard Arnault, 77 ans, au micro du vidéaste et animateur Guillaume Pley, au fil d'un entretien de près de deux heures accordé au média «Legend». Un joli coup, en effet, pour le podcast qui se targue d'être le plus écouté de France et compte déjà parmi ses invités d'anciens présidents français, stars de cinéma et personnalités emblématiques.
Car les interviews accordées par l'homme le plus riche de France ces dernières années se comptent sur les doigts d'une seule main et se sont généralement cantonnées à sa vision du luxe, sa philosophie de management ou son sens inné des affaires. Il fallait donc déployer des trésors de diplomatie pour pousser le milliardaire français, dont on ne sait finalement pas grand-chose, à accepter de revenir sur son parcours et lâcher quelques infimes détails sur sa vie privée.
Et si l'interview, relativement complaisante, ne met pas en difficulté le patron du groupe LVMH et peine à lever le voile sur l'humain derrière l'homme d'affaires, elle sera au moins l'occasion de quelques histoires divertissantes.
Lady Diana, le Lady Dior et Jacques Chirac
A commencer par la venue à Paris de la princesse de Galles, Lady Diana, invitée à inaugurer l'exposition Cézanne au Grand-Palais, en 1995. «Madame Chirac m'appelle en me disant: 'Est-ce que vous auriez une idée de cadeau pour Lady Diana, qu'on va recevoir et qui va venir prendre le thé avec vous à l'Elysée?.' C'était deux ou trois jours avant», raconte le patron de LVMH, déjà aux manettes à l'époque.
Bingo. Non seulement Dior se trouve une ambassadrice de renom, mais le résultat final est devenu une icône de la maison, connue de chacun aujourd'hui: le Lady Dior.
Au sujet du moment partagé avec le couple présidentiel et Diana, Bernard Arnault ajoute: «L'exposition était magnifique, mais j'ai bien vu que ce qui intéressait le plus Jacques Chirac, c'était la beauté de Diana. Il avait presque d'yeux pour elle que pour les tableaux de Cézanne.»
«Trump est très intelligent»
Plus tard dans l'entretien, Bernard Arnault évoque sa relation avec Donald Trump, qu'il connait de longue date et va jusqu'à qualifier d'«ami». Il revient notamment sur un dîner organisé dans la résidence du président en Floride, alors qu'il était encore candidat à la Maison-Blanche. C'était le soir de sa seconde tentative d'assassinat, le 15 septembre 2024.
Alors qu'il est déjà en route vers Mar-a-Lago en compagnie de son fils, Alexandre Arnault, il raconte: «J'entends à la radio qu'il a encore été menacé, parce qu'il jouait au golf. Le Secret Service avait trouvé quelqu'un dans un buisson... (...) Je dis à Alexandre: 'C'est foutu, le dîner ne va pas avoir lieu'.»
Mais lorsqu'ils se garent devant sa «magnifique» maison, ils sont surpris: «Et, non non, le dîner est toujours prévu! On le voit, chaleureux comme d'habitude, on s'assoit avec lui, on lui dit: 'C'est terrible ce qui est arrivé cet après-midi'. Il nous répond: '2 à 0!'".»
du soir»
Au-delà de cette anecdote, Bernard Arnault évoque aussi ses liens d'affaires avec l'ancien promoteur immobilier. «Je discute, je n'obtiens pas toujours ce que je demande», reconnait-il avec un rire, au sujet des droits de douane. «Pendant son premier mandat, j'avais obtenu pour les vins et spiritueux français qu'on soit exemptés.»
Lorsque Guillaume Pley lui demande s'il est possible de faire changer d'avis à Donald Trump, Bernard Arnault répond avec assurance: «Oui, oui, oui.»
«Quand on commence à dire le contraire, la discussion part mal. Et s'il sait que des personnes qui le voient ont dit ça à son sujet... C'est normal. C'est comme moi: si on dit des choses désagréables à mon sujet, je n'ai pas trop envie d'être sympa avec eux. C'est aussi simple que ça.»
Quant au reste de sa politique, Bernard Arnault se ne se prononce pas. «Il ne m'appartient pas de juger ce que fait le président des Etats-Unis.»
Son jet privé et le TGV
Justement, en parlant de politique: il semblerait que le milliardaire n'ait aucune envie de suivre les traces de Donald Trump. «Je n’aurais pas les qualités suffisantes et nécessaires pour le faire parce que cela nécessite beaucoup d’abnégation et une vocation que je n’ai pas», écarte-t-il. «Je n’aurais pas la patience probablement. Et même si j’ai des idées sur ce qui pourrait être fait dans l’économie, je ne souhaite pas m’en mêler de manière officielle et je préfère beaucoup ce que je fais, qui est très amusant.»
L'homme d'affaires ne manque pas non plus d'aborder les polémiques et les casseroles qui l'ont visé ces dernières années... En particulier celle de l'utilisation du jet privé.
Ce qui n'empêche pas le milliardaire d'avoir recours à ce moyen de transport: «Quand on fait le tour du monde, qu'on va dans trois ou quatre villes de Chine, qu'ensuite on va à Macao, à Séoul, au Japon, parfois à Los Angeles... On fait ça en une semaine, impossible à faire en avion de ligne», justifie-t-il. Alors, désormais, lorsque c'est nécessaire, il opte pour une autre solution: «Maintenant, quand ça m'arrive de faire ça, je loue un avion.»
Ceci dit, vous apprendrez qu'il arrive aussi à Bernard Arnault de prendre le train. Y compris une fois, en seconde classe, dans un TGV à destination de Bruxelles. Enfin, à, l'époque, il n'avait pas vraiment eu le choix: «Il n'y avait plus de place, mais ça ne me dérange pas. J'étais avec un de mes fils, je ne sais plus lequel.»
Cocasse, mais une autre personnalité se trouvait dans le même train: «J'étais à l'enterrement d'un ami à Bruxelles et mon fils m'a dit: 'Est-ce que tu as vu? Dans le train, il y a le dirigeant de Mediapart. Je vais lui signaler que tu es dans le train, parce qu'il n'arrête pas de faire des articles épouvantables sur toi parce que tu prends le jet pour aller de Paris à Bruxelles.' Bon... il n'y a pas eu d'article.»
De toute manière, il y a peu de chance que Bernard Arnault l'ait lu. Comme il l'affirme à «Legend», il ne lit jamais les articles à son sujet et les critiques ne le touchent pas. «Ça me laisse complètement froid. Et dans la plupart des cas, je ne regarde même pas. En France, quand on réussit un peu, immédiatement, on est critiqué par des gens qui ne comprennent pas ce qu'on fait. Pas la peine de se polluer l'esprit avec ça.»
Voilà qui est dit.
