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«Oppenheimer»: notre critique de ce film grandiose mais froid

Cillian Murphy joue le célèbre physicien et livre une prestation réussie du personnage complexe et torturé que fût «le père de la bombe atomique».
Cillian Murphy livre une prestation impeccable du personnage complexe et torturé que fut «le père de la bombe atomique».Image: Universal

«Oppenheimer» est grandiose, mais Christopher Nolan a toujours le même défaut

Avec Oppenheimer, Christopher Nolan réalise un biopic qui détone sur le père de la bombe atomique. Notre avis sur le film de l'été qui s'oppose à Barbie.
19.07.2023, 13:4322.07.2023, 09:33
Sainath Bovay
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Si vous demandez à n'importe quel amateur de cinéma (puisque les vrais cinéphiles n'aiment rien) le nom de son réalisateur préféré, il y a de fortes chances que la réponse soit «Christopher Nolan» comme pour un fan de foot qui vous répondrait «Messi» ou «Ronaldo». Le réalisateur britannique est capable de faire de grands films qui sont à la fois populaires et exigeants, l'intronisant dans le cercle des rares cinéastes qui peuvent faire ce qu'ils veulent, du moment qu'ils enchaînent des succès critiques et commerciaux.

Trois ans après Tenet , qui fut le premier gros film post-pandémie, Nolan revient avec un nouveau gros morceau, Oppenheimer, l'un des films les plus attendus de l'année qui à la particularité de sortir en même temps qu'un autre film très convoité: Barbie.

Cette sortie commune, que tout oppose, a provoqué une perte de raison massive sur l'internet mondial, formant ainsi le Barbenheimer: un mouvement cinéphile à base de mèmes qui invite les spectateurs à voir les deux films le même jour. Aux Etats-Unis, plus de 40 000 Américains ont acheté un double ticket de cinéma pour Oppenheimer et Barbie. Un engouement plutôt rigolo et plus que bienvenu en ces temps où les salles sont de plus en plus désertées.

(On vous conseille néanmoins de voir Oppenheimer avant Barbie, le rôti passant toujours mieux avant le dessert.)

Mais avant de parler du film, il est important de revenir sur son réalisateur tant son cinéma est singulier malgré une forme de classicisme hollywoodien. Popularisé par les blockbusters The Dark Knight et Inception qui lui ont valu son statut de réalisateur star, Christopher Nolan a su, durant la douzaine d'œuvres qui composent sa filmographie, explorer des thématiques lui donnant son statut d'auteur. Dans la plupart de ses films, on retrouve une fascination pour le temps, ainsi que l'exploration de la psyché humaine au travers de ses personnages dans des scripts souvent riches, où la narration est non linéaire.

En cassant ces fils temporels, Nolan crée des films à tiroirs, des labyrinthes scénaristiques capables de happer l'attention du spectateur en l'empêchant d'anticiper le déroulement de l'intrigue et ce jusqu'au dénouement final. Comme dans son film Le Prestige, Christopher Nolan a cette faculté de raconter des histoires en hypnotisant son audience, et de la surprendre, en bon illusionniste qu'il est.

Le destructeur des mondes

S'étant déjà attaqué au film historique avec Dunkerque en 2017, Nolan s'intéresse à un nouveau pan de la Seconde Guerre mondiale avec un biopic sur Robert Oppenheimer. D'une durée de trois heures, le film retrace les différentes étapes de la carrière du scientifique à la tête du fameux Projet Manhattan, qui fit de lui « le père de la bombe atomique».

Avec ce film, le cinéaste voulait «plonger le spectateur dans l’esprit et la vie d’un être qui s’est retrouvé à l’épicentre des plus grandes mutations de l’histoire».

«Qu’on le veuille ou non, J. Robert Oppenheimer est la personne la plus importante qui ait jamais vécu. Il a façonné le monde dans lequel nous vivons, pour le meilleur et pour le pire. Et il faut se plonger dans son parcours pour y croire»
Christopher Nolan

Pour ce faire, le réalisateur s'est entouré d'une brochette de stars et s'est offert des moyens de tournage prestigieux. Le réalisateur ne jure plus que par le format IMAX (une pellicule de 70mm, soit deux fois plus grande que le 35mm habituel), soit «le meilleur format jamais créé» selon ses dires, qui offre effectivement des images impressionnantes. Dommage que le nombre de salles proposant ce format soit malheureusement si réduit pour vraiment en profiter.

La bande-annonce explosive:

Vidéo: youtube

Le mythe de Prométhée

Dans la mythologie grec, Prométhée fut celui qui déroba le feu à Zeus pour le bien des hommes et qui, en conséquence, subit un terrible châtiment. Force est de constater que la vie de Robert Oppenheimer fait étonnamment écho à ce mythe fondateur. Le film est d'ailleurs une adaptation du roman American Prometheus de Kai Bird et Martin J. Sherwin, une biographie du physicien qui l'évoque dans son titre comme un Prométhée moderne ayant gravit l'Olympe pour offrir aux hommes des foudres capables d'annihiler des millions de vies en quelques secondes.

Non, Albert Einstein (Tom Conti) n'est pas joué par Christian Clavier.
Non, Albert Einstein (Tom Conti) n'est pas joué par Christian Clavier.
Image: Universal

Oppenheimer entremêle deux fils narratifs: celui du biopic, retraçant les différentes étapes de la carrière du scientifique à la tête du fameux Projet Manhattan et celui du film-cerveau, branché sur la psyché fragile de ce physicien surdoué atteint du syndrome d'Asperger, assailli d’images mentales figurant à la fois sa perception du monde quantique et sa culpabilité née des horreurs d’Hiroshima et de Nagasaki. Des éléments qui s'expriment par des effets visuels et auditifs intenses et vibratoires, mis en scène de manière fascinante, car évoquant sans cesse le feu et l'atome tout en étant au plus proche de ce que peuvent ressentir les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA).

Ainsi, on suit ce brillant physicien aux idéaux révolutionnaires qui fût recruté par l'armée américaine afin de concurrencer l'Allemagne nazie dans le développement d'une bombe d'un nouveau genre. Durant ses deux premières heures, le film s'attarde sur le développement de cette arme qui défiera la science jusqu'en juillet 1945 où sur le Site Trinity, à Los Alamos, dans le désert de l’Ouest américain, le physicien J. Robert Oppenheimer, entendra dans son bunker le compte à rebours qui mène au déclenchement de la première bombe atomique.

N'allez pas voir Oppenheimer en espérant y voir des explosions, vous seriez déçu.
N'allez pas voir Oppenheimer en espérant y voir des explosions, vous seriez déçu.Image: Universal

Si la séquence de l'explosion a été fortement teasée, elle n'a absolument rien de grandiloquent. Elle reste néanmoins une séquence mémorable qui joue habilement avec le son et l'image d'un feu divin qui va réveiller en son créateur de nombreux dilemmes moraux. Le film joue constamment avec le paradoxe déchirant d’un homme qui doit risquer la destruction du monde en étant persuadé de pouvoir le sauver.

«Dans les semaines qui ont précédé l’essai Trinity, Oppenheimer et son équipe étaient conscients qu’en appuyant sur le bouton et en déclenchant cette première bombe, il subsistait l’infime possibilité qu’elle embrase l’atmosphère et anéantisse toute la planète. Il n’existait aucun principe mathématique ou théorique sur lequel ils pouvaient s’appuyer pour exclure totalement cette possibilité, aussi infime soit-elle. Et pourtant, ils ont appuyé sur le bouton.»
Christopher Nolan

Le film se déroule également sur deux lignes temporelles, chronologiquement en couleurs durant sa partie biographique qui dresse à la fois un portrait intime tout en étant un grand récit de guerre. Le film se voit ponctué de séquences en noir et blanc se passant après la Seconde Guerre mondiale, lors d'une commission d'enquête. En effet, opposé au développement d'armes thermonucléaires, Robert Oppenheimer est discrédité par le gouvernement américain dans les années 1950 à l'époque du maccarthysme où tout le monde est soupçonné d'être communiste. Le film prend alors une tournure judiciaire sur fond d'espionnage.

C'est bon, mais c'est froid

Oppenheimer est un film ambitieux et prestigieux. Par sa réalisation, son casting, son sujet, il est donc fort probable qu'on le voit nominé aux Oscars dans la plupart des catégories tant il excelle sur de nombreux points. Techniquement impeccable, la photographie atmosphérique de Hoyte Van Hoytema qui œuvrait déjà sur Dunkerque et Interstellar est d'une grande beauté. Quant à la musique de Ludwig Göransson (Tenet), elle apporte une densité et une émotion bienvenues au récit.

Si les deux premières heures qui suivent cette poignée de scientifiques brillants aux prises avec la création de l'arme ultime se révèlent passionnantes, le film s'essouffle dans un dernier acte juridique et bavard. Comme souvent dans le cinéma de Nolan, l'ensemble souffre également d'un manque d'émotions flagrant. Malgré des personnages pourtant aux prises avec des dilemmes moraux, l'empathie n'est jamais réellement présente, sauf durant les dernières images du film qui agissent véritablement comme une épiphanie pour le spectateur face à la mesure de l'horreur du feu nucléaire.

Robert Downey. Jr tient là son meilleur rôle depuis Zodiac (2007)
Robert Downey. Jr tient là son meilleur rôle depuis Zodiac (2007)Image: Universal

Si Oppenheimer manque d'âme, il est néanmoins porté par un casting stellaire. Matt Damon, Florence Pugh, Emily Blunt et Casey Affleck sont toujours un gage de qualité, mais c'est surtout Cillian Murphy qui tire son épingle du jeu en faisant preuve d'une impressionnante intensité. Incarnant un personnage pourtant introverti, il est capable d'exprimer pléthore d'émotions au travers de son regard magnétique. Autre surprise, Robert Downey Jr. qui, après 15 ans à tapiner dans des films Marvel, nous avait fait oublier qu'il était capable du meilleur.

Pour les fans du réalisateur et les amateurs d'histoires, Oppenheimer est véritablement du caviar. Mais comme tout plat qui se mange froid, le film pourra laisser certains spectateurs de marbre durant ces trois heures ne suscitant aucune émotion. Heureusement, en face, il y a toujours Barbie qui se déguste comme un gros bonbon qui colle aux dents. Dans les deux cas, vous verrez un film qui partage une thématique commune: comment les hommes sont inévitablement la cause de la fin du monde.

…sinon le vrai Barbenheimer, c'est lui:

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