Ce vieux tube de Stromae fait un carton, mais il y a un problème
C’est le casse du siècle musical, et il ne vient pas d’un studio d’enregistrement classique. Depuis fin décembre, une version inédite du fameux titre de Stromae intitulé Papaoutai, sorti officiellement le 13 mai 2013, s'est hissée dans le top 100 mondial de Spotify. Le problème? Ce n'est pas Stromae qui chante. Ce n'est même personne.
Le titre est une création pure de l'intelligence artificielle, relayée par un label suédois opportuniste nommé Unjaps.
La version Afro Soul de «Papaoutai» par l'IA 👇
Un succès colossal qui trompe les foules
Le morceau, attribué à un certain «Chill77», cumule déjà plus de 14 millions de streams sur Spotify et des millions de vues sur YouTube, relaie L'Avenir. Sur YouTube, c'est un carton plein avec plus de 2,5 millions de vues en cinq jours.
Avec une ambiance rappelant Le Roi Lion et une esthétique de savane, cette version «Afro Soul» a piégé des milliers d'internautes. Certains croient dur comme fer à une véritable reprise humaine.
La confusion est encore montée d'un cran lorsqu'un artiste congolais, Arsène Mukendi, s'est filmé en studio sur ce son pour «donner un visage» à la chanson. Plus d'un internaute est devenu fou: est-ce de l'IA, ou est-ce cet artiste qui a fait une reprise? Ou encore: est-ce que cet artiste est une IA?
Le vide juridique: qui encaisse l'argent?
C’est ici que la polémique éclate. Le label Unjaps n’en est pas à son coup d’essai: il a déjà «produit» des versions IA de Rihanna, Daft Punk ou Indila, explique notamment le média 7sur7. Cette pratique soulève des enjeux majeurs:
Pour commencer, la monétisation. Avec des dizaines de millions d'écoutes, les revenus générés pourraient être conséquents. Or, le cadre légal sur les droits d'auteur liés à l'IA reste une zone grise.
Ensuite, la morale. Papaoutai est une œuvre extrêmement personnelle où Stromae évoque l'absence de son père, victime du génocide au Rwanda. Voir ce texte intime réutilisé par un algorithme suédois pose potentiellement un problème d'éthique.
Ces deux enjeux ouvrent des questionnements cruciaux:
Pour l'instant, Stromae n'a pas réagi officiellement. Mais cette affaire pourrait marquer un tournant dans la lutte pour le droit des artistes. Si une IA peut reprendre l'essence d'un tube planétaire, le transformer et potentiellement le monétiser sans l'accord du créateur original, c'est tout l'écosystème de la propriété intellectuelle qui vacille.
Au fait, voici l'original 👇
(jod)
