On pleure la Mick Jagger française
Dans mon souvenir très peu encyclopédique, on ne parlait pas encore de la French Touch. Entre musette et rock alternatif (pardon si ce n’est pas du tout ça), les Rita Mitsouko eurent l’effet d’un nectar venu d’une planète inconnue. Dans les années 80, les codes explosent. Le couple Catherine Ringer-Fred Chichin – elle, toujours nommée en premier – crève l’écran de la télé alors toute puissante avec Marcia Baïla, hommage espagnolisant à Marcia Moretto, une danseuse argentine morte d’un cancer du sein à 36 ans, qui les avait accompagnés sur scène.
Un couple très complémentaire
A vrai dire, peu savent ou comprennent, pour le drame derrière la chanson. Tous retiennent le tube total. Et le look du duo. De Brest en Bretagne, à Moudon dans la Broye vaudoise, on n’a jamais vu ça. Elle est complètement déjantée en buste Jean Paul Gaultier et chignon japonisant, il est zen de chez zen en costume Willy DeWille, l’un des fameux interprètes de Hey Joe.
Les Rita Mitsouko, c’est une histoire de tubes à répétition, sans une goutte de gras et sans une miette de complexe. Elle envoie, il amortit. S’il fallait comparer, elle est la Mick Jagger de la scène française, il est son Keith Richard. A la mode Almodóvar, tant tout pétarade façon movida.
Ils ont eu les plus grands
A la réalisation de leurs clips – aux années 80 ce que l’iPhone est aux années 2000 – on trouve les plus grands de l’époque: Jean Paul Gaultier déjà nommé et le génial Jean-Baptiste Mondino, qui révolutionne la pub au même moment.
On attendait moins les albums que les tubes promis à leur livraison. Marcia Baïla, donc, qui ouvre le bal. Suivent, dans l'ordre, C’est comme ça, Andy, Les Histoires d’A., Le Petit Train. L’éblouissement, à chaque fois. L’invention, toujours renouvelée. Et, le plus important, le plus difficile: des mélodies retenues à la première écoute.
Le rendez-vous manqué de Montreux
Notre collègue multitalentueux Fred Valet, qui jouait dans un groupe et qui, en 2007, devait se produire en première partie des Rita Mitsouko au Miles Davis Hall du Montreux Jazz, s'était retrouvé seul avec ses potes sur la scène, le duo français ayant annulé sa venue. Toutes les places avaient été remboursées aux fans des «Rita», dont le nom avait follement rimé avec celui de Riviera 20 ans plus tôt.
Fred Chichin, malade, mourait quatre mois plus tard. C’est un peu comme si Edith Piaf – encore une comparaison – perdait son Marcel (Marcel Cerdan, le boxeur chéri des Français de l'après-guerre, mort dans un accident d’avion en 1949).
Nous, on a perdu un peu le fil depuis la période infernale des années 80. C'est dire si on a raté la suite, notamment la période tango argentin de la grande Catherine, veuve courage. Ces dernières années, elle s’était assagie – pas vraiment. Elle portait des robes rétro mais colorées de chanteuse des rues, ses cheveux longs et devenus gris coiffés en natte. Elle avait rembarré Emmanuel Macron qu’elle trouvait trop tactile, mais ce n’est pas ce geste d’humeur qu’on retiendra d’elle. Aujourd'hui, on la pleure et on la regrette.
