Jennifer Lopez nous offre le navet de l'année
Si vous adorez les comédies romantiques et que vous considérez que vos week-ends ne sont pas très précieux, alors la nouvelle oeuvre dans laquelle s'illustre Jennifer Lopez, sortie ce 5 juin sur Netflix, est pour vous.
En effet, il faut une sacrée patience pour pouvoir s'enfiler jusqu'à fond de gosier ce qui semble être le navet de l'année. Pas qu'il m'ait manqué de courage pour appuyer sur «Play»: j'ai entamé cette affaire ce samedi vers 18 heures et été contrainte de saucissonner mon visionnage en six parties, à grand renfort de soupirs exaspérés.
Une histoire de relation interdite au boulot
Il se trouve que cette comédie romantique, qui se voulait osée au point d'être classée «R-rated» aux Etats-Unis, est finalement aussi excitante qu'un batifolage en corset dans Bridgerton. Jennifer Lopez y incarne Jackie Cruz, une pilote d'avion chevronnée devenue la PDG perfectionniste d'une compagnie aérienne prospère baptisée Air Cruz.
L'intrigue démarre lorsque l'entreprise fait face à un procès intenté par une compagnie rivale. Pour préparer son audition, Jackie doit travailler en étroite collaboration avec le nouvel avocat de la boîte, le sémillant Britannique Daniel Blanchflower (joué par Brett Goldstein).
Le problème? L'entreprise applique une politique ultra stricte qui interdit formellement les relations amoureuses entre collègues. Lors d'un voyage d'affaires en République dominicaine, Jackie et Daniel finissent pourtant par craquer et se jeter l'un sur l'autre. A leur retour, les voilà obligés de slalomer entre les regards suspicieux de leurs collègues, pour cacher leur liaison «passionnée».
Notez les guillemets. Dès la note finale du générique, je me suis fait une liste mentale de tout ce que j'aurais pu faire de plus utile que de regarder cette pépite des fonds de tiroir, qui s'est tout de même hissée (un grand mystère) à la première place des visionnages sur la plateforme dans 65 pays dès sa sortie.
Ce que j'aurais mieux fait de faire:
- Du Paddle sans Paddle
- Trier mes chaussettes par ordre décroissant
- Ranger mes câbles emmêlés par ordre alphabétique
- Compter mes points Trophée pour le lot de trois boîtes de conservation carrées
- Rattraper les derniers épisodes de EXcape Island sur TFX et me mettre à jour sur la 500ème rupture d'Emine et Maïssane
Pas que Jennifer Lopez soit désagréable à contempler, bien au contraire: on se réjouissait de son retour à l'écran depuis Kiss of the Spider Woman, sorti au cinéma en octobre 2025. Ensuite, il faut admettre que la chanteuse a de la bouteille et du charisme, à défaut d'un talent certain pour l'acting. Cerise sur le septième art, on notera que sa forme physique parfaite est filmée sous tous les angles, ce qui risque de plaire à ses fans de la première heure.
Un scénario paresseux
Ce qui coince dans Office Romance, ce sont avant tout les indigences du scénario. On passe du coq à l'âne, d'une première conversation maladroite à une passion débridée soudaine, et d'un procès à des conversations sous la ceinture. Tout ça sans la moindre transition. On parie qu'à Los Angeles, l'équipe s'est dit que convoquer une superstar planétaire de la trempe de JLo l'exempterait de réfléchir à toute trame narrative, et lui accorderait de renoncer à donner la moindre épaisseur aux personnages. C'est presque un comble quand on sait que l'acteur principal, Brett, a coécrit le script.
L'intrigue donne la douce impression d'avoir été gribouillée sur un coin de table par un enfant de six ans en pleine crise de privation Switch. J'aurais bien accusé une intelligence artificielle d'avoir commis ce forfait, mais l'honnêteté m'oblige à reconnaître que mon cher Gemini fait preuve d'une subtilité infiniment supérieure à cette romance de supermarché – laquelle réussit l'exploit de faire passer l'intégralité de l'œuvre de Barbara Cartland pour un prix Pulitzer des temps modernes.
Ce qui fait le sel d'une oeuvre, figurez-vous, c'est la cohérence. Dans Office Romance, les glitch dans la matrice narrative sont légion. Or, un scénar' sans fil rouge, c'est comme monter un meuble Ikea sans notice: on peut le faire, mais il ne faut pas s'étonner si ça se casse la gueule.
Notre liste ultime
Puisqu'il recommence à faire chaud et que vous n'avez pas envie de lire des tartines, voici une petite liste non exhaustive des points faibles du film, ainsi que quelques atouts, car nous sommes magnanimes (et qu'on ne veut pas être blacklistés par Netflix):
Les -
- Le personnage de JLo, Jackie Cruz, nous est vendu comme une Miranda Priestly de l'aviation: ultra-rigide, sans pitié, workaholic (droguée du travail). A tel point que ses collègues conseillent à Daniel Blanchflower, dès son arrivée, de respirer de côté, pour ne pas l'exaspérer avec des bruits de bouche. Autant dire que la mission n'est pas réussie: JLo nous est au contraire présentée comme un personnage maladroit et peu sûr de lui dès le début. Elle enchaîne les moments cringe et gênants dès les premières secondes.
- Daniel nous est présenté comme un British coincé de la cravate, aussi raide qu'un garde royal. Résultat: ce qu'on nous sert, c'est plutôt le gars qui met les pieds dans le plat dès que le menu se présente. Au moment de rencontrer sa nouvelle boss à la réputation de psychorigide, il lâche un gros «nom de Dieu», avant de lui avouer qu'il la trouve très séduisante. Super corporate, Monsieur l'avocat. On a connu des plaidoiries plus convaincantes.
- Jackie et Daniel ne prennent pas trois secondes avant de tomber raides l'un de l'autre. Alors certes, on ne s'attendait pas à un développement sentimental de 10 000 épisodes à la Crash Landing on You. Mais mettre un peu de sel dans cette soupe populaire, ce serait quand même plus digeste.
- Les gags sont lourds, mais font parfois mouche. C'est le cas de cette collègue qui accouche en plein bureau grâce aux bons soins du couple interdit, le tout sur fond de quiproquos graveleux. Les réparties semblent ainsi empruntées à Friends, avant d'être trempées dans Un prince pour Noël et saupoudrées de touches d'un American Pie de seconde zone.
- La DA fashion: les looks de JLo se réclament d'un défilé digne des chaînes YouTube pour une esthétique de «Office Siren», mais ça tire plutôt sur une ambiance du clip Love Don't Cost a Thing. Une époque qui nous manque, d'ailleurs, ce qui en fait peut-être le seul vrai win du film.
Les +
- On aime bien les histoires d'avion. Et les femmes pilotes.
- La relation entre Jackie et son père, qui a fondé l'entreprise Air Cruz, est assez touchante. Edward James Olmos est tout à fait convaincant dans le rôle du légendaire pilote Captain Jack Cruz. Bourru, il n'arrive jamais vraiment à lâcher les rênes de ses bébés (Air Cruz et sa fille). Résultat: la crédibilité de Jackie est constamment remise en question par le conseil d'administration.
- Office Romance serait une métanarration, et une façon pour JLo de parler de sa propre vie sentimentale. A saluer.
- Voilà voilà.
En conclusion, vous êtes prévenus. Cela dit, ne soyons pas trop négatifs; entre ce film et les versions de Love is Blind déclinées dans toutes les langues sur Netflix, le dernier JLo est peut-être votre bouée de sauvetage du mercredi après-midi, devant une bonne séance de repassage.
