Que vaut la série d’Alexandre Kominek sur Netflix?
Un bail qu’on attendait ça. Depuis ses premiers émois sur scène, Alexandre Kominek a toujours été un peu à l’étroit dans le seul rôle de pourvoyeur de blagues. Le corps au moins aussi expressif que la langue, une saine folie qui pète les coutures du stand-up, un besoin de ressentir, de provoquer, d’extérioriser, d’incarner plus grand que lui.
Un comédien déguisé en bombe à retardement, comme une bonne bouteille qui fignole sa robe tout en lenteur. Depuis quelques mois, le millésime genevois, 36 ans d’âge, explose.
Une détonation ressentie de l’Arena de Genève à l’Olympia de Paris. Son spectacle Bâtard Sensible va atterrir sur Canal+ en mai prochain, les grands médias se l’arrachent et Netflix lui déroule le tapis rouge pour son premier rôle principal, dans une série comico-socio-romantico-policière 800% française.
Dans Recalé, de François Uzan, Kominek incarne un voyou qui n’a d’autres choix que de se transformer en prof de maths dans un lycée s’il ne veut pas moisir sept ans en taule. C’est l’inspectrice Lucie Laumier (Laurence Arné), prête à tout pour coincer un dangereux criminel, qui lui imposera cette infiltration de l’éducation nationale. Mission? Repérer le gosse du méchant Sagirov avant les épreuves du bac.
La bande-annonce:
Retourner à l’école? Un cauchemar pire que la prison pour Edouard «Eddie» Martin. Il faut dire que la petite frappe indomptable garde un souvenir plus que mitigé des années de brimades qu’il a subies à l’adolescence. Son talent inné pour les chiffres et une ancienne amoureuse vont malgré tout l’aider à s’intégrer dans son nouveau quotidien.
Sans doute pour mettre rapidement au jus le public mondial de Netflix, Recalé aligne tous les clichés hexagonaux dans le premier épisode. La série nous présente un système scolaire épuisé, des inégalités tapageuses, des abréviations à rallonge et une collection de profs et d’employés qui remplissent toutes les cases: la facho, le woke, la complotiste, le syndicaliste, le burnouté et la nettoyeuse racisée déploient toute l’étendue de leur caricature en moins de dix minutes.
Heureusement, dès le deuxième épisode, les dialogues s’assouplissent, les situations rocambolesques prennent le relais et une profondeur originale permet à la série de prendre son envol sans tanguer.
Dans le troisième, en course d’école forcée en Normandie, Eddie a 24 heures pour choper l’ADN de cinq élèves pour que la police puisse le comparer à celui de Sagirov. Problème: dans le lot, il y a (forcément) le gamin de la proviseure (Leslie Medina) qui n’est autre que son amour de jeunesse.
Par une écriture et une mise en scène originales, François Uzan parvient à rendre l’infiltration policière absurde et la vie au lycée impressionnant de réalisme. L’œil naïf et taquin d’un voyou permet de révéler les failles béantes de l’éducation nationale. Peu à peu, Eddie va se heurter à un milieu qui brille par ses ratés, ses injustices, ses absurdités. Jusqu’à comprendre qu’un prof l’est moins par son savoir que par sa capacité à naviguer dans l’esprit des gamins.
Notre Suisse, qui n’a pas connu l’école française, se montre très crédible en petite crapule découvrant d’un jour à l’autre un nouveau monde. Logiquement très à l’aise lorsqu’il évolue dans son registre du Bâtard sensible et du séducteur, le comédien genevois a aussi (et enfin!) l’occasion de dévoiler de nouvelles facettes de son talent, avec une justesse plutôt touchante.
Mention spéciale: son duo avec la flic Laurence Arné fonctionne à merveille.
Bienvenu sur Netflix, Alexandre Kominek.
