Des plumes, des fesses et un peu trop de plaisir: on a maté Victoria’s Secret
C’est un peu comme Miss France. En moins OK, mais vachement mieux organisé. Une affaire de sourires, de boucles qui rebondissent gaiement, de sourires Colgate et de femmes qui avancent avec une assurance que nous n’avons personnellement jamais eue, même pas en baskets.
Avant même de sortir les ailes, le show annuel de Victoria’s Secret avait déjà eu son lot de gros titres. Romee Strijd, 31 ans, figure du défilé de 2014 à 2018, a révélé ne pas avoir été retenue. Le refus, elle a peut-être pu l’encaisser. Les semaines passées à attendre une réponse tout en continuant à s’entraîner, sans doute un peu moins. La marque assure de son côté avoir prévenu son agence dès le 6 septembre.
Faut croire que quelqu’un, quelque part, a oublié de transmettre le message céleste. Ambiance au paradis.
Heureusement, on nous annonce que d’autres, tout juste sorties de grossesse, vont compenser. Les voies du Seigneur sont impénétrables (celles du retour en lingerie nettement moins).
Sept minutes de retard, un énième compte à rebours, quelques blablas d’une présentatrice qui doit peser grosso merdo 36 kilos, une interview de Katseye et de Tate McRae qui officieront durant le show, quelques mots de la CEO et une présentation express du directeur créatif plus tard: nous y voilà. Nous avons vu quelques créations en avant-première. Nous sommes surtout très prêtes à les voir dans le bon ordre, sur des humaines qui marchent.
Le rendez-vous était fixé à 16h30 en Californie, 17h30 au fin fond du Wyoming, d’où l’auteure de ces lignes vous écrit, cocktail en main, et 1h30 du matin en Suisse. Une pensée pour nos compatriotes qui ont sacrifié leur sommeil pour l’industrie du soutien-gorge.
A l’écran, des abdos profonds, très profonds. Ceux de Gisele, évidemment. On rajoute un compte à rebours.
Et c’est parti. Le paradis des gays et des connasses - je n’ai pas dit que c’était pareil, j’appartiens seulement à la seconde catégorie -, le «Super Bowl for girlies», comme l’a déclaré Gigi Hadid, peut commencer.
Les anciennes connaissent le chemin
Bella Hadid ouvre le bal, évidemment, dans un décor de roses et de pédoncules (serait-ce des pivoines? On n'a pas fait botanique). Adriana Lima prend la suite. Elle n’a pas pris une ride depuis quinze ans, c’est dingue! Puis vient Candice Swanepoel, autre figure historique. On change les fleurs, on garde les valeurs sûres. Rassurez-vous! La maigreur n’est plus (trop) en vigueur: ils ont des mannequins grande taille en 2026.
Enfin, à ce qu’on dit. Chez Victoria's Secret, le passage suivant permet de nuancer immédiatement le précédent.
Wow. Et manifestement, des filles de tout âge. Victoria’s Secret veut réunir tout le monde. (Du moins, tout le monde sauf Romee.)
Il faut aussi de la musique pour accompagner tout ce petit monde. Star de la country, Megan Moroney ouvre la partie musicale. Ça tombe bien, parce qu'on a très, très, très envie de fuir du côté du Tennessee, du Montana ou tout autre Etat de cow-boys avec des vaches, des montagnes et beaucoup de néant.
Barbara Palvin en profite pour retrouver le podium après son accouchement, manifestement en grande forme. Nous, nous avons seulement soulevé notre cocktail - mais évitons les comparaisons.
Tate McRae poursuit le bal, entourée d’une poignée de danseuses pas-mannequins-mais-tout-aussi-bien-foutues, avec une choré dont ferait bien de s’inspirer Miss France si elle envisage d’augmenter encore son audience. Le défilé a trouvé son rythme. Notre mauvaise foi aussi.
Bon. Sans mauvaise foi, justement, la réalisation est dingo, les chorégraphies parfaites et «VS» essaie quand même d’insuffler un poil d’empowerment féminin à tout ce bordel. Entre deux paires de fesses, on sent bien qu’il faudrait aussi célébrer quelque chose.
Katseye poursuit l’affaire et achève de rendre le machin plutôt excitant. A ce stade, le compteur du live YouTube avoisine le million de spectateurs. La synchronisation est digne d’un groupe de K-pop. Pas sûr que tout soit chanté en direct, mais ça danse très bien. Nous voilà obligés de reconnaître qu’on passe plutôt un bon moment.
On en devient même tellement exigeants que, lorsqu’un jean passe sur le catwalk, on se demande ce qu’il se passe.
Mais c'est l’occasion de présenter les Anges de demain. De nouveaux visages qui, depuis notre canapé, donnent vaguement l’impression d’avoir 13 ou 14 ans. L'occasion de prendre soudain très personnellement le concept de renouvellement des générations.
Heureusement, on nous remet une dose de stars et d’ailes impressionnantes. Lesquelles sont «bien plus légères cette année», nous assure Alex Consani. On n'arrête pas le progrès, chez Victoria's Secret.
Megan Thee Stallion arrive enfin pour conclure la soirée de l’enfer. Alors oui, clairement, ça roule comme du papier à musique. C’est méga bien orchestré et plutôt agréable à regarder. De là à dire que c’est moderne… nous allons y réfléchir.
On a d’ailleurs amplement le temps. Rolalala, mais que c’est long. On parle du show, même si cette définition pourrait s’appliquer aux gambettes, aux cheveux et au catwalk et à la possibilité de se briser une cheville en direct.
A ce stade, la hauteur de notre cocktail a baissé, celle des talons nettement moins. On était venu regarder des soutiens-gorges et des culottes à froufrous. On a surtout eu le temps de réfléchir à nos propres abdos, posture et au traitement des candidatures dans les ressources humaines du paradis. Il y a encore du job.
Le plus vexant, finalement, c’est peut-être d’avoir trouvé ça plutôt agréable.
