Pourquoi ces parodies de téléréalité font polémique
En scrollant sur TikTok et Instagram depuis quelques semaines, vous êtes peut-être tombés sur des vidéos de fruits et légumes sans âme et anthropomorphes, pur produit de l'intelligence artificielle générative.
Ces saynètes aux allures de téléréalité se déclinent en mini-séries addictives et captent l’attention de millions d’utilisateurs, souvent les plus jeunes. Sous ces airs de divertissement innocent, ces micro-séries cachent une réalité bien plus toxique. Elles véhiculent fréquemment des messages sexistes et masculinistes, tout en glissant des références à la pornographie.
Apparue dans les feeds anglo-saxons, la tendance s'est également francisée, comme en témoigne L’île de la skibidi tentafruit, plagiat français de Fruit Love Island, dont le premier épisode, publié le 18 mars, compte déjà 10,2 millions de vues et reprend les codes de l'émission L’île de la tentation, dans laquelle des couples sont soumis à l'adultère.
Cette parodie sans deuxième degré met donc en scène des personnages tels que Banano ou Fraisita, reprenant les mêmes stéréotypes que dans l'émission originale, soit des bellâtres obsédés et des femmes sexualisées qui s'embrouillent, le tout résumé par une femme-poire qui fait office de présentatrice, comme le souligne le média l'ADN.
Interrogés par Libération, les créateurs de L’île de la skibidi tentafruit, âgés d'une vingtaine d'années, se défendent de tout discours misogyne et de stéréotypes dans leurs vidéos, avec lesquelles ils génèrent des bénéfices grâce à des collaborations commerciales, notamment avec les jus de fruits Oasis.
Pourtant, c'est bien sur des stéréotypes clivants que les créateurs de cette «purée numérique» surfent, en parodiant par exemple des hommes noirs souvent hypersexualisés et infidèles.
Selon le New York Mag, ces contenus animés, dont l’esthétique rappelle fortement celle des productions Pixar, reposent sur un procédé de création standardisé.
Les personnages prennent vie grâce à «Object Talk», une fonction de ChatGPT qui dicte les instructions visuelles. Ces dernières sont ensuite traitées par OpenArt pour l’animation et ElevenLabs pour la synthèse vocale, avant l’assemblage final.
Ces quelques efforts suffisent à produire des soap-operas sexistes dont l’unique but est de générer des vues, fédérer une communauté et, évidemment, monétiser le tout. Bienvenue dans l’ère de l’intelligence artificielle, où tous les coups sont permis.
