Pourquoi tout le monde ressort ses photos de 2016?
Il y a quelque chose de l’ordre de la tendresse à revoir ses vieilles photos. Un filtre Snapchat tête de chien, un groupe d’amis qui ont peut-être pris des chemins différents, des looks vestimentaires à base de slims et de chemises à carreaux qu’on s’attachait autour de la taille «parce que c’est stylé»…
Mais pourquoi, soudainement, en 2026, cette envie collective de fouiller dans nos archives de 2016?
Sur TikTok, Instagram et même X, le hashtag #2016 explose. Les recherches liées à cette année-là (si vous avez du Claude François qui a démarré dans votre tête en lisant cette phrase, vous étiez peut-être déjà vieux en 2016) ont grimpé de façon spectaculaire. Selon le magazine Cosmopolitan, on parle d’une progression de plus de 450% sur certaines plateformes, tandis que des dizaines de millions de vidéos incorporent des filtres vintage ou des clips de l’époque.
Il se passait quoi en 2016?
Pour comprendre ce retour en force, il faut remonter dans le temps. L'année 2016 est sans doute l’une des plus iconiques de l'ère 2010: c’est l’année où a débarqué le jeu Pokémon GO (et avant que ça ne devienne atrocement cringe, c’était super de courir dans la rue pour choper un Salamèche). C’est aussi à cette époque que les filtres «chien» de Snapchat étaient considérés comme cool, voire pire: sexy.
C’était également les glorieux débuts de Musical.ly, l’ancêtre de TikTok, les défis viraux comme le Mannequin Challenge ou le bottle flip. Musicalement, cette année a pondu des tubes comme Can't Stop the Feeling! de Justin Timberlake, This Girl par Kungs vs. Cookin' on 3 Burners, Cheap Thrills de Sia et Sean Paul.
Je vous ressers un peu de Justin?
Ou, et pas la peine de nier avoir dansé voire vous être égosillé dessus: Sapés comme jamais de celui qu’on appelait encore «Maître» Gims et Niska.
Mais surtout, c’est cette époque qui, rétrospectivement, apparaît comme un moment suspendu, presque idyllique dans la mémoire collective. Avant l’omniprésence des algorithmes, avant l’intrusion totale de l’IA dans nos fils d’actualité, avant la fragmentation des communautés en silos numériques, et lorsqu'Instagram affichait encore le contenu dans un ordre chronologique.
Aujourd’hui, si 2016 semble être une année si folle, c’est parce qu’on idéalise cette «simplicité» digitale. On publie nos vieux selfies maladroits, des photos de vacances un peu floues, des cafés cappuccino artfully styled, avec des légendes nostalgiques qui donnent envie de remonter le temps.
Plus qu’une mode, une réaction à 2026
Sauf que derrière ce défilé de souvenirs se profile un malaise plus profond avec notre époque numérique. En 2026, les réseaux sociaux sont saturés de contenus ultra-polishés, pensés pour «choper l’algorithme», pour accrocher l’œil et retenir l’attention coûte que coûte. L’authenticité brute, celle d’une photo prise sans grand calcul, et partagée sans stratégie, est devenue presque subversive.
A lire de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, certains expliquent qu’ils veulent juste que tout ressemble à il y a dix ans. Dans un imaginaire collectif devenu viral lui aussi, 2026 oblige, 2016 semblait être le dernier moment avant que les choses ne deviennent trop sérieuses, trop saturées d’algorithmes.
Et puis, il y a le facteur générationnel. Pour une bonne partie de la Gen Z, 2016, c’est l’adolescence, les premières fêtes, les premiers festivals, les premières aventures. C’est l’époque où poster une photo n’était pas encore un acte stratégique, mais juste un moyen de partager un moment par pur plaisir.
Voilà.
Les Millennials, eux, refusent tout simplement le temps qui passe. Il n’y a qu’à se pencher sur leurs playlists: ils poncent les tubes des années 2000 de Sean Paul, Usher ou les Pussycat Dolls, en se rappelant avec émotion de l’époque où ils dansaient sur les bars, avant que leurs genoux ne grincent au moindre mouvement.
Et puis, il y a les créateurs de contenu, qui jadis tenaient des blogs avec leurs conseils mode, beauté, voyage, et dont les réseaux sociaux n'étaient que des vitrines. Jadis, ces influenceurs produisaient ce qu’ils voulaient partager parce qu’ils croyaient en ce qu’ils faisaient. Il n’était pas encore question de «vite faire cette trend» pour faire comme les autres et se maintenir bien en vue dans les algorithmes. Une authenticité qui s’est parfois perdue chez nombre d’influenceurs, qui ne répondent pour beaucoup plus qu’à des tendances, que ce soit au niveau du contenu, ou même du format choisi.
Tiens tiens...
@florencebymills 2016 mills you will always be famous 🙂↕️ #florencebymills #milliebobbybrown #2016 ♬ som original - lyricsved
Mais ils sont nombreux parmi les créateurs de contenu ou les stars, en plus des anonymes, à se remémorer 2016. Par réelle nostalgie… ou pour participer à la tendance actuelle?
Un feed nostalgique, mais pas que…
Ce retour au passé ne se limite pas aux photos personnelles, comme le souligne The Guardian. La nostalgie s’est infiltrée dans la mode et même le design d’intérieur. Les couleurs saturées, le maximalisme audacieux et le «Millennial pink» de 2016 font un retour timide dans certaines sphères créatives, comme l’a noté récemment Elle Decor.
Un dernier pour la route?
@rarebeauty we heard 2026 is the new 2016 @Selena Gomez #rarebeauty #selenagomez #2026 #2016 #selenagomezedit ♬ original sound - comewithme
En parallèle, marques et créateurs de contenu observent cette tendance comme une opportunité… ou un avertissement. Car si les souvenirs de 2016 ont du charme, ils révèlent surtout un désir profond, celui de ralentir et de se rappeler que derrière chaque filtre se cache une vraie vie.
Revoir ces clichés légèrement flous, pris avec des téléphones qui n’avaient pas encore douze caméras, ces cheveux douteux et ces looks qu’on regarde avec une légère condescendance, comme on regarde un enfant nous montrer son dessin moche, c’est aussi une jolie manière de se reconnecter à sa propre histoire, et à un moment où les internets ressemblaient encore à un terrain de jeu.
Peut-être que, paradoxalement, ce n’est pas 2016 qu’on veut revivre, mais l’envie, juste un instant, d’un monde digital moins calculé, moins anxieux et anxiogène.
