La «femme anglaise épuisée» sera-t-elle la grande tendance de cet automne? Mmhh si c’est ça, on a toutes six mois d’avance (ou de retard) et une carrière dans la mode malgré nous.
Depuis quelques semaines, un petit groupe de TikTokeuses et de rédactrices en mal de contenu ont décidé que le bordel matinal et le look «j’ai dormi 4 heures et j’ai renversé mon café sur mon trench froissé» n’étaient plus des accidents de la vie, mais une esthétique. Pardon, une «aesthetic». Mieux: un statement.
Et puisque tout est tendance dès qu’on le dit trois fois sur TikTok, voici donc officiellement venue l’ère de la «frazzled English woman»; la femme anglaise en sueur, en retard, en PLS, et vaguement nostalgique de l’époque où Bridget Jones enfilait sa culotte gainante avant de se ridiculiser en public.
Le New York Post y a vu la tendance de l’été, certains y voient déjà la vibe de la rentrée (et ce, depuis plusieurs années, preuve qu'on est coincés dans une faille spacio-temporelle). Mais en fait, de quoi on parle? D’une femme qui a l’air crevée, habillée n’importe comment, les cheveux en bataille, le visage ni vraiment maquillé ni vraiment au naturel, et qui dégage un mélange d’urgence et de résignation très «je vais encore rater mon bus… sauf s’il est encore plus en retard que moi».
C’est un look, apparemment. Et même un look cool. Et carrément, this is fashion. Les mots nous manquent. Pas à eux, visiblement.
Le pire dans tout ça, c’est que ce n’est même pas nouveau. On connaît cette meuf depuis toujours. Elle s’appelait Bridget Jones dans les années 2000, elle portait déjà des manteaux informes, des pulls à col roulé et une énergie de «j’ai tous envie de vous baffer, mais je vais faire genre que je gère».
Sauf qu’à l’époque, il s’agissait d’une anti-héroïne de comédie romantique. Aujourd’hui, c’est une icône de style. Oui, c’est stylé d’avoir l’air au bout de sa vie (qui d’autre va enfin avoir l’air cool, lève la main!?). A condition, bien sûr, de le faire avec intention. Si vous êtes vraiment crevée et que vous portez ce sweat dégueulasse parce que vous n’avez plus rien de propre, ce n’est pas la même vibe. Pitié, faites un effort.
Sur TikTok, certaines vidéos vous expliquent même comment devenir cette femme anglaise dépassée par sa propre existence. Enfilez une jupe trop longue, une écharpe qui touche le sol (dix points pour Griffondor si vous vous prenez les pieds dedans), et surtout, n’ayez pas l’air fraîche. Ayez l’air… préoccupée. Lisez un roman de poche un peu défraîchi (comme vous), marchez vite sans raison, et idéalement, ajoutez un tote bag rempli de trucs inutiles.
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L’important, c’est de donner l’impression que vous venez de sortir précipitamment d’un appartement mal rangé, en ayant oublié à la fois votre brosse à cheveux et votre dignité.
En vrai, on ne sait pas trop s’il faut rire ou pleurer. Est-ce que quelqu’un dans un open space à Brooklyn a sérieusement tapé «frazzled English woman aesthetic» sur Google en se disant «tiens, et si on en faisait un papier mode…»?
Visiblement oui. C’est presque rassurant de voir à quel point le vide éditorial peut produire des merveilles (n’en profitez pas pour tacler watson, merci <3). On a eu la «mob wife», la «clean girl», et maintenant, place à la «flemme chic automnale avec accent britannique». D’ici là, on attend la «meuf de Lausanne en training qui va au bureau en râlant et qui déteste la pluie», ça devrait cartonner. Oui, c’est vous, c’est moi, c’est tout le monde, ça. C’est ça, la magie des étiquettes à la con.
Mais revenons à cette pauvre Anglaise au bout du scotch. Evidemment, cette fausse tendance a ses limites. Car soyons clairs, ce look ne fonctionne que si vous êtes mince, blanche, vaguement intello, et que vous avez choisi le désordre comme un accessoire de style. C’est un bordel de luxe. Un chaos design. L’épuisement volontaire, celui qui dit:
C’est marrant deux secondes, mais un peu difficile à vendre comme «hommage aux femmes qui n’en peuvent plus» quand ça consiste à mettre 300 balles dans un manteau oversize pour avoir l’air de ne pas avoir eu le temps de s’habiller.
On est donc censées croire qu’on est tendance parce qu’on a les cheveux gras, qu’on porte des chaussettes dépareillées et qu’on a oublié de mettre du parfum, vraiment?
Si c’est ça, alors un bon quart de la population est composée de it-girls en puissance dès que le thermomètre plonge sous la barre des 11 degrés. Et de manière générale, toutes celles qui ont un taf, des enfants, pas de yacht, et une envie de hurler dans un oreiller à 18 heures ont loupé leur vocation de muse. Félicitations, vous n’êtes pas en train de sombrer, vous êtes dans la vibe.
Soyons sérieux deux minutes (mais pas plus). Non, ce n’est pas une tendance. C’est un délire de rédac mode qui s’ennuie, et qui s’est dit qu’un bon vieux combo «pull moisi + vague référence à Notting Hill» ferait l’affaire.
@thisisntsoserious very much trust the process 🍷 I know I talk about doctor who too much but… if I were the doctor this would be my vibe, minus the heels because how are you gonna run in them #ootd #frazzledenglishwoman #doctorwho #the9thdoctor #9thdoctor #fitcheck ♬ how to dress like a frazzled english woman - Jas
Et vous savez quoi? Ça a marché. Parce qu’on est là, à en parler, à se moquer, à en rire. Et à se dire que finalement, on est déjà toutes cette Anglaise au bord de la crise de nerf. Par obligation plus que par choix. Alors autant l’assumer. Mais pas besoin de l’appeler «frazzled English woman» pour ça. On peut aussi appeler ça: mardi.