Cette étrange mouvance intrigue la Toile
Si vous croisez un groupe d'adolescents marchant à quatre pattes avec grâce, portant un masque de loup ou de renard, des oreilles de lapin ou encore une queue de chat qui dépasse, ne soyez pas surpris: il s'agit probablement d'une bande de therians. Mais c'est probablement sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, que vous serez le plus susceptible d'en croiser.
En effet, si vous tombez sur des vidéos de jeunes qui se prennent pour des animaux, accessoires inclus, vous êtes très probablement perdu dans le «TherianTok», la communauté therian du réseau social. Sur la plateforme, le hashtag #therian compte des centaines de milliers d’occurrences. Le principe est simple: ces jeunes se déguisent et adoptent le comportement de l’animal auquel ils se sentent rattachés spirituellement, à la manière d'un animal totem personnifié.
Cette mouvance, dont on trouve des communautés aux quatre coins du globe, n'est pas nouvelle. En effet, la communauté thérienne occidentale moderne a vu le jour en 1993 sur un forum internet consacré à la fiction sur les loups-garous. Elle est même devenue un sujet d’étude.
«Therian» vient du mot thérianthropie, composé du grec ancien «therion», qui signifie «animal sauvage», et «anthropos », «être humain», soit la transformation d'un être humain en animal dans un cadre mythologique et spirituel. C'est un concept que l'on retrouve dans de nombreuses civilisations et cultures, toutes époques confondues. Récemment, le mouvement therian a pris de l'ampleur sur les réseaux sociaux, en particulier en Amérique latine, en Espagne et au Japon.
Entre attaques et affirmation d'identité
Cependant, en Amérique du Sud et en Espagne, les therians ont été l’objet d’une campagne de haine de la part de l’extrême droite, qui les a instrumentalisés pour alimenter un discours anti-LGBT et dénoncer une supposée décadence de la société moderne, allant même jusqu’à les parodier dans des vidéos générées des séquences par intelligence artificielle, afin de les desservir et de faire le buzz sur les réseaux sociaux, comme l'explique le média espagnol El País.
Si tout semble relever de la tendance et du jeu, les therians ne considèrent pourtant pas leur identité comme une mode, mais comme un ressenti qui s’impose à eux. Il existe également une autre sous-culture à ne pas confondre avec les therians, celui du mouvement furry, datant des années 1980 et qui s'applique aux animaux imaginaires et mythologiques.
Se comporter comme un animal est une façon pour les ados concernés d'exprimer leurs émotions au travers d'un persona. C'est aussi, bien évidemment, un moyen pour eux de se faire des amis et de rejoindre une communauté marginale dans laquelle ils peuvent se retrouver, comme le font les ados depuis plus de 50 ans, à l'image des gothiques ou des cosplayeurs.
