Les meilleurs spaghettis du monde sont romands, on a goûté
Il faut les mériter, ces spaghettis. Quelques virages dans la pampa neuchâteloise, un petit road trip à travers les montagnes et nous voilà dans l'imprononçable bled de Brot-Plamboz, à la Taverne des Petits-Ponts.
C'est ici, loin des trattorias romaines et des terrasses milanaises, qu'officie Abel Lahrach, un chef espagnol d'origine marocaine qui vient de remporter la catégorie «Spaghetti d'Oro» de la Pizza World Cup, organisée à Rome début octobre.
Et puisqu'on n'est pas du genre à laisser passer une occasion de manger des pâtes «pour le travail», on est allés vérifier si cette médaille était méritée.
Spoiler, si vous avez la flemme de lire la vidéo (??), la réponse est OUI. D'abord, il y a la présentation. Les spaghettis arrivent dans une sorte de bol métallique fermé par un couvercle qui n'est autre qu'une râpe à fromage. On soulève, on découvre une magnifique assiette de pâtes fraîches maison, nappées d'une sauce crémeuse aux crevettes, à la mélisse citronnée et aux pistaches. Et on râpe soi-même son fromage par-dessus. Les puristes italiens hurleront probablement au sacrilège. Du fromage sur des fruits de mer?!
Et franchement, quand c'est aussi bon, on peut bien envoyer quelques traditions culinaires italiennes aller voir dans la pampa neuchâteloise si j’y suis.
Quant aux pâtes, elles sont tendres, fraîches, confectionnées selon la recette maison du chef. Les amateurs de cuisson al dente aussi solides que le marbre, dont je fais partie, devront légèrement revoir leurs habitudes.
La sauce, elle, met tout le monde d'accord (et me fait même oublier ma passion des pâtes pas cuites). Gourmande sans être lourde, généreuse sans être écœurante, parfaitement équilibrée entre la fraîcheur de la mélisse, la rondeur des pistaches et les crevettes décortiquées. Un câlin pour vos intestins.
Une recette (presque) improvisée
Mais le plus délicieux dans cette histoire, c'est peut-être ce qu'Abel Lahrach nous a raconté après la dégustation. Le chef, hilare, était très heureux de nous confier que sa recette, qui lui a permis de battre l'Italie chez elle, n'avait été testée qu'une seule fois, quelques jours avant le concours. La deuxième fois, c'était directement à Rome, devant le jury.
Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il laisse tout au hasard. Bien au contraire. Lorsqu'il nous parle de ses pizzas, préparées au levain et cuites dans un four construit sur mesure, on comprend rapidement que chez lui, la pâte relève autant de la science que de l'art. Son levain, transmis par un autre chef, fête ses 86 ans, et rend les pizzas bien plus digestes. De quoi relativiser l'âge de certaines choses qui traînent dans notre frigo.
Et comme nous avions manifestement encore un peu de place pour le bonheur, nous avons terminé par un tiramisu. Un seul pour deux, avions-nous proposé, déjà bien rassasiés. Abel Lahrach a acquiescé… avant de nous en apporter deux. Et heureusement, car j’aime autant vous dire que le pauvre cameraman, Jérémie, n’en aurait pas eu. Entre l'amertume du cacao, la douceur du mascarpone et un sucre parfaitement dosé, celui-ci mériterait lui aussi quelques médailles.
On reviendra donc. Pour les spaghettis, mais aussi pour les pizzas, la paella spéciale chasse, et quelques kilos de tiramisu. Car avant de battre les Italiens avec ses pâtes, Abel Lahrach avait déjà décroché le bronze mondial pour une pizza en 2025, puis remporté le Grand Prix de France de la pizza en juin 2026. Décidément, cet homme installé dans les montagnes neuchâteloises semble avoir pris goût à battre les Italiens sur leur propre terrain. Pour notre plus grand bonheur.
