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Notre avis sur la nouvelle série Canal+ «La Fièvre»

Benjamin Biolay interprète un président d'un club de football dans la série "La Fièvre".
Benjamin Biolay face à la meute de journalistes, avant d'affronter une autre virtuelle.Image: Thibault Grabherr/QUAD+TEN/CANAL+

«La Fièvre»: la nouvelle série emballante de Canal+

Pilotée par le créateur de la très bonne série Baron noir, Eric Benzekri use du sport et d'un incident pour faire cracher les réseaux sociaux, ce réceptacle à avis et conclusions hâtives. Emballant.
19.03.2024, 18:5025.03.2024, 14:18
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Le maillot de foot est-il le symbole de la nation, le dernier rempart avant une guerre civile? Si le sport est l'opium du peuple, une phrase qui revient souvent dans le débat public, l'analogie a le mérite d'être pertinente, surtout dans la série La Fièvre, écrite par Eric Benzekri, épaulé par le réalisateur Ziad Doueiri. Le duo revient après l'excellente série Baron noir (2016 à 2020), qui a offert à Kad Merad son meilleur rôle.

Le début est simple: une star de l'équipe de France, Fodé Thiam (Alassane Diong), pète une durite et envoie un coup de tête à son coach en club lors d'une cérémonie de remise des prix. La pièce maîtresse du Racing, son club, adresse un «sale toubab» (réd: sale blanc) à sa victime.

La mécanique se met en place, les réseaux sociaux deviennent fous avec cet acte qualifié de raciste, malvenu et tout le pataquès qui l'entoure. C'est à présent les portes de l'enfer qui s'ouvrent, les entrailles profondes d'une société qui aspire les différents protagonistes. En somme, la grenade est prête à dégoupiller.

La série glisse d'une situation sportive à extra sportive, et se propage dans la société française. Le coup porté est puissant. Outre Fodé, il y a le personnage du président François Marens (excellent Benjamin Biolay) et la communicante de crise, Sam Berger (Nina Meurisse), adepte des manuels de sociologie et brillante dans la gestion de crise. C'est elle qui va se transformer en un rempart face au déversement politico-sportif qui va ronger la défense d'un club bousculé par le brouhaha du tribunal des réseaux sociaux.

Récupération politique

Pour contenir la furia générée par le débat public et l'immédiateté de l'information, c'est une tactique qui révèle le dispositif malin instauré par la plume d'Eric Benzekri: une écriture intelligente qui, graduellement, fait pulser les enjeux d'une communication adéquate en temps de crise.

Car ce mouvement de contestation, cette récupération politique à travers le coup de tête de Fodé trouve un écho et insère un autre élément perturbateur dans le récit: Marie Kinsky (Ana Girardot), icône de la droite identitaire. A travers le personnage de Girardot, c'est un pied dans l'arène politique.

Ana Girardot dans la série Canal+, "La Fièvre".
Ana Girardot jouera la perturbatrice, jusqu'à faire une apparition sur le plateau de Cyril Hanouna.Image: Thibault Grabherr/QUAD+TEN/CANAL+

Tous les ingrédients de cette fiction ressemblent à s'y méprendre à bien des situations vécues ces derniers temps. On peut y voir les cas de Paul Pogba ou encore Kylian Mbappé; La Fièvre devient un miroir réfléchissant d'une époque où le moindre petit geste est interprété, décortiqué, sous l'impulsion dévastatrice des médias sociaux.

Un déchaînement en règle qui dessine une réflexion sur notre ère, qu'Eric Benzekri portraiture comme une grande pieuvre où le ressort identitaire est le noyau principal. Les grandes tentacules comptent le narcissisme, le racisme, le populisme, la perversion en 2024, l'année où tout devient inflammable.

Toi, feu de paille, tu deviendras déflagration

La Fièvre démarre un feu de paille qui deviendra une déflagration. L'entreprise est bonne, très bonne durant trois épisodes, dans son propos et sa posture, celle d'un pays qui plie face à l'opinion publique, qui perd en efficacité quand deux camps s'affrontent pour faire entendre son avis: Marie Kinsky et Sam Berger, deux anciennes amies au top de la communication; l'une manie la polémique à la perfection et l'autre l'éteint avec tout autant de talent.

Mais ce serait chercher querelle que s'attarder sur ce léger faux-pas, car le duel, s'il fallait l'incarner par ces deux femmes, ne se résume pas à elles. Non. Quand l'opium du peuple ne suffit plus, il y a soulèvement social. Le socle est fissuré, brisé par la haine déversée sur des posts viraux, l'indigénisme est lancé en pâture sur des plateformes - qui révèlent peut-être un diagnostic implacable: le narcissisme de plus en plus prégnant de notre époque.

A partir d'un sport, à partir d'un geste lié au sport, la récupération à sauce politique TikTok, comme le radiographie La Fièvre, est une vitrine indigeste d'un monde qui s'enfonce méthodiquement, consciemment, dans les ténèbres et tente, quoi qu'il lui en coûte, de montrer un brin d'humanité.

«La Fièvre» est à découvrir sur Canal+ et l'application MyCanal depuis le 18 mars.

La Fièvre - Bande-annonce

Vidéo: watson
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