Ce n'est pas un sac à main, ce n'est pas un porte-monnaie, ce n'est pas une trousse, c'est une pochette. Elle se coince sous le bras ou se porte à la main. Normalement, c'est plutôt un accessoire s'adressant aux femmes, mais en été, certains hommes s'autorisent cette coquetterie typique des hommes au Moyen-Orient. Par contre, n'allez pas dire à l'homme à la pochette que c'est un objet «gender fluid», il n'est pas à l'aise avec le langage inclusif, «ces trucs de gaucho, là.»
Oui, l'homme à la pochette est de droite ou du moins libéral. De toute façon, il ne vote plus depuis qu'il vit à Dubaï. Pas toute l'année, on vous rassure. Juste la moitié de l'année. Le reste du temps, il voyage en Europe, entre la Suisse et Londres. Parfois, il va à Gstaad, «j'y ai quelques clients». L'homme à la pochette travaille dans un fond, gère un family office (le sien) et a un peu d'immobilier. Il a plusieurs casquettes qui lui rapportent beaucoup, surtout quand on ne pait pas d'impôts.
On ne sait pas s'il travaille trop ou pas assez. Quand il est en vacances (c'est-à-dire souvent), vous le verrez se lever au milieu d'un dîner entre amis à Capri pour prendre «un call important». Il fera les cent pas avec ses AirPods vissés dans les oreilles avant de revenir terminer son verre de rosé, fier d'avoir «close un deal». Il hélera un serveur pour commander toutes les entrées 3 fois de la carte en faisant ce geste de la main comme s'il mélangeait une tambouille.
L'été, il s'octroie un mois de vacances à Mykonos, une tradition entre potes. C'est en effet là-bas que vous le verrez dégainer le plus souvent sa pochette. Hermès, Celine, Vuitton ou encore une marque chouchou chez les riches: Goyard. Notre homme à la pochette prétend aimer les marques de luxe discrètes, mais il ne peut s'empêcher de mettre ses initiales sur ses chemises pour prouver qu'elles sont faites sur mesure.
Il oscille dangereusement entre le dandy italien et le plouc. Il pense ressembler à Jude Law dans le film Le Talentueux Mr Ripley alors qu'il ressemble plutôt à Hubert Bonisseur de La Bath dans OSS 117. Il achète ses pantalons en lin chez Loro Piana mais ils sont toujours trop courts. C'est à cause de ses cuissots bombés. Avec son coach Eli à Dubaï, pas de Skip Legs Day!
Et à Mykonos, parce qu'il est en mode «fête», il aime porter des ensembles à motifs criards. Vous le verrez peut-être aussi avec un cigare et une casquette de baseball sur la tête même s'il n'a jamais regardé un seul match. Par contre, n'essayez pas de le charrier sur son look. Il n'a pas d'autodérision, le second degré il ne connaît pas.
Vous l'aurez compris, l'homme à la pochette est quelqu'un qui prend soin de lui. Il peut avoir des cheveux subtilement gominés, mais très souvent, vous le verrez avec des cheveux de riche, c'est-à-dire soigneusement peignés en arrière, avec dans la nuque, une potentielle floraison de bouclettes ou de frisettes, dépendant du taux d'humidité.
Tout ceci est passionnant, mais ça ne nous dit pas pourquoi il sort plus volontiers sa pochette en été qu'en hiver. Eh bien nous avons demandé à plusieurs hommes adeptes de la pochette de nous l'expliquer et celle de William, 42 ans, est pragmatique:
Une autre raison avancée par Lionel, tout aussi pragmatique mais moins légale:
L'homme à la pochette, serait-il un drogué? Pas forcément, mais comme il fréquente la jet-set, un milieu qui aime s'envoyer des poutres de cocaïne dès le petit-déjeuner, il a lui aussi son kit perso. Il a carrément un étui en laiton dans lequel se cache une paille elle aussi en laiton... faudrait quand même pas attraper le covid aux chiottes du Soho House, parce que demain, il a probablement un avion pour Abu Dhabi où il est invité au grand prix de F1.
L'homme à la pochette est un célibataire endurci. Ne le cherchez pas sur une app de dating, «ce truc pour les pauvres?». L'homme à la pochette fait son marché sur Raya, le Tinder des gens riches et célèbres.
A Mykonos, Saint-Tropez ou encore Saint-Barth (son circuit de l'été), vous le verrez entouré d'une armée de «mannequins» Instagram qui doivent avoir minimum 50 000 followers (il vérifie). Le soir, il prend des tables avec ses potes avec un deposit de minimum 8000 francs «normal en cette saison», et se bourre la gueule à la tequila 1942, «la meilleure».
L'homme à la pochette serait-il un connard misogyne et prétentieux? Tout à fait. Mais ce n'est pas de sa faute, ce sont ses cheveux de riche qui le conditionnent ainsi. Il n'est pas aidé par son milieu et son biotope dubaïote, pas forcément progressiste.
A la fin de l'été, après avoir écumé toutes les modèles Instagram de la cote Amalfitaine, il rentre aux Emirats où il se réfugie au Arts Club, un club hors de prix où les gens font semblant de travailler.
Là-bas, la pochette, il continue de la porter, car c'est l'été toute l'année. Par contre, pour les substances, faudra quand même faire gaffe.