La Gen Z a une nouvelle lubie en matière de travail
Il y a quelques années encore, le discours dominant ressemblait à une injonction presque religieuse: «Trouve ta passion et fais-en ton métier». Les Millennials, ces êtres merveilleux, ont grandi avec cette promesse un peu romantique selon laquelle le travail devait être excitant, créatif, inspirant… bref, capable de transformer le lundi matin en expérience quasi spirituelle.
La génération suivante, elle, observe ce récit avec un mélange de scepticisme et de fatigue anticipée. Et elle a trouvé une autre solution.
Sur TikTok, LinkedIn ou Reddit, un concept circule depuis quelques mois, celui des «boring jobs», littéralement les «boulots ennuyeux». Des postes administratifs, comptables, analytiques ou bureaucratiques, où l’on remplit des tableaux Excel, met du papier dans l’imprimante, et où la journée ressemble vaguement à celle d’hier (spoiler: et à celle de demain).
@anecdotes_de_tristan Avoir un job chiant : la vie rêvée de la Gen Z ? Vraiment ? 🧑🎓 Des réunions pour parler des prochaines réunions. Des mails en copie, des tableaux Excel sacrifiés. Un emploi si inutile que même celui qui l’occupe a du mal à expliquer à quoi il sert. David Graeber appelait ça un bullshit job. Près de 40 % des salariés auraient conscience de l’inutilité de leurs fonctions. Résultat : ennui profond, bore-out, perte de sens. 🤡 Pendant que certains fantasment le confort du “boring job”, d’autres préfèrent tout quitter pour retrouver un truc devenu rare : une bonne raison de se lever le matin. Vous en pensez quoi, de votre côté ? 😒 Source : Jody Cavalie #humour #genz #travail #culture #boring ♬ son original - Les Anecdotes de Tristan
Des jobs dont personne ne rêvait particulièrement, et c’est précisément pour ça qu’ils plaisent à cette génération, n'en déplaise aux précédentes, qui ont du mal à comprendre l'engouement et qui le fait savoir sur les réseaux sociaux.
La revanche des métiers un peu soporifiques
Pour une partie de la Gen Z, l’objectif n’est plus de trouver le travail le plus excitant du monde. Au contraire, même, il s’agit de trouver un job simple, un poste stable, avec des horaires raisonnables, un salaire correct et, surtout, un niveau de stress supportable.
Dans certains secteurs, la tendance est même visible. La comptabilité, par exemple, longtemps considérée à juste titre comme l’archétype du métier monotone, attire de plus en plus de jeunes diplômés. Les cabinets cherchent à remplacer les générations qui partent à la retraite, et certains jeunes voient là une opportunité assez séduisante: un travail clair, relativement prévisible, et souvent bien payé.
Autrement dit, un boulot sérieux, mais pas envahissant. Et surtout, un job pour lequel il n’y a pas à répondre à son patron une fois l’ordi éteint.
Travailler pour vivre (et pas l’inverse)
Car derrière cette fascination pour les «boring jobs», il y a surtout un changement de philosophie. Une bonne partie de la Gen Z ne voit plus le travail comme la pièce maîtresse de son identité. Exit les «Tu fais quoi dans la vie?», le boulot n’est plus censé vous définir, vous passionner ou pire, vous accomplir. Il est simplement censé… payer les factures.
La vie, la vraie, se déroule ailleurs. Dans les voyages, les projets personnels, les amis, la famille, le sport, les séries, les sorties… ou dans la quête existentielle du matcha latte le plus photogénique (et le plus dégueulasse) à boire en terrasse. Slayyy ✨
Le raisonnement est simple: pourquoi s’épuiser dans un job ultra compétitif si celui-ci vous laisse trop fatigué pour profiter du reste?
Une génération vaccinée contre la «hustle culture»
Il faut dire que la Gen Z arrive sur le marché du travail dans un contexte particulier. Les crises économiques s’enchaînent, l’inflation joue à cache-cache avec nos nerfs, on assiste à des vagues de licenciements massifs dans certains domaines… et cette génération a passé une décennie entière passée à regarder les Millennials courir derrière la fameuse «hustle culture», cette culture, ce culte de l’hyperproductivité.
@aya.rfe jkiff trop
♬ Coquette - J🅰️O
Ce modèle, travailler toujours plus, dormir moins, multiplier les projets, a longtemps été présenté comme la voie royale vers la réussite. Mais pour beaucoup, le résultat est surtout visible sur LinkedIn. Des profils brillants, certes… et beaucoup de burnout.
Alors au lieu de chercher un «job passion» qui les absorbera complètement et les usera jusqu’à l’os, ils choisissent un travail suffisamment calme pour laisser de la place au reste.
L’ennui comme luxe
Evidemment, tout le monde ne rêve pas de passer ses journées à vérifier des factures ou remplir des rapports. Mais dans le contexte actuel, le «boring job» est devenu, paradoxalement, une forme de luxe moderne. Une forme de farniente professionnelle.
Un travail qui ne vous poursuit pas le soir. Un job qui ne vous réveille pas à 3 heures du matin. Un poste qui ne prétend pas être votre «mission de vie», avec d'affreux team buildings les week-ends qui donnent envie d’assassiner tous ses collègues. Bref, un emploi qui vous laisse respirer, et qui ne s'immisce pas dans votre vie privée.
Et si cette tendance peut faire sourire ou hausser les sourcils des générations précédentes, elle révèle peut-être une vérité assez simple. Pendant longtemps, on a répété que le travail devait être passionnant. La Gen Z, elle, semble avoir compris quelque chose d’assez radical: il peut simplement être… supportable. Et parfois, c’est déjà largement suffisant.
