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L'arrêt des importations de pétrole russe semble probable, quel impact en Suisse?

Zelensky le veut, la France le veut, l'opposition allemande le veut et la Commission européenne y travaille déjà. Le gouvernement allemand est de plus en plus sous pression pour approuver un embargo sur le pétrole russe. Cela signifie quoi pour la Suisse?
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21.04.2022, 16:4825.04.2022, 18:13
Niklaus Vontobel / ch media

Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a demandé publiquement un embargo immédiat sur le pétrole russe. Selon les agences de presse, il affirme que le gouvernement du président Emmanuel Macron a toujours demandé, outre un arrêt des importations de charbon, un arrêt des importations du précieux or noir afin de prendre la Russie à la gorge.

Sans l'attitude hésitante de certains pays, un tel embargo serait déjà en vigueur depuis longtemps, a poursuivi Bruno Le Maire, sans citer les pays visés. Il a simplement lâché:

«Nous devons encore convaincre nos partenaires européens»

Le président ukrainien a moins de filtres à cet égard. Dans une interview accordée à la BBC, Volodymyr Zelensky a cité la Hongrie et l'Allemagne et les a accusées de bloquer les efforts visant à instaurer un embargo européen.

Zelensky lance de graves accusations contre les pays qui refusent l'embargo sur le pétrole russe.
Zelensky lance de graves accusations contre les pays qui refusent l'embargo sur le pétrole russe.image: keystone

Indirectement, Zelensky a accusé les deux pays de ne pas avoir compris que ce n'était plus une question d'affaires et d'argent. «Il s’agit maintenant d'une question de survie». En continuant à acheter du pétrole russe, les pays «gagneraient leur argent avec le sang d'autres».

Ce qu'un embargo de l'Union européenne signifierait pour la Suisse

Si un embargo était effectivement décrété dans l'UE, cela aurait également des conséquences pour la Suisse. Comme l'explique Roland Bilang, directeur de l'association des importateurs de pétrole Avenergy, les prix du pétrole brut augmenteraient encore plus à l'échelle mondiale qu'ils ne le font déjà actuellement. Cela rendrait l'essence et le mazout plus chers en Suisse.

Il n'est, cependant, pas possible d'estimer l'ampleur de la hausse des prix. Selon Avenergy, il y a trop d'impondérables sur le marché mondial du pétrole.

Des réservoirs de stockage de pétrole, près de la ville d'Usinsk, à 1500 km au nord-est de Moscou.
Des réservoirs de stockage de pétrole, près de la ville d'Usinsk, à 1500 km au nord-est de Moscou.Image: keystone

En revanche, l'approvisionnement de la Suisse ne serait pas remis en question par un embargo européen. En effet, la Suisse n'achète pas de pétrole brut directement à la Russie et seule une petite partie provient de Russie via d'autres pays. Le pétrole transformé, que la Suisse achète à son voisin allemand, provient de raffineries situées à l'ouest de l’Allemagne.

Dans tous les cas, la Suisse peut relativement facilement trouver de nouveaux fournisseurs de pétrole. Pour le gaz, c'est plus difficile, car celui-ci doit être livré via des pipelines existants. Pour faire venir du gaz liquide du Qatar, par exemple, l'Europe doit d'abord construire de nouveaux ports spécialisés dans ce domaine.

L'hésitation de l'Allemagne au cœur des débats

Avec son attitude hésitante, le gouvernement allemand est de plus en plus sous pression, tant à l'international qu'à l'interne. A Bruxelles, la Commission européenne travaille déjà sur une procédure d'embargo. Sa présidente, Ursula von der Leyen, a déclaré au Bild am Sonntag:

«Nous sommes en train de développer des mécanismes pour que le pétrole puisse également être inclus dans la prochaine étape des sanctions»

Elle a, en outre, appelé les pays de l'UE à livrer rapidement des armes à l'Ukraine. Sur ce point, l'Allemagne est jusqu'à présent restée réservée.

L'opposition allemande, représentée par Norbert Röttgen, membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) en charge des affaires étrangères, demande, depuis longtemps, un arrêt immédiat des importations de pétrole et de gaz. Il justifie sa demande:

«Arrêtons la guerre de Poutine avant que toute l'Europe ne brûle»

Röttgen n’est pas d’accord avec l'argument du chancelier allemand Olaf Scholz selon lequel un embargo plongerait l'Allemagne dans une récession.

Le politicien soutient ses arguments par une citation de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne et aujourd'hui premier ministre italien:

«Préférons-nous la paix ou un conflit continu? C'est la question que nous devrions nous poser»
Une détermination sans faille: Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.
Une détermination sans faille: Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.image: keystone

La France a tenu des propos clairs à l'égard des pays hésitants. Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré à propos d'un embargo:

«Si nous tenons à la liberté et au combat du peuple ukrainien, les lignes rouges doivent bouger»

Il a ajouté que la France souhaitait qu'un embargo soit mis en place.

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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