«Arnaque», «casse du siècle», cadeaux aux riches: cet élu PLR répond
A moins de trois mois de la votation du 27 septembre, la bataille des 12% est bel et bien lancée. L'initiative portée par les milieux patronaux et économiques, sur laquelle les électrices et électeurs vaudois devront se prononcer, promet davantage de pouvoir d'achat à la classe moyenne grâce à une baisse d'impôt de 12%.
Le comité unitaire du non (partis de gauche, syndicats et associations) rétorque qu'il s'agit d'un cadeau aux plus riches qui mettra les services publics sous pression. Alors que le Conseil d'Etat estime le coût de la réforme à 272 millions de francs par an, le conseiller national PLR Olivier Feller, directeur de la Chambre vaudoise immobilière et figure de proue de l'initiative, répond aux principales critiques.
Olivier Feller, «Casse du siècle», «Arnaque fiscale», «Ecran de fumée», les opposants à votre initiative dite des 12% n’y sont pas allés de main morte pour la qualifier. Que leur répondez-vous?
Ces slogans creux témoignent de leur peur de cette initiative. Elle est simple, efficace et facile à appliquer. Elle vise à redonner du pouvoir d'achat en diminuant l'impôt qui frappe les personnes physiques dans le canton de Vaud, sans coûts inutiles de redistribution. Je rappelle que cet impôt cantonal, sur le revenu et la fortune, est aujourd'hui le plus élevé de Suisse. Notre proposition est un moyen simple et efficace de rendre du pouvoir d'achat, en particulier à la classe moyenne.
Votre texte promet une baisse d'impôts «pour toutes et tous». Selon les calculs du comité unitaire du non, un couple avec deux enfants et un seul salaire de 80 400 francs économiserait environ 85 francs par mois (1020 francs par an). En revanche, un contribuable gagnant 450 000 francs bénéficierait d'une ristourne de 5100 francs par an. Est-ce une répartition juste?
C’est une répartition équitable, car elle tient compte du montant de l'impôt à payer. Le pourcentage qui est déduit de ce montant est le même pour tous les contribuables.
Pour beaucoup de familles confrontées à des charges toujours plus lourdes, ce n'est pas une petite somme. Cela peut représenter une aide concrète.
Ces allègements plus importants accordés aux hauts revenus sont-ils vraiment nécessaires?
Les très grandes fortunes ne sont pas concernées par notre initiative, puisqu'elles bénéficient déjà du bouclier fiscal. A l'autre extrémité, 23,5% des Vaudoises et des Vaudois ne paient pas d'impôt cantonal sur le revenu. Eux non plus ne sont pas touchés. Notre texte s'adresse à celles et ceux qui se situent entre ces deux catégories: les classes moyennes qui paient des impôts, parfois beaucoup, sans forcément recevoir grand-chose en retour.
Environ 70% des Vaudois ne paient pas d'impôt sur la fortune. Etait-il réellement pertinent d'inclure cet impôt dans votre texte?
Notre initiative se focalise sur l'imposition des personnes physiques dans son ensemble, c'est-à-dire le revenu et la fortune. Il est vrai qu'une minorité paie l'impôt sur la fortune, mais les gens concernés supportent un impôt particulièrement lourd en comparaison intercantonale.
Je le répète: les très grandes fortunes bénéficient déjà du bouclier fiscal. On parle beaucoup des plus riches et des personnes qui bénéficient d'aides de l'Etat, mais beaucoup moins de cette classe moyenne qui se trouve entre les deux et qui subit une fiscalité particulièrement lourde.
Le canton de Vaud a bouclé l'exercice 2025 sur un déficit de 156 millions de francs et les projections pour 2026 évoquent près de 300 millions. Est-ce vraiment le bon moment pour faire voter une baisse d'impôts de cette ampleur?
Le contexte n'a rien changé à un constat fondamental: le canton de Vaud pratique la fiscalité la plus lourde de Suisse pour les personnes physiques.
Notre initiative est raisonnable. Elle ne vise pas à faire du dumping fiscal. Même avec une baisse de 12%, le canton de Vaud resterait dans la moyenne supérieure des cantons suisses en matière d'imposition des personnes physiques. Nous voulons simplement ramener une fiscalité aujourd'hui excessive à un niveau plus raisonnable.
Vos opposants affirment qu'il faudra bien compenser cette baisse de recettes. Où trouverez-vous près de 300 millions de francs? Dans quelles prestations publiques faudra-t-il couper?
D'abord, il faut rappeler que le canton dispose de réserves importantes. Les comptes 2025 font état de 3,2 milliards de francs de réserves liquides. Deux milliards de francs selon les opposants, vous n’êtes pas d’accord sur les chiffres. Ce chiffre figure à la page 279 des Comptes du canton, dans les disponibilités et les placements financiers à court terme. Nous ne parlons pas de bâtiments ou d'actifs immobilisés, mais bien de liquidités. A mon avis, ils n'ont simplement pas lu les comptes jusqu'au bout…
Ensuite, il faut regarder l'évolution des recettes. Entre les comptes 2024 et 2025, les revenus du canton ont augmenté de 727 millions de francs. Le vrai problème n'est donc pas un manque de recettes. C'est que les dépenses augmentent encore plus vite. Cette spirale doit cesser pour le bien commun.
Vous nous dites donc qu'il n'y aura aucune coupe dans les prestations publiques?
C’est juste. Les dépenses continueront d'augmenter. Les recettes aussi. Avec notre initiative, les revenus du canton continueront de progresser chaque année, simplement un peu moins vite. De la même manière, les dépenses augmenteront toujours, mais leur progression devra être ralentie. Il ne s'agit pas de diminuer les prestations, mais de modérer la croissance des dépenses. C'est très différent. Les opposants parlent de coupes, mais ce n'est absolument pas ce que nous proposons.
Le Conseil d'Etat – y compris les représentants PLR issus de vos rangs – recommande pourtant de rejeter votre initiative. Pourquoi les Vaudoises et les Vaudois devraient-ils vous croire plutôt que leur gouvernement? Le Conseil d’Etat n’a rien compris?
Le PLR a une ligne très claire. Lors de notre congrès, près de 90% des délégués ont soutenu cette initiative. Les conseillers d'Etat sont dans un rôle différent. Ils appartiennent à un collège.
Je rappelle que stabiliser les dépenses ne signifie pas les diminuer, mais simplement ralentir quelque peu leur augmentation annuelle.
Le Grand Conseil a déjà accepté une baisse de 7% de l'impôt sur le revenu. Pourquoi estimez-vous qu'il faut aller plus loin? En quoi les 5% supplémentaires et la baisse de l'impôt sur la fortune sont-ils indispensables?
Vous avez raison de rappeler que cette décision vient du Grand Conseil. Le Conseil d'Etat, lui, avait toujours refusé d’aller au-delà d’une baisse de 5% avant de changer brusquement d’avis et d’admettre 7%. Pour nous, ce n'est toutefois pas suffisant.
Même avec une baisse de 12%, le canton resterait au-dessus de la moyenne suisse en matière d'imposition des personnes physiques. L'idée est simplement de sortir d'une situation extrême. Aujourd'hui, les Vaudoises et les Vaudois sont les contribuables les plus lourdement imposés de Suisse. Avec notre initiative, ils resteraient davantage imposés que la moyenne des autres cantons, mais de manière plus raisonnable.
