Mozambique: des militaires tuent treize pêcheurs dans le nord
L'ONG Acled ainsi que de deux sources sous couvert d'anonymat ont révélé ces événements. Elles ont ainsi confirmé des informations du média local Zitamar.
Les militaires mozambicains soupçonnent des pêcheurs de la zone côtière de compter parmi les insurgés affiliés à l'organisation Etat islamique. Seize d'entre eux avaient déjà été tués dans un incident similaire un peu plus au sud en septembre.
«Des membres de la marine ont ouvert le feu sur un bateau de pêche vers 7 heures du matin le 15 mars, près du village de Calugo. Au moins quinze personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées», a indiqué à l'AFP une source sécuritaire souhaitant demeurer anonyme.
L'ONG Acled, compilant des données sur les conflits, a confirmé la mort d'«au moins treize personnes» dans l'incident. Une figure locale évoque entre «13 et 15 morts».
Cette province du Cabo Delgado est déchirée depuis 2017 par une insurrection d'un groupe affilié à l'organisation Etat islamique. Le conflit a fait environ 6500 morts d'après l'Acled, dont 800 dans la seule attaque de Palma en mars 2021.
L'événement avait conduit pendant près de cinq ans à l'interruption du projet gazier géant de TotalEnergies, dont la reprise a été annoncée en fin d'année dernière.
L'armée locale a déjà été accusée d'exactions contre des civils auparavant. L'ONG allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) accuse la force de sécurisation du site gazier, composée de militaires, d'avoir «détenu, torturé et tué des dizaines de civils» entre juillet et septembre 2021. Elle a déposé plainte en France contre TotalEnergies pour «complicité».
Ces allégations avaient été rapportées par le média Politico en septembre 2024, puis par SourceMaterial et Le Monde, TotalEnergies les conteste.
Pas de nouveau financement au Rwanda
Un nombre record d'attaques jihadistes a été enregistré l'année passée par l'agence de la protection civile et des opérations d'aide humanitaire (Echo) de la Commission européenne.
Le Rwanda, déployé en renfort depuis mi-2021 dans le nord du Mozambique, a menacé samedi de retirer ses troupes faute de «financement durable».
L'avertissement du chef de la diplomatie rwandaise intervient à l'approche de l'échéance fin mai d'une aide de 20 millions d'euros de l'Union européenne. Prolongée en novembre 2024, elle visait à financer équipements individuels et transport aérien des militaires rwandais.
«Depuis des mois, aucun financement supplémentaire n'est envisagé», a indiqué un diplomate ayant connaissance du dossier. Il écarte tout lien avec les récentes sanctions américaines visant les forces de Kigali pour leur appui au groupe antigouvernemental M23 dans l'est de la République démocratique du Congo.
Le coût pour le Rwanda, qui a mobilisé jusqu'à 5000 militaires au plus fort du conflit, est «au moins 10 fois supérieur» à l'assistance européenne, a assuré Kigali. Un premier paquet de 20 millions d'euros de l'UE a été alloué aux forces rwandaises en 2022. Lors du vote du deuxième en novembre 2024, la Belgique, ex-puissance coloniale en RDC, s'était abstenue. (ats/afp)
